Archives de catégorie : Divers

“La poésie est le réel absolu”

Francine GHYSEN

lekeucheS’entretenant avec Myr­i­am Watthee-Del­motte, en ouver­ture du numéro de la revue Nu(e) qui lui est dédié, Philippe Lekeuche embrasse ain­si sa con­cep­tion de la poésie, ancrée au plus pro­fond de son être, de sa vie :

Pas de poésie sans amour (donc sans soli­tude), sans art et sans folie. Et la poésie doit aus­si per­pétuelle­ment se débrouiller avec ce reste de sex­u­al­ité qui échappe à toute sub­li­ma­tion. Pour moi, je le dis hum­ble­ment, la poésie est mon risque suprême, elle me pose la ques­tion qui me taraude douloureuse­ment : « Qu’est-ce que l’amour, lui-même divisé en ses mul­ti­ples fig­ures ? ». Con­tin­uer la lec­ture

À la recherche de nouvelles narrativités

Maxime HANCHIR

pourveurAuteur à la fois engagé et résol­u­ment indépen­dant, esprit aus­si orig­i­nal que sys­té­ma­tique, Paul Pourveur est une per­son­nal­ité atyp­ique qui a su tir­er le meilleur par­ti de ses con­tra­dic­tions. Ni réelle­ment fran­coph­o­ne, ni tout à fait néer­lan­do­phone, celui qui à ses débuts trou­vait le théâtre « ringard » est ain­si devenu l’un des dra­maturges belges les plus estimés. Sur­vivre à la fin des Grandes His­toires est l’oc­ca­sion de redé­cou­vrir un par­cours com­plexe et exigeant avec pour fil d’Ar­i­ane la recherche de nou­velles nar­ra­tiv­ités.                                  Con­tin­uer la lec­ture

Au coeur d’une vie d’humaniste engagé

Francine GHYSEN

zwickDix ans après sa mort, le 30 sep­tem­bre 2005, Jacques Zwick revient par­mi nous. À tra­vers le jour­nal qu’il tint, de 1994 à 2004, et que les édi­tions du Cerisi­er, avec Présence et Action cul­turelles, pub­lient en qua­tre vol­umes, sous le beau titre Sonates d’automne, com­plétés d’un ouvrage col­lec­tif, Jacques Zwick. Le dia­logue et l’action, réu­nis­sant évo­ca­tions et témoignages, et des textes de sa plume. Con­tin­uer la lec­ture

Les fins et le Moyen

Un coup de coeur du Carnet

Emmanuel GERARD, Widukind DE RIDDER, Françoise MULLER, Qui a tué Julien Lahaut ? Les ombres de la guerre froide en Bel­gique, Renais­sance du Livre, 2015, 350 p., 24,90 €/ epub : 13,99 €

lahautLes meilleures enquêtes crim­inelles se lisent, paraît-il, comme des romans. Un macchab, un (ou des) tueur(s), un modus operan­di, un mobile, des zones d’ombre, et voilà pour une intrigue qui devrait tenir le lecteur en haleine jusqu’au dénoue­ment. Mais dans le cas présent, l’affaire se com­plique d’une toile de fond labyrinthique. Car le 18 août 1950, le cadavre qui gît dans une mare de sang, abat­tu dans l’entrée de sa mai­son sise sur les hau­teurs de Seraing n’est autre que celui du charis­ma­tique leader com­mu­niste Julien Lahaut ; ses assas­sins sont sans doute des mil­i­tants, mais n’appartiennent-ils pas à son pro­pre bord poli­tique ? L’action se déroule en quelques min­utes à peine, avec la déter­mi­na­tion car­ac­téris­tique des com­man­dos ; le mys­tère demeur­era entier pen­dant des décen­nies. Con­tin­uer la lec­ture

Science et littérature, à la recherche d’un noyau dur

COLLECTIF, Géodésiques. Dix ren­con­tres entre sci­ence et lit­téra­ture, Avec des inter­ven­tions d’André Füz­fa et Nicole Roland, Jean-Pierre Boon et Car­o­line De Mul­der, Petra E. Vértes et Jan Baetens, Philippe Toint et Nico­las Mar­chal, Hughues Bersi­ni et Jacques Dar­ras, Vin­cent Blondel et Car­o­line Lamarche, Mustapha Tli­di et Lau­rence Vielle, Jean-Charles Del­venne et Vin­cent Engel, Michel Tyt­gat et Geneviève Damas, Renaud Lam­biotte et Chris­tine Van Ack­er, Illus­tra­tions de Nathalie Garot, Arbre de Diane, 2015, 148 p., 15 €

geodesiquesLe dis­cours sci­en­tifique et la lit­téra­ture font-ils bon ménage ? En matière lit­téraire, la chose paraît avérée, si l’on se réfère, au hasard, à de grands auteurs tels que Cyra­no de Berg­er­ac, Alde­bert von Chamis­so, Jules Verne, Vil­liers de l’Isle-Adam, H. G. Wells, ou, plus proches de nous, Pierre Boulle (La Planète des singes), Ray­mond Que­neau (Cent mille mil­liards de poèmes), Umber­to Eco (Le Pen­d­ule de Fou­cault) et encore François Schuiten et Benoit Peeters (La Fièvre d’Urbicande). Mais il appa­raît très vite que l’inverse n’est pas vrai : peu de sci­en­tifiques puisent la matière de leurs recherch­es dans la lit­téra­ture au sens général, et pour cause. Les sci­ences ont très peu à voir avec le roman et la poésie, à peine davan­tage peut-être avec la philoso­phie, quand on con­sid­ère par exem­ple un chercheur excep­tion­nel comme Ein­stein. Con­tin­uer la lec­ture

Henry Bauchau, les jours et les rêves…

Un coup de coeur du Carnet

Hen­ry BAUCHAU, Dernier jour­nal. 2006–2012, Actes Sud, 2015, 690 p., 27, 50 €

bauchauLa fréquen­ta­tion d’un jour­nal intime con­stitue tou­jours une expéri­ence par­ti­c­ulière. En effet, le lecteur décou­vre, sans solu­tion de con­ti­nu­ité, le con­tenu événe­men­tiel d’une tem­po­ral­ité vécue par le diariste, alors que ce dernier, au moment de la rédac­tion, aura éprou­vé tout dif­férem­ment la dilata­tion des heures et des jours. Ce décalage, chronologique et qual­i­tatif, est d’autant plus trou­blant quand on a affaire à un per­son­nage de la stature d’Henry Bauchau. Con­tin­uer la lec­ture

Jacques Calonne, l’insaisissable noctuelle

Un coup de coeur du Carnet
Pierre MALHERBE

calonne_malherbeOut­re une déli­cate pièce pour piano de Mau­rice Rav­el, dédiée à Léon-Paul Far­gue, il existe une myr­i­ade de noctuelles, près de vingt-cinq mille espèces à la sur­face de la terre, sem­ble-t-il, et qu’on appelle un peu plus anonymement des papil­lons de nuit. Les che­nilles de noctuelles sont la ter­reur des agricul­teurs et des pas­sion­nés des jardins, car, polyphages, elles se nour­ris­sent de tout ce qui leur passe sous le nez, et unique­ment la nuit bien sûr – la journée, elles digèrent leur fes­tin et se reposent avec non­cha­lance. Jacques Calonne, né en 1930 à Mons, fait par­tie de cette grande famille des noctuelles, à ceci près qu’il n’est la ter­reur de per­son­ne ayant les doigts verts. Con­tin­uer la lec­ture

Au coeur de la création

Anne RICHTER, Étranges et fam­i­liers – 38 por­traits d’écrivains de Simenon à Éric-Emmanuel Schmitt, Water­loo, Avant-Pro­pos, 2015, 256 p., 19,95 €

richer_cottonSous un titre dont le para­doxe incline déjà à de hautes  curiosités, Anne Richter pro­pose, dans Étranges et fam­i­liers, les por­traits de trente-huit écrivains – dont une ving­taine de Belges – qui ont sus­cité chez elle un intérêt par­ti­c­uli­er. Con­tin­uer la lec­ture

Créer à deux

Un coup de coeur du Carnet

Luc DARDENNE, Au dos de nos images, II, 2005–2014. Paris, Seuil, coll. « La librairie du XXIe siè­cle », 2015, 390 p., 21 €/ePub : 14.99 €

dardenne_larocheEn 2005 parait au Seuil un livre de témoignage inti­t­ulé Au dos de nos images (1991–2005), suivi de deux scé­nar­ios : Le fils et L’en­fant (voir dans Le Car­net et les Instants n° 139 l’en­tre­tien de Daniel Arnaut avec l’au­teur, Luc Dar­d­enne). Dix ans plus tard, voici un 2e vol­ume, cou­vrant les années 2005 à 2014, et que com­plè­tent deux autres scé­nar­ios : Le Gamin au vélo et Deux jours, une nuit. Con­tin­uer la lec­ture

Les caricatures d’un autre barbu

Un coup de coeur du Carnet

Éric VAN DEN ABEELE, Léopold II. Car­i­ca­tures d’un roi, Brux­elles, Luc Pire, 2014, 160 p., 29 €

van den abeele_saenenAvec la bouille en poire de Louis-Philippe en France, le faciès roy­al qui inspi­ra le plus volon­tiers la presse satirique du XIXe siè­cle fut celui de Léopold II. Déclinée en objets (stat­uettes, coupe-papi­er, pipes) ou sur tous les sup­ports imag­in­ables (tim­bres, pub­lic­ités, cartes d’affiliation à un club, éven­tails, etc.), la sil­hou­ette recon­naiss­able entre mille du sou­verain à la redin­gote som­bre aura pul­lulé durant un règne long de quar­ante-qua­tre ans. Le riche ouvrage Léopold II. Car­i­ca­tures d’un roi d’Éric Van Den Abeele nous per­met de mesur­er cette omniprésence de Léopold II dans le champ de la représen­ta­tion car­i­cat­u­rale. Con­tin­uer la lec­ture

Bruts et convulsifs, Jean Dubuffet et Marcel Moreau

Jean DUBUFFET et Mar­cel MOREAU, De l’Art Brut aux Beaux-Arts con­vul­sifs, pré­face de Nathalie Junger­man, Stras­bourg, L’Atelier con­tem­po­rain, 2014, 96 p., 20 €

moreauJean Dubuf­fet, Mar­cel More­au : la ren­con­tre de deux créa­teurs de cet acabit, tous deux jetant aux flammes, avec la même rage, « l’asphyxiante cul­ture » – selon le titre de l’un des ouvrages les plus con­nus du créa­teur du cycle de L’Hourloupe – pou­vait être risquée : ça passe ou ça casse. De 1969 à 1984 (Dubuf­fet meurt en 1985), ils échangèrent une soix­an­taine de let­tres, se ren­con­trèrent à plusieurs repris­es, à Paris et dans l’atelier du pein­tre-sculp­teur, échangèrent des livres et quelques œuvres, et restèrent en bons ter­mes – ce qui n’était pas gag­né, quand on con­naît les rela­tions sou­vent ten­dues, puis suiv­ies de rup­tures fra­cas­santes, que Dubuf­fet a entretenues avec bon nom­bre de ses con­tem­po­rains. Dubuf­fet est plus âgé que More­au, trois décen­nies les sépar­ent. Pour­tant, il ne s’agit pas entre eux d’un rap­port d’aîné à cadet, d’artiste et père (spir­ituel) à écrivain déjà un peu con­nu, mais encore au début d’une œuvre qui aujourd’hui compte plus de soix­ante titres.

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Des touches blanches, des touches noires

Anne LETORÉ & Françoise LISON-LEROY, Tabliers et mail­lots de bain, illus­tré par Emil­ia Jeanne, Mer­lin, Les déje­uners sur l’herbe, 2014, 85 p., 20 €

letoréLes touch­es d’un piano con­trastent en effet par leur couleur, mais prob­a­ble­ment moins, à pre­mière vue, que des Tabliers et mail­lots de bain. Alors que ceux-ci évo­quent des tenues, mais aus­si les occu­pa­tions qu’elles impliquent, les rôles, les fonc­tions pour tout dire, peu com­pat­i­bles, les touch­es de l’instrument s’entendent en toute har­monie, que ce soit en majeur ou en mineur. Les textes qui com­posent le recueil d’Anne Létoré et de Françoise Lison-Leroy réson­nent en alter­nance, mais s’accordent eux aus­si. À ce point qu’il est dif­fi­cile d’en attribuer la (m)aternité, tan­tôt en vers, tan­tôt en prose, à l’une ou à l’autre des auteures, avec cer­ti­tude, tant la cohé­sion est forte.

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