Jean Louis LEJEUNE, Quelques dessins et quelques aphorismes verticaux, Bruxelles, Couleur livres, 2015, 8 €
Une fois n’est pas coutume, consacrons l’une des chroniques du Carnet aux aphorismes, genre littéraire qui prône la brièveté au même titre que les haïkus.
Sentence décochée en peu de mots, l’aphorisme fuit comme la peste tout lieu commun, provoque la surprise, se fonde sur des propositions antithétiques, contrairement à la maxime qui joue du paradoxe. Pas de vérité proclamée donc, mais place au trait d’esprit. Voilà en quoi la démarche de Jean Louis Lejeune amuse et interpelle car, au trait d’esprit, il ajoute celui de son crayon. Continuer la lecture
Dans une interview pour La Presse littéraire parue début 2008, Pol Vandromme répondait, laconique, à une question que je lui posais sur l’identité wallonne : « Je suis Belge par humilité et j’entends bien le rester. Vu mon âge, et ce qu’est déjà l’état du monde, le reste m’est indifférent. Une indifférence de rébellion. » C’est apparemment cette formule qu’il retint comme titre de l’ensemble qui constituerait son dernier recueil d’articles critiques.
Guy Delhasse est un récidiviste. N’a‑t-il pas déjà publié une demi-douzaine de guides littéraires depuis 2007, fruits de flâneries pedibus (ou encore à vélo) qu’il organise au fil des saisons en Wallonie orientale, dans plusieurs lieux hantés par l’âme des écrivains ? (Ainsi ce sympathique Guide littéraire de Bastogne en hommage à Alain Bertrand, paru cette année chez Dricot.)
L’anthologie établie par Paul Aron et Jean-Pierre Bertrand est un outil idéal pour découvrir mais aussi enseigner le surréalisme belge, qui fut peuplé d’individualités fortes et attachantes jusqu’en ses derniers prolongements, dans les années 70.
Francofonia est une revue semestrielle consacrée aux littératures de langue française qui paraît grâce à la contribution du Département de Langues, Littératures et Cultures modernes de l’Université de Bologne et, pour ce numéro, de la Promotion des Lettres de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
On a tous quelque chose en nous de Frédéric Jannin. Combien de lecteurs de Germain et nous n’éprouvent pas, tel le bien denté Luc-Luc, l’irrésistible envie de sauter en hurlant : « Waouw ! Terrible ! Plus fort ! » à chaque fois que vient à passer, dans les diffuseurs du magasin où ils font leurs courses, une daube qu’ils adorent ? Quel fan authentique de l’électro made in Belgium n’a pas fait ses gammes – ou du moins répété devant son miroir de langoureuses passes – sur Whooo are you, What’s your name ? Quel amateur de jardinage ne s’est pas inspiré des pièges machiavéliques tendus par Arnest Ringard afin de coincer la taupe responsable des permanents saccages de son potager ?
Premier d’une série d’ouvrages d’Émile Van Balberghe sur Léon Bloy, celui-ci, « La Belgique même s’en est mêlée, justes cieux ! » Léon Bloy et la Belgique, I, est dévolu à l’édition des écrits sur Léon Bloy, publiés de son vivant, par des Belges ou en Belgique. La matière est considérable, constituée par un corpus documentaire établi avec précision et rigueur, en recourant toujours aux documents originaux, par cet érudit de l’extrême qu’est Émile Van Balberghe. Pourquoi Léon Bloy a‑t-il intéressé autant ses contemporains belges, écrivains et critiques ? On peut se poser la question, sachant que cet imprécateur professionnel n’a pas manqué d’assassiner aussi la Belgique de ses propos :
L’ouvrage de Pascale Toussaint est une anthologie thématique qui met en valeur cinquante écrivains belges. Face à un marché qui possède déjà quelques anthologies de littérature belge de qualité, on est en droit de se poser la question de l’intérêt d’un nouveau recueil de ce type. C’est guidée par cette question que je me suis plongée dans C’est trop beau ! trop ! afin de vous livrer ses lignes de force… 
Se présenter comme « critique littéraire » peut s’avérer une entreprise périlleuse. N’est-ce pas un rictus de défiance, voire de mépris, qui se dessine sur le visage de l’interlocuteur ? Quoi, « critique » ? Parasite, oui. Un bonhomme qui, incapable de torcher correctement un livre, épuise sa vie à passer au crible ceux des autres. Il les descend avec rancœur quand ils lui paraissent trop bons, ou les exhausse s’il est sûr qu’ils ne feront point trop d’ombre à son chef‑d’œuvre en sempiternelle gestation.
Alors âgé de vingt-huit ans, Éric-Emmanuel Schmitt vit, dans le sud algérien, ce que l’on appelle communément « l’expérience du désert ». Une expérience réputée changer, parfois durablement, le regard sur le monde et sur la vie. C’est peu dire dans le cas de Schmitt qui, parti foncièrement athée dans le Hoggar, en est revenu croyant convaincu. (Sans toutefois – Dieu merci ? – chercher à affubler d’une identité particulière la force divine qu’il dit l’avoir emporté et marqué à jamais de son empreinte). C’est cette « nuit de feu » qui lui a inspiré le titre de son livre, en référence à l’illumination vécue par Pascal et à ces mots brûlants inscrits dans la doublure de veste du « Monsieur de Port-Royal ». Mais pourquoi Éric-Emmanuel Schmitt, auteur de quantité d’ouvrages, a‑t-il attendu vingt-cinq ans avant de se décider à rendre publique cette expérience d’une nature par ailleurs profondément intime et, comme il le suggère, proche de l’indicible ? Il s’en explique en évoquant sa rencontre avec une journaliste protestante très étonnée que l’auteur d’une œuvre souvent marquée par la tragédie humaine puisse manifester au quotidien une telle équanimité et un tel amour de la vie. D’où la réponse dans ce livre où le vécu singulier de l’homme éclaire aussi l’œuvre de l’écrivain. Mais que s’était-il passé il y a un quart de siècle ?
Près de cinquante années de création, cela vaut bien un bilan. Jean Van Hamme se livre à l’exercice dans ce qu’il appelle son « autobibliographie ».
Ces Propos éphémères sont ceux qu’Alain Dantinne vient de confier à quelques heureux – entendons les happy few amoureux de la belle ouvrage bibliophilique. Ainsi le dernier-né de Dantinne a‑t-il été « Composé au plomb dans ce vieux romain corps 10 et tiré sur presse typographique à platine du siècle dernier, par un typographe non moins jeune… » Et l’éditeur (Arch’Libris à Charleville-Mézières) de préciser encore : « Tirage à 178 exemplaires numérotés augmenté de 22 exemplaires de chapelle », ce qui résonne déjà, aux oreilles de bibliophiles, comme un début de poème… 
