Un coup de cœur du Carnet
Yves NAMUR, Nadine VANWELKENHUYZEN, Hélène CARRERE D’ENCAUSSE, David BONGARD, Danielle BAJOMEE, Jean Claude BOLOGNE et S.A.R. Laurent DE BELGIQUE, Centenaire de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, 1920–2020, Textes des discours prononcés lors de la séance solennelle du 16 octobre 2021, Académie royale de langue et de littérature françaises, 2022, 81 p., 10 €, ISBN : 978–2‑8032–0065‑8
Qu’appréhende-t-on face à des textes prononcés lors d’une cérémonie commémorative ? Du pesant, de l’obséquieux et du byzantin. Or… L’objet-livre, déjà, prédispose en faveur des contenus. Mise en abyme ? Une belle mise en page mais un format réduit, un cahier photographique en guise de témoignage mais une sobriété à mille coudées du livre d’art, etc. Quant aux textes… Passées quelques formules de politesse, ils sont fluides et justes, teintés de second degré et d’empathie. Ils se complètent surtout harmonieusement pour nous offrir une vision synthétique de ce qu’est, de ce qu’a été, de ce que devrait être à l’avenir l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique. Continuer la lecture


Anachroniques est le deuxième volet d’un diptyque, cette fois consacré au temps lorsque le premier, sorti un an plus tôt, fut spatial :
Des rues malodorantes et des boutiques qui éclosent à chaque saison, des passerelles prétentieuses et des pavés déchaussés, un fleuve trop boueux et pourtant scintillant, des projets vaguement citoyens, tellement de rafistolages sociaux ; une aspiration au mieux, parfois, un contentement, souvent. Des gens, surtout : faune friquée aux terrasses, déclassée sur les seuils, désœuvrée aux arrêts, colorée un peu partout. Chaleur du dedans, quant-à-soi bravache, simplicité désarmante : Liège, aux mille accents. Cité ardente, mais étouffante, brinquebalante, lassante, attachante. Ville qui s’empêtre et se démène. Irrite, attendrit, ragaillardit. Terre de poésie(s), tout en parallèles et en intersections. Et c’est là qu’il y a vingt ans, s’est naturellement enraciné « Le Comptoir », structure œuvrant avec entrain pour la promotion des petites maisons d’édition et de leurs artistes, et soutenant « les démarches éditoriales sauvages, les fanzines et les livres auto-édités avec un désir d’exigence et le goût du travail bien fait ». Un incontournable pour les entichés de sentiers littéraires moins battus et les curieux en recherche d’affinités électives. « De toutes les rencontres, chacune est la préférée », écrirait à ce propos Victoire de Changy…
Paru aux éditions Gründ sous le titre Phénomène, un beau-livre présente le travail de Marianne Rosenstiehl sur Amélie Nothomb. Quatre-vingts portraits photographiques sont ainsi rassemblés, assortis d’interviews accordées par l’écrivaine à l’émission À voix nue de France Culture.
Éric Allard est une figure discrète mais importante du microcosme littéraire belge : on lui doit une œuvre décalée, dédiée à la forme courte (nouvelles, aphorismes, poésies), au clin d’œil, au doute, au grincement, mais, tout autant, l’animation d’une plateforme littéraire collective,
Carl Vanwelde est médecin et écrivain. Outre des poèmes, il rédige depuis une quinzaine d’années des chroniques qui paraissent dans Le journal du médecin et qui sont rassemblées dans le présent recueil. Dans son court prologue, l’auteur prévient le lecteur qui chercherait quelque prolongation des séries télévisées urgentistes trépidantes que les pages que l’on apprête à tourner sont « significatives de la transformation que le contact des autres apporte ». Contacts : celui du regard qui embrasse un intérieur lors d’une visite à domicile, pour se centrer ensuite sur le visage, celui de l’écoute des mots entendus, puis de l’examen des corps avec l’oreille, avec les doigts.
Dans son avant-propos, Joël Goffin décape les poncifs véhiculés par l’histoire de la littérature qui a enfermé l’œuvre de Georges Rodenbach dans l’image d’un écrivain mélancolique, hanté par la splendeur passée de la ville de Bruges. À côté de l’auteur de
Les Zadigacités de Patrick Henin-Miris font évidemment référence à Zadig, le conte philosophique, orientaliste et néanmoins satirique, de Voltaire. Lui-même l’avait qualifié, par fausse modestie ludique, de « couillonneries », bien qu’à partir de nombreuses situations exotiques, Zadig incarne la vraie sagesse et la justice face aux questions et aux errements de son siècle.
Septième titre de la très belle collection « Orbe », Fabriquer des mondes habitables descend à pas de loup et de colombe dans la forge de l’écriture de la philosophe et éthologue Vinciane Despret, de la mise en récit et en pensée de questions à l’interface de la philosophie et de l’éthologie. Adoptant le principe heuristique de la collection — celui d’un piochage dans un massif de mots choisis par Frédérique Dolphijn —, le dialogue emprunte des chemins qui ressaisissent l’articulation entre espace du livre, traduction/accueil des animaux et des morts, proposition de mondes.
Dans la collection « Ainsi parlait » d’Arfuyen, après des volumes consacrés à Etty Hillesum, Pascal, Proust, Valéry…, le poète, écrivain, secrétaire perpétuel de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique Yves Namur consacre un volume à Maurice Maeterlinck. Le choix de 447 maximes, la puissante présentation « Maeterlinck et ses miroirs » offrent une traversée sous l’angle de la complexité de l’œuvre du seul auteur belge couronné par le Prix Nobel de littérature (1911). Le mystère, l’insondable, le silence que Maeterlinck (1862–1949) interroge dans son œuvre aux multiples facettes (poésie, théâtre, essais, ouvrages d’entomologiste) forment la source de son écriture et de son être-au-monde.
En découvrant Une fille comme toi, on a songé aux Demoiselles d’A de Yak Rivais (1979), ce roman centon exclusivement constitué de phrases tirées d’autres romans – quelque sept cents citations piochées chez plus de quatre cents auteurs et patiemment assemblées pour former un récit cohérent.
L’aphorisme est un passe-partout utile à nombre d’écrivains pour pratiquer une forme de provocation (voire de subversion) sous divers déguisements. Il peut se mettre au service d’une idée forte, avec éventuellement une exagération propre à asseoir une réputation et à susciter la controverse. Au service aussi de la facétie par des tours de passe-passe sur le langage et sur les jeux de mots de tout poil, signifiants ou non. Au service aussi du culte hautement salubre de l’absurde. Son empire s’étend donc des jugements altiers de Chamfort au ludisme populaire de l’almanach Vermot, en passant par les apories existentielles de G.C. Lichtenberg ou Pierre Dac. (En ce qui concerne Vermot, au-delà du mépris bonhomme dont il est la cible, rappelons quand même qu’il ne manque pas de beaux esprits pour prétendre que les plus mauvais jeux de mots sont aussi les meilleurs). Cela pour dire que le champ d’action de Gaëtan Faucer dans son opus de poche, opportunément titré Le hasard arrive toujours à l’improviste, titille toute la gamme du genre.
Recueil de textes et de dessins qui tient tant du journal de bord que du pamphlet, le nouveau titre d’Aurélie William Levaux est éminemment politique. Les Nouveaux ordres est une critique toute personnelle de la gestion de la pandémie par les états belges et français principalement, il est aussi et surtout une réflexion sur la (privation de) liberté et sur notre rapport aux élites dirigeantes.
Sophie Pirson nous donne à lire les fragments de ses nombreuses conversations avec Fatima Ezzarhouni, une femme rencontrée dans un programme de médiation. Rien n’est anodin dans l’espace de parole qui a permis une entrevue surprenante entre les deux femmes, l’une étant une Bruxelloise dont la fille a été blessée lors de l’attentat de Maelbeek, et l’autre, une Anversoise d’origine marocaine dont le fils radicalisé est parti en Syrie.