Archives de catégorie : Édités en Belgique

La lit­téra­ture belge pub­liée en Bel­gique : toutes nos recen­sions de livres parus dans des maisons d’édi­tion belges.

La synapse des lettres

Alain DANTINNE, Pure cri­tique de la rai­son suivi du Petit traité de méta­physique élé­men­taire, Voix d’encre, 2022, 72 p., 17 €, ISBN : 978–2‑35128–194‑9
Gaë­tan FAUCER, L’année des d(i)eux, Lamiroy, 2022, 40 p., 4 €, ISBN : 978–2‑87595–636‑1
Serge WERREBROUCK, Le des­tin obtem­péré, Cac­tus inébran­lable édi­tions, 2022, 110 p., 10 €, ISBN : 978–2‑39049–062‑3

dantinne pure critique de la raisonPronon­cer vingt-cinq apho­rismes par jour et ajouter à cha­cun d’eux : Tout est là, iro­ni­sait Jules Renard. Voici trois ouvrages pour encour­ager à cet exer­ci­ce quo­ti­di­en. Car il s’agit bien de cela : d’une dis­ci­pline men­tale comme il en existe de physiques. C’est à se deman­der si le cerveau n’est pas un mus­cle. En tout cas, on en a tous un, ce qui fait dire à Gus­tave Lebon : L’homme pense par apho­rismes.

Nous sommes tous ego. Cer­tains plus que d’autres, renchérit Alain Dan­tinne, frap­pant ici en finesse. Sa Pure cri­tique de la rai­son (suivi du Petit traité de méta­physique élé­men­taire) fonc­tionne par thèmes majeurs réduits en sail­lies : De la reli­gion et autres baliv­ernes, De la ver­tu et autres fadais­es, Du nar­cis­sisme et autres névropathies, Du sexe et autres bagatelles, etc. Les séquences sont cour­tes, inspirées, cul­tivées et d’autant plus acerbes, effi­caces, per­ti­nents ; à pro­pos desquelles J’ai eu des mots avec mon édi­teur. Con­tin­uer la lec­ture

Résurrection de mots

Marie-Thérèse BODART, Le mont des oliviers, Pré­face de Pas­cale Tou­s­saint, Sam­sa, 2022, 160 p., 18 €, ISBN : 9782875933966

bodart le mont des oliviersIl suf­fit de par­courir les rayons d’une bib­lio­thèque ou de feuil­leter un ancien mag­a­zine lit­téraire pour con­stater à quel point le temps con­stitue sou­vent une rude épreuve pour un livre, même quand celui-ci ren­con­tre le suc­cès lors de sa paru­tion. Aus­si la réédi­tion représente-t-elle une entre­prise à risque, certes, mais aus­si une chance pour une œuvre d’affirmer son ampli­tude et de vivre une vie nou­velle.

Après La mois­son des orges, L’autre, Les meubles et Les roseaux noirs, les édi­tions Sam­sa pour­suiv­ent leur tra­vail remise en lumière de l’œuvre romanesque de Marie-Thérèse Bodart (1909–1981). Paru en 1956, Le mont des oliviers nous immerge dans l’univers de la réclu­sion monas­tique d’Agnès, une jeune femme en proie aux tour­ments après qu’elle a décou­vert que sa sœur a assas­s­iné l’homme qu’elle aimait et qui était aus­si son pro­pre amant. Con­tin­uer la lec­ture

Au feu !

Claude DONNAY, Pourquoi les poètes n’ont jamais de tick­et pour le par­adis, Arbre à paroles, 2022, 14 €, 106 p., ISBN : 9782874067204

donnay pourquoi les poetes n'ont pas de ticket pour le paradisDans une série de Poèmes pour – la for­mule inau­gu­rant le titre de presque tous les poèmes de son recueil – Claude Don­nay tra­verse, entre autres étrangetés, « les épo­ques éteintes », « les jours de pluie », « un matin sourd » ou encore « une vie sans mesure ». Cette col­lecte, pub­liée aux édi­tions de l’Arbre à parole sous le titre Pourquoi les poètes n’ont jamais de tick­et pour le par­adis, œuvre à la réan­i­ma­tion de nos exis­tences diag­nos­tiquées « engour­dies ».

Le quo­ti­di­en et, plus large­ment, le monde con­tem­po­rain se trou­vent au cœur de la poésie de Claude Don­nay. L’un et l’autre bril­lent par les hori­zons qu’ils écrasent et les lib­ertés qu’ils entra­vent. Par exem­ple, le con­fine­ment, expéri­ence désor­mais déniée, se rap­pelle à notre bon sou­venir dès l’ouverture du recueil dans des vers tels que : Con­tin­uer la lec­ture

Enfer, deuxième porte à droite

Éric NEIRYNCK, Hyper­textuel, Lamiroy, 2022, 124 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87595–692‑7

neirynck hypertextuelÉric Neirynck pub­lie coup sur coup des recueils de nou­velles, des réc­its,  des courts romans dont l’épi­cen­tre cor­re­spond à un irréversible proces­sus d’ensablement, d’étouffement et de perte de soi, ou de ce qu’il en reste. Et pour­tant ces textes ne par­lent pas d’un monde mal­heureux mais médiocre, raté, en décon­struc­tion per­ma­nente, dont le chantier est à ciel ouvert et où les êtres tombent sans un cri.

De texte en texte l’auteur fore de plus en plus pro­fond cette sorte de sidéra­tion que ses per­son­nages ont pour les vies gâchées, le mépris de soi et des autres, surtout des femmes qu’ils pré­ten­dent aimer alors qu’ils forniquent sans joie. Ces sit­u­a­tions revi­en­nent sans cesse dans Hyper­textuel : c’est la chas­se aux per­for­mances inachevées,  la dérélic­tion per­ma­nente , la vod­ka, les cig­a­rettes, les aubes épuisées et froides et une soli­tude que l’auteur parvient à nous laiss­er enten­dre comme étant finale­ment une des formes de l’enfer domes­tique (ce « cauchemar cli­ma­tisé » dont par­lait Hen­ri Miller) qui tord une par­tie de la pop­u­la­tion mon­di­ale inca­pable d’échapper aux injonc­tions de la moelle épinière pour attein­dre un lobe plus ou moins con­stru­it du cerveau.  Ce sont, non des désirs, mais des besoins de jouis­sance immé­di­ate qui manip­u­lent ces êtres de l’instant. Con­tin­uer la lec­ture

« vieil enfant aux mains tachées d’encre… »

Carl NORAC, L’envers des cir­con­stances / De keerz­ij van de toe­s­tand / Die andere Seite des Geschehens, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2022, 18 €, 232 p., ISBN : 9782875054258

norac l'envers des circonstancesCarl Norac pos­sède cette capac­ité de nous emmen­er, de nous embar­quer dans son sil­lage. Des voy­ages dans l’espace, vers ces con­trées qu’il affec­tionne par­ti­c­ulière­ment mais aus­si dans le temps, celui de l’enfance qu’il cherche tou­jours à retrou­ver par le biais d’une sorte de mélan­col­ie com­mu­nica­tive et qui nous fait dire qu’on a tous un peu de Norac en nous. Les thèmes, chers au poète, épinglés par la récente antholo­gie pub­liée dans la col­lec­tion Espace Nord sous le titre de Pié­ton du monde se retrou­vent ici, dans ce recueil com­pos­ite, L’envers des cir­con­stances. Con­tin­uer la lec­ture

D’une prison l’autre

Sylvie GODEFROID, Sal­sa, Scalde, 2022, 196 p., 20 €, ISBN : 978–2‑930988–30‑6

godefroid salsaSal­sa, le dernier roman de Sylvie Gode­froid, s’aligne sur Sophie, vic­time d’un AVC alors qu’elle rejoignait sa fille, Aman­dine, au café de la Presse à Brux­elles.

À l’hôpital, tout le monde la croit dans le coma alors qu’elle est enfer­mée dans son corps (locked in syn­drome). Con­sciente, elle s’adresse silen­cieuse­ment à sa fille et lui annonce, notam­ment, la rai­son de leur ren­dez-vous ce matin-là : son inten­tion de quit­ter la Bel­gique pour rejoin­dre son amant, Luis, à Cuba où elle compte s’installer défini­tive­ment. Con­tin­uer la lec­ture

Vous êtes fou

Serge NOËL, Les éléphants clairs tra­verseront les fenêtres du matin. Poèmes enragés, Arbre à paroles, 2022, 145 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87406–710‑5

ensem­ble nous faisons un livre de poésie
j’en suis ravi comme une vieille rose

noel Les éléphants clairs traverseront les fenêtres du matinCher Serge Noël, l’Arbre à paroles pub­lie aujourd’hui votre dernier recueil de poèmes. Votre chant y émet depuis des temps illim­ités, pour lesquels vous nous quit­tiez, lit-on, inopiné­ment le 27/10/2020. Vous lui voulûtes un titre incon­cev­able et un sous-titre pro­gram­ma­tique. Le sec­ond dit tout, si le pre­mier n’occulte rien.

Cher Serge Noël, au mot d’engage­ment, vous et quelques-uns de vos amis préférez celui d’enrage­ment. Enragés, vous l’êtes con­tre ce que vous nom­mez le vide humain, fruit insipi­de et luisant du cap­i­tal. Con­tre l’alchimie despo­tique de la valeur marchande, qui seule a don de trans­muer la créa­tion en art. Con­tre cet art de rond-point et de bou­tique, tan­tôt abstrait, tan­tôt con­ceptuel, tou­jours volu­mineux et ruti­lant, man­i­fes­ta­tions bavardes d’un monde qui n’a plus rien à dire. Con­tin­uer la lec­ture

Si je t’oublie Afghanistan

Daniel Sal­va­tore SCHIFFER, Afghanistan. Chroniques de la Résis­tance, Sam­sa, 2022, 105 p., 16 €, ISBN : 978–2‑87593–412‑3

schiffer afghanistan chroniques de la resistancePré­facé par Ali Maisam Nazary, porte-parole inter­na­tion­al et délégué aux Affaires étrangères du Front Nation­al de la Résis­tance d’Afghanistan (sous l’autorité d’Ahmad Mas­soud, fils du com­man­dant Mas­soud) et par Obaidul­lah Mah­di, mem­bre du FNR, Afghanistan. Chroniques de la Résis­tance rassem­ble les nom­breuses tri­bunes publiques que Daniel Sal­va­tore Schif­fer a rédigées dès l’été 2021 lors de la prise de Kaboul par les Tal­ibans et leur retour au pou­voir. Philosophe, essay­iste, auteur de nom­breux ouvrages sur le dandysme, sur Oscar Wilde, Lord Byron, sur l’esthétique, d’essais poli­tiques (Tes­ta­ment du Koso­vo. Jour­nal de guerre ; Ruines de l’Intelligence. Les Intel­lectuels et la guerre en ex-Yougoslavie ; Requiem pour l’Europe. Zagreb, Bel­grade, Sara­je­vo…), Daniel Sal­va­tore Schif­fer inter­roge la « ques­tion afghane » sous une mul­ti­tude de focales : analy­ses géopoli­tiques, appels à la lib­erté pour le peu­ple afghan, dénon­ci­a­tions des manœu­vres des pays occi­den­taux et des puis­sances lim­itro­phes, dessous des cartes de la Realpoli­tik, désac­cords et con­flits d’intérêt entre la poli­tique, le poli­tique comme mou­ve­ment et l’éthique, l’humanitaire. Les cam­pagnes et les mobil­i­sa­tions aux côtés du Front Nation­al de la Résis­tance d’Afghanistan en faveur de la défense des lib­ertés des citoyens afghans com­posent la lame de fond de l’ouvrage. Con­tin­uer la lec­ture

La photographie en amateur, c’est toute une histoire !

Ade­line ROSSION, Michel F. DAVID, et Anne DELREZ, En dilet­tante. His­toire et petites his­toires de la pho­togra­phie ama­teur, Musée de la Pho­togra­phie de Charleroi et Edi­tions du Caïd, 2022, 400 p., 55 €, ISBN : 978–871 83 08 49

en dilettante histoire et petites histoires de la photographie amateurQue dia­ble peut bien sig­ni­fi­er aujour­d’hui le terme de « pho­togra­phie ama­teur » ? À l’heure glob­al­isée des self­ies omniprésents et des images démul­ti­pliées en abon­dance, l’œil vorace des réseaux soci­aux se dis­perse dans une volatil­ité sans fin. Tout con­court à ce que, par l’usage expo­nen­tiel des télé­phones porta­bles et autres appareils pluri-fonc­tions, soit ren­due évidem­ment « obsolète » cette dénom­i­na­tion de « l’a­ma­teur ». N’im­porte qui de nos jours peut à son gré et en posant le doigt sur quelques touch­es, non seule­ment saisir mais aus­si com­mu­ni­quer dans des sphères plus ou moins proches ou loin­taines, comme on voudra, ces images instan­ta­nées, pour le meilleur et pour le pire, d’un instant unique et par essence éphémère. Con­tin­uer la lec­ture

Un dossier minutieux

Lau­rence BOUDART et Christophe MEURÉE (sous la dir. de), François Emmanuel. Un écrivain sur la terre, Textyles n° 62, Ker, 2022, 165 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87586–317‑1

textyles francois emmanuelÀ mi-par­cours seule­ment, 2022 s’an­nonce déjà un excel­lent cru pour le vig­no­ble François Emmanuel : paru­tion du roman Racon­ter la nuit (Seuil), de deux pièces de théâtre chez Lans­man, de l’es­sai Guérir par l’écri­t­ure ? (Le Tail­lis Pré), dossier Le monde de François Emmanuel (A.M.L.), numéro spé­cial de la revue Textyles. Celui-ci prend place dans un flux de travaux cri­tiques qui grossit depuis une quin­zaine d’an­nées, venant con­firmer – un peu tar­di­ve­ment ? – la stature d’un écrivain qu’on n’hésite plus à dire « grand ». Out­re le vol­ume et la diver­sité de sa pro­duc­tion lit­téraire, F. Emmanuel mène une réflex­ion exigeante sur les ressorts obscurs de l’écri­t­ure et de la fic­tion tels qu’il les éprou­ve, guidant avec tact ceux et celles qui inter­ro­gent son art. Ce va-et-vient auteur-lecteur, le récent Textyles – pre­mier numéro de revue con­sacré à l’écrivain – l’il­lus­tre de manière tan­tôt explicite, tan­tôt implicite, à tra­vers sept études de textes, deux inédits de l’écrivain, une enquête sur ses lec­tures. Il ne fait pas dou­ble emploi avec Le monde de François Emmanuel, dont il est plutôt com­plé­men­taire et qui est dû aux mêmes maitres d’œu­vre : Lau­rence Boudart et Christophe Meurée, chevilles ouvrières des Archives et Musée de la Lit­téra­ture. Con­tin­uer la lec­ture

Camille et Arthur, des bornes stellaires

Isabelle BIELECKILes rescapés de l’aube : Valse nue / Le bateau de sable, Coudri­er, 2022, 131 p., 20 €, ISBN : 978–2‑39052–033‑7

bielecki les rescapés de l'aubeÀ tra­vers ce livre à deux temps, Les rescapés de l’aube (Valse nue et Le bateau de sable), Isabelle Bielec­ki s’empare de deux des­tins aus­si trag­iques l’un que l’autre : celui de Camille Claudel et d’Arthur Rim­baud.

Dans Valse nue, en sept tableaux et trois per­son­nages prin­ci­paux, l’autrice met en scène une Camille Claudel qui a déjà quit­té son maître et amant Rodin et s’est éloignée de sa famille. Con­tin­uer la lec­ture

Les secrets de Félicien

Paul DE RE, Le chan­toir du dia­ble, Mur­mure des soirs, 2022, 140 p., 20 €, ISBN : 978–2‑930657–88‑2

de ré le chantoir du diableCréa­trice  et direc­trice de la mai­son d’édition Mur­mure des soirs – dont on célébra il y a peu la pre­mière décen­nie –, Françoise Salmon pub­lie le dernier roman en date d’un écrivain à la fois pro­lifique et mul­ti­ple, Paul de Ré. Auteur et inter­prète de nom­breuses chan­sons (de 1974 à 1986, le futur romanci­er pub­lia pas moins de cinq 33 tours  dont on retrou­ve avec nos­tal­gie quelques traces  sur l’internet), l’écrivain lié­geois inscrit, après des pre­miers romans « région­al­istes », tous les trois ans un nou­veau roman au cat­a­logue de Mur­mure des soirs : les deux vol­umes de La pierre au cœur (2013), Made­moi­selle de ces gens-là (2016), Les secrets du basti­don bleu (2019). Con­tin­uer la lec­ture

Dans le giron d’un livre gigogne

Un coup de cœur du Car­net

aNNe HERBAUTS, Ma matri­ochka, Cast­er­man, 2022, 11 p., 11,90 €, ISBN : 9782203236646

herbauts ma matriochkaLe dernier livre d’aNNe herbauts épouse la forme d’une matri­ochka, dont il porte le joli nom. Pour réalis­er cet éton­nant tout car­ton, l’autrice-illustratrice belge s’est amusée à adapter d’autres car­ac­téris­tiques d’une poupée russe. Comme le jou­et en bois, le livre est séparé en une par­tie supérieure, dont les pages s’ouvrent vers le haut, et une inférieure, dont les pages s’ouvrent vers le bas. Ain­si, elles peu­vent se feuil­leter indépen­dam­ment les unes des autres, à la manière d’un livre méli-mélo, ce qui offre aux lecteurs la pos­si­bil­ité de créer autant de lec­tures que les règles de prob­a­bil­ité le per­me­t­tent, soit une abon­dance d’interprétations, ou, s’ils le préfèrent, de suiv­re une lec­ture linéaire qui s’avère riche en sens et d’une grande cohérence poé­tique. Ce fonc­tion­nement ludique sied par­ti­c­ulière­ment à cet objet en forme de jou­et : non seule­ment il mime une poupée gigogne et son fonc­tion­nement, mais il en a l’apparence solide. En effet, l’objet est en car­ton épais, résis­tant aux manip­u­la­tions des petites mains. Con­tin­uer la lec­ture

Les petites cellules grises de Barberian…

Fran­cis GROFF, Casse-tête à Cointe, Weyrich, coll. « Noir cor­beau », 2022, 256 p., 19 € / ePub : 14,99 €, ISBN: 978–2‑87489–665‑1

groff casse tete a cointeVoici donc le cinquième opus que Fran­cis Groff con­sacre aux enquêtes de Stanis­las Bar­ber­ian dans la col­lec­tion « Noir cor­beau ». Les édi­tions Weyrich avaient imag­iné cette col­lec­tion en 2019 et don­né con­signe à leurs auteurs (out­re Groff, ils sont cinq jusqu’à présent : Chris­t­ian Libens, le tan­dem Dupuis-Dumont, Chris­t­ian Joost­en et Ziska Larouge) de pro­pos­er aux lecteurs des romans policiers ayant pour décor la Bel­gique. La col­lec­tion est placée sous l’expertise tech­nique d’un com­mis­saire divi­sion­naire en retraite, François Périlleux, ancien chef de la Crim’  à Liège…

Dès le pre­mier vol­ume signé Groff, Morts sur la Sam­bre, le lecteur assis­tait à la nais­sance d’un per­son­nage appelé à devenir, si son auteur en avait le souf­fle, récur­rent comme les Holmes (et son com­parse nar­ra­teur Wat­son), Mai­gret, Adam Dal­gliesh, Mon­sieur Wens , Her­cule Poirot (et ses « petites cel­lules gris­es »), Miss Marple, Cordelia Gray, Mary Lester, Kay Scar­pet­ta : ils appar­ti­en­nent à nos sou­venirs addic­tifs de lecteurs pas­sion­nés par ces crimes dont d’habiles machiner­ies lit­téraires dévoilent les énigmes. Con­tin­uer la lec­ture

David Besschops ou l’incommunicabilité

Un coup de cœur du Car­net

David BESSCHOPS, Faut-il que tout meure pour que rien ne s’achève ?, L’Âne qui butine, coll. « Troglodyte », 2022, 11 €

besschops faut il que tout change pour que rien ne s acheve« On ne com­prend pas quel drame j’ai pré­ten­du ouïr. »

À con­tre-courant d’une lit­téra­ture con­tem­po­raine per­pétuelle­ment en fête et de ses parades menées tam­bour bat­tant avec force péta­rades, le tra­vail de David Bess­chops s’impose comme l’un des plus intran­sigeants de notre époque. Aux recueils Trou com­mun (2010), Avec un orgasme sur la tête en guise de bon­net d’âne (2017) ou Pla­cen­ta (2018) vient s’ajouter ce petit opus, Faut-il que tout meure pour que rien ne s’achève ?, pub­lié aux édi­tions L’Âne qui butine. Peu (re)connus, les ouvrages de Bess­chops, depuis son pre­mier recueil Car­men (2006), sont de ceux qu’on se passe sous le man­teau ou qu’on acquiert comme des livres de col­lec­tion. Ain­si, sans doute, de cer­tains des plus grands livres ou des plus grands écrivains : peu de pail­lettes, peu de médailles mais un halo feu­tré et pérenne.   Con­tin­uer la lec­ture

Réalités tronquées

Béa­trice BOURET-SPREUX, Trois fois rien, Déje­uners sur l’herbe, 2022, 14 €, ISBN :  978–2‑93043–377‑6

bouret spreux trois fois rienDans son dernier recueil de nou­velles – Trois fois rien – paru aux édi­tions Les déje­uners sur l’herbe, Béa­trice Bouret-Spreux donne la parole aux déclassés. Tout au long des sept réc­its qui le com­posent, des voix d’hommes et de femmes s’élèvent. Ensem­ble, elles par­courent le spec­tre des vies sim­ples, de la mis­ère, du désœu­vre­ment et de la vio­lence.

L’histoire de Jésus de Nazareth inau­gure l’ouvrage. Cette nou­velle, la plus longue, donne la parole aux trois per­son­nages que sont Paulo, Ludo et Jésus, trois amis dont le des­tin trag­ique a pour orig­ine une ono­mas­tique sur­prenante : Jésus, l’ami de Paulo et de Ludo, est orig­i­naire de Nazareth, un vil­lage près de Gand. Il est fils de Jozef Van­der­noot et de Marie-Con­sue­lo. Une drôle de coïn­ci­dence à laque­lle cer­tains pour­raient bien avoir du mal à croire, une ouver­ture para­doxale à une vio­lence injuste. Con­tin­uer la lec­ture