Portées portraits : le programme 2019–2020

maison autrique

La mai­son Autrique

Portées Por­traits, ce sont des ren­con­tres lit­téraires régulières dans le pres­tigieux cadre de la mai­son Autrique à Schaer­beek — et par­fois ailleurs. Des ren­con­tres qui font la part belle à l’o­ral­ité, puisque les oeu­vres mis­es à l’hon­neur béné­fi­cient de lec­tures et de mise en voix. Le pro­gramme de la sai­son 2019–2020 s’an­nonce par­ti­c­ulière­ment riche.


Lire aus­si : Portes et livres ouverts : Portées Por­traits (C.I. n° 193)


Con­tin­uer la lec­ture

Pierre Avezard dit Petit Pierre, un oublié de l’Art Brut

Daniel CASANAVE, Flo­rence LEBONVALLET, Petit Pierre. La mécanique des rêves, Cast­er­man, 2019, 120 p., 22 € / ePub : 15.99 €, ISBN : 9782203155275

Dans Petit Pierre. La mécanique des rêves, le dessi­na­teur Daniel Casanave et la scé­nar­iste Flo­rence Lebon­va­l­let exhument la vie et les œuvres de Pierre Avezard dit Petit Pierre (1909–1992)  inven­teur de génie, pio­nnier de l’Art Brut. Cette mag­nifique odyssée graphique et textuelle rend hom­mage, redonne vie à un homme que sa dif­férence maintint à l’écart de la société. Atteint du syn­drome de Treach­er Collins, con­tre­fait, malen­ten­dant, qua­si muet, Petit Pierre con­stru­isit, sa vie durant, des œuvres inso­lites qui fai­saient monde, se sub­sti­tu­ant à la société des hommes dont il était séparé. Entre art et sci­ence, Pierre Avezard conçut des dis­posi­tifs artis­tiques dont la logique, la gram­maire, le souf­fle ne s’inscrivaient dans aucun moule cul­turel.

Con­tin­uer la lec­ture

Un quatuor norgien inoubliable

NORGE, Remuer ciel et terre. Poésie, post­face de Jean-Marie Klinken­berg, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2019, 320 p., 9,00 €, ISBN : 978–2‑87568–414‑1

En 1984, voulant remet­tre à l’hon­neur l’œu­vre de Norge, les respon­s­ables de la col­lec­tion Espace Nord s’adressent à J.M. Klinken­berg, pro­fesseur à l’u­ni­ver­sité de Liège, mem­bre du groupe Mu, et dont l’in­térêt pour le poète est bien con­nu. Plutôt que com­pos­er une antholo­gie, l’on s’ac­corde sur la réédi­tion inté­grale de qua­tre recueils : Les râpes, Famines, Le gros gibier, La langue verte (1949–1954). Il est vrai, les célèbres Oignons datent des mêmes années, mais ils ont fait l’ob­jet de plusieurs réim­pres­sions aug­men­tées. Out­re que cette péri­ode norgi­en­ne est famil­ière à J.M. Klinken­berg et que le vol­ume Poésies 1923–1973 chez Seghers est épuisé depuis belle lurette, le choix des qua­tre titres est judi­cieux – il eût d’ailleurs mérité d’être expliqué en intro­duc­tion. En effet, dès l’en­tre-deux-guer­res, Norge est certes un auteur appré­cié, avec des titres comme La belle endormie, Le sourire d’I­care ou Joie aux âmes. Toute­fois, que ce soit dans sa thé­ma­tique, son imag­i­naire ou sa rhé­torique, il ne se démar­que pas net­te­ment d’autres con­tem­po­rains tels que O.V. Milosz, O.J. Péri­er, R. Mélot du Dy ou J. de Boschère. De 1939 à 1949, il con­nait d’ailleurs un sérieux pas­sage à vide. La paru­tion des Râpes et de Famines fait donc grand effet : lyrisme et spir­i­tu­al­isme ont totale­ment dis­paru, le style est à la fois plus bref, plus sac­cadé et plus savoureux, l’ex­is­tence humaine est évo­quée sous l’an­gle de la lutte-pour-la-vie et d’un cer­tain cynisme dar­winien. Les con­nais­seurs ne s’y trompent pas. P. Élu­ard écrit à Norge pour le féliciter, de même que F. Ponge, Ch. Plis­nier, G. Bachelard, F. Hel­lens, J. Paul­han, R.G. Cadou, etc. ; le vieil A. Gide en par­le chaleureuse­ment à ses vis­i­teurs ; plusieurs comptes ren­dus élo­gieux parais­sent dans la presse. Les oignons et La langue verte, dont la paru­tion suit rapi­de­ment, ne font que con­firmer le grand virage créatif de Norge et l’en­goue­ment con­sé­cu­tif du pub­lic. Con­tin­uer la lec­ture

Les chiffres des Lettres : les dernières statistiques du livre en Fédération Wallonie-Bruxelles

Ce lun­di 17 juin, le Ser­vice général des Let­tres et du Livre (SGLL) avait con­vié pro­fes­sion­nels du livre et grand pub­lic à la présen­ta­tion de son bilan annuel. Une ren­con­tre au cours de laque­lle ont été présen­tés tour à tour les rap­ports d’activités 2018 du SGLL et des instances d’avis liées au livre et à la lit­téra­ture (Com­mis­sion des Let­tres, Con­seil du livre, Com­mis­sion d’aide à la librairie, Com­mis­sion d’aide à l’édition, Com­mis­sion d’aide à la bande dess­inée, Jury de la lit­téra­ture jeunesse). La mat­inée s’est clô­turée par deux inter­ven­tions livrant des regards con­trastés sur la sit­u­a­tion du livre et de la lec­ture aujourd’hui.

La com­mu­ni­ca­tion de Chris­telle Gombert, inti­t­ulée « Don­ner envie de lire aux ado­les­cents », a apporté un mes­sage empreint d’espoir : les livres prisés des ado­les­cents sont certes éloignés des stan­dards des adultes, mais au moins les ados lisent – et les adultes peu­vent les y encour­ager par une atti­tude d’ouverture. La rédac­trice en chef de Lec­ture Jeune a ain­si offert un con­tre­point opti­miste à la présen­ta­tion par Benoit Dubois des chiffres-clés du secteur du livre en Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles : si tout n’y est pas négatif, il ressort notam­ment une con­trac­tion préoc­cu­pante du marché de la lit­téra­ture générale. Qu’en retenir ? Con­tin­uer la lec­ture

Nemesis se prend les pieds…

Frédéric ERNOTTE et Pierre GAULON, Comme des mouch­es, Lajouanie, 2019, 306 p., 19 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 9782370471024

Gwen et Leila, les deux jeunes femmes que l’on retrou­ve au pub irlandais O’Neils, leur camp de base, sont des amies insé­para­bles. Pour l’heure, Gwen tente de ren­dre le goût de vivre à sa copine séparée depuis peu du beau Michaël qu’elle a largué suite à une « con­duite inap­pro­priée », en fait, un bais­er échangé avec une fille de ren­con­tre. Voilà qui, selon Gwen, très  inspirée par les Stream Banana, mérite une vengeance qui en fasse baver à tous ces salauds d’hommes et ramène le sourire sur les lèvres de sa chère Leila. Con­tin­uer la lec­ture

L’expérience poétique

COLLECTIF, La décou­verte de la poésie. De ont­dekking van de poëzie, Midis de la poésie & L’Arbre à paroles, coll. « Poésie », 2019, 38 p., 8 €

À l’initiative de Pas­sa Por­ta, du Poëziecen­trum et des Midis de la Poésie, huit poètes belges, qua­tre fran­coph­o­nes, qua­tre néer­lan­do­phones, inter­ro­gent sous la forme poé­tique leur décou­verte, leur entrée en poésie, les liens qu’ils tis­sent avec elle. Face à la ques­tion « com­ment devient-on poète ? », cer­tains met­tent à nu l’épreuve sub­jec­tive de leur ren­con­tre avec la muse poé­tique tan­dis que d’autres pla­cent la poésie en amont, comme une voix qui, depuis tou­jours, appelle ses pos­si­bles hôtes. Ren­con­tre acci­den­telle ou, au con­traire, des­ti­nale et élec­tive ? Ren­con­tre physique, avec des mots char­nels ou com­pagnon­nage d’ordre con­ceptuel ? Con­tin­uer la lec­ture

Un poème en filet à papillons

Carl VANWELDE, À mots comp­tés, Éran­this, 2019, 88 p., 18 €, ISBN : 139782874830181

Il serait facile de dire d’une mal­adie qu’elle est avant tout une absence de poésie dans le corps et une forme d’ab­sence momen­tanée de l’homme au monde. Mais la nom­i­na­tion du corps, sa com­préhen­sion min­i­male sem­blent être entraînée dans les mêmes mou­ve­ments d’infox que les autres. Le poète nomme, « invente les mots de la tribu » (Valéry), sépare et relie.

Les écrivains-médecins (la lit­téra­ture en est con­stel­lée), depuis Rabelais, sont légion dans la lit­téra­ture. Les douleurs, les humeurs de l’homme (et de l’animal) sont la pre­mière matière des prati­cien de l’Art, ce dont a besoin un écrivain pour échap­per au piège des idées… Con­tin­uer la lec­ture

Décès de Yun Sun Limet

Yun Sun Limet

Nous apprenons le décès de l’écrivaine belge Yun Sun Limet, née à Séoul en 1968. Elle avait rem­porté le prix de la pre­mière oeu­vre de la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles en 2005 pour son roman Les can­di­dats (La Mar­tinière).  Con­tin­uer la lec­ture

Dominique Rolin, « la forêt des mots »

Dominique ROLIN, Plaisirs suivi de Mes­sages secrets, Entre­tiens avec Patri­cia Boy­er de Latour, Gal­li­mard, coll. « L’Infini », 2019, 343 p., 21,50 € / ePub : 15.99 €, ISBN : 978–2‑07–284905‑3

Le doute, la mémoire, l’amour, le dou­ble, Venise, la musique, les Prim­i­tifs fla­mands, les vis­ages, les miroirs, la Bel­gique… autant de portes d’entrée du voy­age qui mena Dominique Rolin et Patri­cia Boy­er de Latour à tiss­er un ensem­ble d’entretiens réu­nis sous le titre Plaisirs. Dès 1999, bien après Les marais, Le lit, La mai­son la forêt, Le corps, Les éclairs, à l’époque où parais­sent des œuvres majeures comme La réno­va­tion, Jour­nal amoureux, débute une série d’échanges placés sous le signe de « la prom­e­nade dans un jardin » (Rolin), le jardin Rolin dont les fleurs s’appellent le doute, la pas­sion, l’enfance, l’écriture comme « investisse­ment total de l’être ». Con­tin­uer la lec­ture

L’espace en regardant devant soi

Jan BAETENS, Ici, mais plus main­tenant, pho­togra­phies de Milan Chlum­sky, Impres­sions nou­velles, 2019, 112 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87449–686‑8

Une des fonc­tions de la poésie est de trou­ver le point d’intensité des choses.

La force minérale du monde, et la vivac­ité frag­ile des images et des mots, con­stituent un seul et com­plexe champ d’investigation.

Le méti­er unique de Jan Baetens, sa pas­sion et son orig­i­nal­ité fon­cière, con­sis­tent à capter et à refléter la diver­sité irré­sistible du monde dans de petits miroirs solaires, des post-it mag­né­tiques, qu’il dis­pose un par un autour de lui, avec une sci­ence d’abeille fouis­seuse.

Con­tin­uer la lec­ture

« À quoi penses-tu ? »

Un coup de cœur du Car­net

Emmanuel RÉGNIEZ, Madame Jules, Tripode, 2019, 131 p., 15 €, ISBN : 9782370551986

Il y a trois ans, nous chroniquions pour le Car­net le pre­mier roman d’Emmanuel Rég­niez, Notre Château, et nous affi­chions notre impa­tience à lire son deux­ième opus. Nous avons atten­du. Et le voici, l’impeccable et ten­du Madame Jules, tou­jours aux édi­tions Le Tripode.


Lire aus­si : notre recen­sion de Notre Château


Madame Jules, la nar­ra­trice, est l’épouse de Mon­sieur Jules. Elle l’aime, et leur cou­ple sem­ble, dans le tournoy­ant délié des phras­es de Madame Jules, d’une per­fec­tion totale. Il est son mari et son amant. Ils vivent dans un état de fusion et de bon­heur per­ma­nent, avec le sen­ti­ment d’être seuls au monde. Mais cette belle mécanique se grippe. Un soir où Mon­sieur Jules ne parvient pas à attein­dre une érec­tion sat­is­faisante, une fis­sure se des­sine. « À quoi pens­es-tu ? À toi, je pense à toi. » Aux cer­ti­tudes d’airain suc­cè­dent peu à peu les ques­tions, qui s’insinuent dans les mots de Madame Jules comme un lent poi­son dans ses veines, infec­tant le texte et le col­orant d’ironie. Con­tin­uer la lec­ture

Stéphane Mandelbaum : c’est derrière que tout se passe, pas à l’avant-plan

Anne MONTFORT (dir.), Cat­a­logue de l’exposition Stéphane Man­del­baum, pré­face de Bernard Blistène, textes d’Anne Mon­fort, Gérard Pres­zow, Choghakate Kazar­i­an, Bruno Jean et Pierre Thoma, notes d’Anne Lemon­nier, Éd. Dilecta/Centre Pom­pi­dou, 2019, 153 p., 30 €, ISBN : 978–2‑37372–079‑2

À l’occasion de l’exposition Stéphane Man­del­baum qui s’est tenue ce print­emps au Cen­tre Pom­pi­dou et qui s’ouvre au Musée Juif (du 14 juin au 22 sep­tem­bre), les Édi­tions Dilecta/Centre Pom­pi­dou pub­lient un sai­sis­sant cat­a­logue de l’artiste assas­s­iné en décem­bre 1986 à l’âge de vingt-cinq ans. Qui ren­con­tre les dessins, les gravures de Stéphane Man­del­baum fait l’expérience d’un choc sen­soriel. La sidéra­tion et le trou­ble que ses créa­tions induisent nais­sent de l’intensité dra­ma­tique de ses por­traits, de la décon­struc­tion qu’elles opèrent de l’espace et des formes afin de con­vo­quer l’irreprésentable. La déroute des formes sous les forces d’un trait sis­mique se ren­force par une artic­u­la­tion sin­gulière du visuel et du textuel qui peut faire songer à leur alliance chez Jean-Michel Basquiat. Mag­nifique­ment conçu, présen­tant une cen­taine de dessins, le cat­a­logue mon­tre, au tra­vers des textes d’Anne Mon­fort, Gérard Pres­zow, Choghakate Kazar­i­an, d’un entre­tien entre Bruno Jean et Pierre Thoma, des notes d’Anne Lemon­nier  — cer­tains ont con­nu l’artiste —, un univers stéphane­man­del­bau­mien haute­ment chargé en ver­tiges. Con­tin­uer la lec­ture

Vers la vie simple avec Luc Dellisse

Luc DELLISSE, Libre comme Robin­son. Petit traité de la vie privée, Impres­sions nou­velles, 2019, 210 p., 17 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978–2‑87449–680‑6

On peut être un moral­iste sans pour autant jamais user de mora­line. Il suf­fit pour cela de miser sur d’autres recours quand on délivre son mes­sage : la lucid­ité et le style. La pre­mière, Luc Del­lisse l’a reçue en héritage de sa riche expéri­ence d’une exis­tence longtemps passée dans ce qu’il nomme « l’ancien monde ». Il épure le sec­ond, le dégraisse, pour ne livr­er que le nerf de sa pen­sée. Le lire revient alors à affron­ter l’évidence : mais oui, c’est de cette parole-là que j’avais, que nous avions besoin, immé­di­ate­ment. Con­tin­uer la lec­ture

Il n’y a pas que la bataille des éperons d’or

Jan BAETENS, Karel VANHAESEBROUCK, Petites mytholo­gies fla­man­des, pho­togra­phies de Brecht Van Maele, pré­face de Claude Javeau, tra­duc­tion de Monique Nagielkopf assistée par Daniel Van­der Gucht, Let­tre volée, 2019, 174 p., 20 € ; ISBN : 978–2‑87317–533‑7

Une fois n’est pas cou­tume, le présent ouvrage a été écrit et pub­lié en néer­landais en 2014, avant d’être traduit. L’intérêt de la démarche à la base du livre jus­ti­fie une recen­sion, d’autant plus que les auteurs, fla­mands, con­nais­sent par­faite­ment la cul­ture tant du Nord que du Sud du pays. Jan Baetens a même obtenu le Prix tri­en­nal de poésie de la Com­mu­nauté française de Bel­gique.

Ces Petites mytholo­gies fla­man­des s’inscrivent dans la lignée des Mytholo­gies de Roland Barthes. Les auteurs en repren­nent les principes. Le mythe n’est pas qu’un réc­it ancien : la société mod­erne en pro­duit elle aus­si en les renou­ve­lant sans cesse. Et le mythe ne réflé­chit pas une vision du monde ; c’est lui qui la pro­duit et l’incarne dans divers­es expres­sions très con­crètes. Il est ain­si l’expression actu­al­isée de valeurs éter­nelles et immuables. Il appa­raît donc comme la façon dont une société se voit et se pense. Ces sens cachés, il faut les faire advenir, les ren­dre con­scients ; c’est ce qui fonde et jus­ti­fie la démarche de ces analy­seurs, comme l’a été, du côté fran­coph­o­ne, Jean-Marie Klinken­berg dans ses Petites mytholo­gies belges. Con­tin­uer la lec­ture

Le féminin et la parole défaillante

Chris­tine VAN ACKER, Je vous regarde par­tir. Poèmes, Arbre à paroles, 2019, 66 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87406–680‑1

On le sait, les femmes écrivains accor­dent une atten­tion émi­nente à la rela­tion entre l’en­fant qu’elles furent et leurs par­ents, leur mère en par­ti­c­uli­er. Cette remé­mora­tion peut pren­dre divers­es tour­nures, générale­ment plus proches de la récrim­i­na­tion que de l’idéal­i­sa­tion. Chris­tine Van Ack­er, quant à elle, adopte une posi­tion tout en nuances, com­bi­nant le reproche et la ten­dresse, l’api­toiement et la per­plex­ité, la souf­france et la joie de vivre. Plutôt que la for­mule du réc­it, elle a choisi celle du recueil de poèmes, plus libre, plus frag­men­taire, non sans analo­gies avec le jour­nal intime – un jour­nal inspiré en l’oc­cur­rence non par les faits actuels, mais par le sou­venir des faits passés, de l’en­fance de l’héroïne à la mort de ses par­ents. Je vous regarde par­tir, toute­fois, présente une struc­ture non pas diariste mais ter­naire et dyschronique. En effet, jusqu’à la p. 17, les poèmes évo­quent le grand Départ et le deuil qui s’en­suit. Des pages 18 à 40, on assiste à un retour en arrière vers l’époque de l’en­fance. La dernière par­tie, enfin, cible la péri­ode du vieil­lisse­ment et de l’ag­o­nie. Cette tri­par­ti­tion non linéaire mon­tre claire­ment que, en matière de ques­tion­nement auto­bi­ographique, la recherche du sens est de nature fon­cière­ment rétro­spec­tive : c’est après-coup seule­ment que, l’ir­rémé­di­a­ble étant advenu, le sujet peut procéder à une ten­ta­tive de bilan mémoriel et affec­tif, où la vie cède le pas au vécu. « Vous emporterez avec vous / ce qui nous regarde / et ne vous apparte­nait pas ». Con­tin­uer la lec­ture

Le voyage, « un alcool de vie »

André DOMS, Écrits du voy­age, 3 vol., Herbe qui trem­ble, 2019 : Italiques, 208 p., 18 €, ISBN : 978–2‑918220–83‑1 ; Ibériques, 254 p., 18 €, ISBN : 978–2‑918220–85‑5 ; Balka­niques, 220 p., 18 €, ISBN : 978–2‑918220–84‑8 

Le poète André Doms nous livre, en trois dens­es vol­umes — Italiques, Ibériques, Balka­niques -, ses Écrits du voy­age. Portés par une invo­ca­tion vibrante : « en soi et par soi-même, le voy­age m’emporte, m’ouvre, et je m’y adonne comme à un alcool de vie ».

Attirée par Italiques, je lisais avec plaisir : « l’Italie, pre­mière qui me donne à vivre les clartés méditer­ranéennes, physiques et méta­physiques ».

Son rap­port majeur à l’Italie fut lit­téraire. De la ren­con­tre avec l’écrivain et tra­duc­teur Fran­co Prete et quelques amis, ini­ti­a­teurs de la belle aven­ture d’Orig­ine, pari­ant sur la recon­nais­sance mutuelle des poésies ital­i­enne et française, incar­née par de nom­breuses pub­li­ca­tions alliant fer­veur et rigueur, à la lec­ture inépuis­able de poètes et romanciers, épinglant les Car­nets de Dino Buz­za­ti qui, « avec leurs réflex­ions, imag­i­na­tions, apo­logues, angoiss­es et fan­tasmes, font un chant ter­ri­ble de la soli­tude humaine ». Con­tin­uer la lec­ture