Francis VAN DE WOESTYNE, États d’âme. Grands entretiens, Impressions nouvelles, 2022, 450 p., 24 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑87449–930‑2
Dans le catalogue des Impressions nouvelles, le genre de l’entretien jouit d’une place de choix. Dès 2001 paraissait en effet un volume dans lequel Alain Robbe-Grillet répondait à Benoit Peeters, suivi plus récemment par Tout le reste est littérature, entretien-bilan de Jacques Dubois mené par Laurent Demoulin, ou encore par les différents volumes de la collection « Caméras subjectives » dans lesquels des professionnels du cinéma évoquent les secrets du métier. Sans oublier, bien sûr, Secrets d’écrivains, enquête sur les entretiens littéraires conduite au moyen… d’entretiens avec des auteurs et des autrices. Continuer la lecture
Automne 2021 : Espace Nord sort son 400e numéro, La Fureur de lire fête ses 30 ans. Les comptes ronds incitent à marquer le coup et ce double jubilé ne fait pas exception. Ce n’est donc pas une réédition classique dans la collection patrimoniale qui a hérité, par le hasard de la numérotation, de ces deux zéros sur sa tranche. Et, tant que l’on parle de chiffres, il ne s’agit pas à proprement d’une mais plutôt de vingt-deux rééditions. Vingt-deux !? Dans un seul volume ? Parfaitement ! Vingt-deux nouvelles, échantillon choisi parmi les plus de cent plaquettes éditées dans le cadre de la Fureur de lire. Tâche ardue à n’en pas douter.
L’innocence souvent insolente de l’adolescence et cette envie de fuite que l’on jette à la face du monde quand on a 20 ans, Carl Norac en a fait le matériau de sa poésie à la fois brute, dense et sensuelle.
Dans la collection « Ainsi parlait » d’Arfuyen, après des volumes consacrés à Etty Hillesum, Pascal, Proust, Valéry…, le poète, écrivain, secrétaire perpétuel de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique Yves Namur consacre un volume à Maurice Maeterlinck. Le choix de 447 maximes, la puissante présentation « Maeterlinck et ses miroirs » offrent une traversée sous l’angle de la complexité de l’œuvre du seul auteur belge couronné par le Prix Nobel de littérature (1911). Le mystère, l’insondable, le silence que Maeterlinck (1862–1949) interroge dans son œuvre aux multiples facettes (poésie, théâtre, essais, ouvrages d’entomologiste) forment la source de son écriture et de son être-au-monde.
Second volume publié dans la jeune collection « à cœur d’écrits » lancée par les éditions Le coudrier, ces « entrelus » du critique et écrivain Philippe Leuckx font suite
Comme Guy Goffette l’aime, son cher Verlaine ! Et comme il nous fait partager cet attachement, cette affection, en généreux passeur de textes et de sentiments ! Alors que le coup de foudre n’a eu lieu qu’à la maturité (Verlaine est entré dans ma vie comme la foudre dans une maison fermée), la cinquantaine approchant (sa première idole a été Rimbaud, l’autre du couple glorieux), depuis, il écrit sur lui fidèlement, tendrement, amicalement. De beaux livres, de sa prose la plus poétique, emphatique, celle qu’on aime tant, celle d’
On ne tirera pas ici le portrait de Louis Scutenaire (1905–1987), ami et complice de Magritte, Colinet, Nougé, et activiste très actif du surréalisme en Belgique, bien plus qu’une apparente indolence le laissait croire. Mais disons-le en préambule pour éviter toute ambiguïté : l’auteur de ces lignes eut la vivifiante joie de le connaître, ainsi qu’Irène Hamoir (la « Lorrie » des Inscriptions), le plaisir de les rencontrer régulièrement tous deux rue de la Luzerne durant les dernières années de leur vie, et le bonheur intellectuel de contribuer à le faire lire ou découvrir : principalement chez Edmond Thomas (éd. Plein Chant, 1986) et dans la collection Espace Nord (le premier volume de Mes inscriptions réédité en 1990, sur les cinq initialement prévus à l’époque par Labor). 
À vivre depuis quelques mois comme des reclus, on en viendrait presque à perdre le nord et dès lors, la notion du voyage. Étourdis, désorientés, nous n’avons, comme seul horizon, que celui de la chambre autour de laquelle nous bombinons. Dans cette attente de nouveaux départs, la lecture du volume-anthologie d’Alain Dantinne, Amour quelque part le nom d’un fleuve, ravive l’espoir. Celui non seulement d’envisager reprendre la route, entonner une fois encore le chant des pistes mais plus essentiel peut-être, celui de pouvoir choisir son exil intérieur. Et c’est justement par ce titre que débute la déambulation dans l’œuvre du poète-voyageur Dantinne. Toute la tension qui anime l’écriture de l’auteur est là, présente dès ce premier recueil
Le coudrier est ce bois dont on fait les baguettes de sourcier ! Et ne voilà-t-il pas que cette maison de poésie fait sourdre une idée qui émeut et comble un vide ! Comme par magie.

Si les mots ne libèrent que l’ombre
Repris sous une forme modifiée par Julien Gracq dans l’incipit de La forme d’une ville, le vers de Baudelaire tiré du poème Le cygne — « la forme d’une ville / Change plus vite, hélas ! que le cœur d’un mortel » — compose la basse continue de l’essai de Joseph Van Wassenhove. Par quel prisme appréhender Bruxelles au 19e siècle, sachant qu’elle a subi, au nom du progrès et de la modernité, des modifications architecturales, urbanistiques souvent désastreuses, sinon par celui de la littérature ? Dans Bruxelles. La ville vue par des écrivains du XIXe siècle, l’auteur se livre à une enquête archéologique qui prend la forme d’une promenade littéraire.
Figure incontournable du surréalisme belge (et plus particulièrement du groupe hennuyer), Achille Chavée demeure nimbé d’une aura qui, cinquante ans après sa disparition, rend toujours son cas aussi fascinant et épineux. Ayant physiquement combattu la « bête immonde » durant la guerre d’Espagne puis en tant que résistant entré dans la clandestinité, le brigadier international Chavée traîne cependant quelques dérangeantes casseroles rouges. À commencer par les soupçons d’interrogatoires musclés durant des procès staliniens à l’encontre de militants anarchistes. L’info est catégoriquement relayée dans la notice Wikipedia, mais sérieusement réévaluée dans certain article de Paul Aron sur l’engagement des écrivains belges francophones contre le franquisme…
Le vingtième titre de la collection proposée par le Musée de la Ville de Bruxelles est l’un des plus attrayants : Amour et désamour. Regards d’écrivains sur Bruxelles 1845–1978. Cette petite anthologie, composée par Marc Meganck, s’ouvre par une lettre de Balzac à sa bien-aimée Eveline Hanska, célébrant en Bruxelles une des villes « sacrées », « primordiales », où ils se sont retrouvés.
Belgique, terre d’aphorismes est l’aboutissement d’un travail d’archéologue, d’orpailleur, d’archiviste littéraire. Pendant de nombreuses années, Michel Delhalle a exploré le champ de fouilles des Lettres belges en quête de trésors de l’esprit nommés aphorismes et classé scrupuleusement ces objets littéraires (parfois, souvent ?) non identifiés. Le but ? Double : les réhabiliter en tant que mode d’expression à part entière ; en démocratiser la compréhension et l’accès.