Effervescence éditoriale, course aux prix…, la rentrée littéraire d’automne est traditionnellement une période d’intense activité dans le monde du livre francophone. La pléthore d’ouvrages disponibles expose les plus fragiles d’entre eux à un passage aussi éphémère qu’anonyme sur les tables des libraires. Au jeu de la visibilité et de la consécration, la presse joue naturellement un rôle de médiation et de conseil auprès des lectrices et lecteurs.
Le 10 septembre, la revue de presse du Carnet et les Instants proposait un bilan de l’accueil médiatique et critique des autrices et auteurs belges de la rentrée publiés dans des maisons d’édition françaises. Les maisons d’édition belges lancent leur rentrée quelques semaines plus tard que leurs homologues hexagonales ; les premiers livres arrivent sur les tables des librairies en septembre seulement. Cette deuxième livraison de notre revue de presse de la rentrée 2022 leur est consacrée. Continuer la lecture






Souvent, les ciels sont lisses et pâles.
Bruxelles, un « vieux vendredi d’avril », un vingt-quatre. Célestin de Méeûs prend la tangente pour une cavale russe qu’il effectue à rebours de Cendrars – s’expulsant du petit pays dont il « n’a jamais voulu rien savoir » pour se ficher, telle une épingle sur une carte, à Vladivostok. C’est des confins de la Russie, du plus extrême est, qu’il entreprend alors un retour vers Ostende et vers l’aimée. Gardien d’une photographie d’elle qu’il « criblera de doigts », c’est à elle qu’il s’adresse dans ce long poème démontrant que le souffle peut ne jamais mourir, déroulant implacablement des vers d’une exigeante soif de justesse.
Une fille à la rue : comment en parler sans tomber dans le piège de son propre regard, privilégié, de voyeur.euse ? C’est le défi ambitieux que Fanny Garin s’est lancé dans ce premier roman.
il reste du vert cette montagne sans bruit une carte postale glacée
Voici une suite à Journal apocryphe : cinquième saison qui paraissait chez Maelström en 2018
Le kif, déjà, à la couverture. Photo de scène: une meuf noire devant un micro, chemise boutonnée jusqu’en haut, ferme les yeux en disant son texte, dans un sourire. Le kif, ce titre : On ne s’excuse de rien! — exclamation sans risette, qu’on se le tienne pour dit — à répéter en boucle ad libitum. Le kif de compter une écrasante majorité de femmes parmi les 57 auteur.trice.s du recueil — cis et trans, valides et pas, racisées et pas, de tous les âges, de toutes les formes, les sexualités, les horizons. “Poésie & slam”: leurs textes sont issus d’ateliers d’écriture, en vue de les faire claquer sur le plateau — du coup, on les pioche, la tête fait boîte à rythmes et on se les dit parfois tout haut. La tête vient se cogner aussi, là où, peut-être, le slam libère : sur les réalités reconnues. Parce que ça envoie, les filles. Elles prennent la plume dans un grand et beau fracas qui vient exploser à la lecture: des bombes. Harcèlement, racisme, maternité, non maternité, maladie, viol, violences, chômage, burn out, enfance, vieillesse, drague, rage, autocensure bazookée 57 fois… des dagues à chaque voix. “Et j’emmerde la norme!”
Ce livre est pour toi si
Dans ce premier opus que signe Maud Joiret aux éditions Tétras Lyre, la poétesse ne croque pas la vie à pleines dents : elle y mord complètement, armée jusqu’aux dents. Jusqu’aux traces. Jusqu’à l’hématome. Dehors ça blesse, c’est étouffant et, sur la chair de l’âme, ça devient bleu. Dedans ça vit, ça étouffe et, dans les mains, ça devient cobalt.