Archives par étiquette : Impressions nouvelles

La petite mort du texte

Un coup de cœur du Car­net

Georges EEKHOUD, Voy­ous de velours ou L’autre vue, pré­face de Jacques Izoard, post­face ce Paul Aron, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2024, 240 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–600‑8

eekhoud voyous de velours ou l'autre vue« Mais non, que me voulez-vous à moi qui ne saurais vous pein­dre, ou vous mod­el­er, ou vous dire en vers et en musique, aus­si beaux, aus­si suaves, aus­si éblouis­sants et bal­samiques que je vous sens et que je vous vois ! » Mais oui, que lui veu­lent-ils ces Voy­ous de velours qui ont don­né le titre à ce roman de Georges Eekhoud lors de son édi­tion en 1926 à la Renais­sance du livre (inti­t­ulé L’autre vue quand il a paru aux édi­tions Mer­cure de France en 1904), que lui veu­lent-ils, ces jeunes mar­gin­aux des quartiers pop­u­laires de Brux­elles ? En réal­ité, on ne l’apprendra guère. Et là, de toute façon, n’est pas la véri­ta­ble rai­son de cette cita­tion, de cette ques­tion, qui est avant tout l’énonciation de la poli­tique et de la poé­tique éro­tique du livre. Ce que « lui » recherche, ce qu’il leur prend et leur donne, c’est là que tout se joue. S’écrit. Con­tin­uer la lec­ture →

Effet-miroir

Un coup de cœur du Car­net

Jan BAETENS et Marie-Françoise PLISSART, Mon jardin des plantes : poèmes et pho­togra­phies, Impres­sions nou­velles, 2024, 136 p., 18 € / ePub : 7,99 €, ISBN :978–2‑39070–145‑3

baetens plissart mon jardin des plantesJan Baetens (1957) est l’auteur de vingt recueils de poésie, dont récem­ment Après, depuis (2021, prix Mau­rice Carême de poésie 2023) et Tant et tant (2022). Styles et thèmes de ses livres vari­ent mais leur point de départ est tou­jours le même : la vie quo­ti­di­enne repen­sée par l’art et la lit­téra­ture. Auteur de nom­breuses études sur les rap­ports entre textes et images, dont Le roman-pho­to (avec Clé­men­tine Mélois) ou Adap­ta­tion et bande dess­inée : éloge de la fidél­ité, dans son essai Illus­tr­er Proust, il présen­tait et dis­cu­tait les répons­es suc­ces­sives don­nées depuis plus d’un siè­cle par les artistes et leurs édi­teurs au désir et à la dif­fi­culté d’illustrer Proust. Il a pub­lié le remix d’une col­lec­tion privée de ciné-romans-pho­tos, Une fille comme toi (2020) et un essai con­tre l’oralisation de la poésie : À voix haute. Poésie et lec­ture publique (2016). Marie-Françoise Plis­sart (1954) est l’une des fig­ures majeures de la pho­togra­phie belge. Comme Baetens, elle s’est intéressée très tôt aux rap­ports entre un texte et une image, réal­isant avec Benoît Peeters le livre Cor­re­spon­dance (Yel­low Now, 1981), début d’une bib­li­ogra­phie abon­dante. Pho­tographe free-lance depuis 1987, elle a réal­isé de nom­breux travaux dans de mul­ti­ples domaines tels que l’architecture, le théâtre, le por­trait et l’illustration. Ses pho­togra­phies ont été notam­ment exposées à Brux­elles, Liège, Paris, Genève, Ams­ter­dam, La Haye, Rot­ter­dam, Berlin et Vienne. Elle est aus­si une vidéaste cap­tivée par l’exploration du tis­su urbain et par ses trans­for­ma­tions. Con­tin­uer la lec­ture →

Magritte, à travers tout, le reste

Magritte com­men­té par ses amis, Textes choi­sis et présen­tés par Paul Aron, post­face de Sémir Badir, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2024, 234 p., 10 €, ISBN : 978–2‑87568–602‑2

magritte commenté par ses amisÉmile Zola écrivant sur Manet et sa pein­ture (1867), Camille Lemon­nier s’attachant à l’art de Courbet (1878) ou de Féli­cien Rops (1908), Émile Ver­haeren pub­liant la même année une mono­gra­phie con­sacrée à James Ensor, Apol­li­naire défen­dant Picas­so et Les pein­tres cubistes en 1913, Aragon célébrant Hen­ri Matisse, roman… Depuis la fin du 19e siè­cle et jusqu’à aujourd’hui, les écrivains et poètes n’ont pas man­qué d’accompagner des artistes qu’ils admi­raient, dont ils partageaient cer­taines con­vic­tions esthé­tiques ou approches idéologiques, et qui par­fois, furent égale­ment leurs amis. Régulière­ment, ce qui peut reli­er l’écrivain à l’artiste, c’est l’intime con­vic­tion chez le pre­mier que le sec­ond ouvre des voies nou­velles à une pra­tique pic­turale ou artis­tique, l’incline vers des ori­en­ta­tions inédites, et qu’il y a là quelque néces­sité à expliciter, sinon à faire décou­vrir par un plus large pub­lic, la réal­ité – et les qual­ités – de ces artistes, très sou­vent moqués, ridi­culisés ou injuriés à leurs débuts. Dans ce cadre, ce qui com­mence par un com­men­taire quelque peu artis­tique et sym­pa­thisant à des­ti­na­tion d’un jour­nal, voire d’une revue plus ou moins con­fi­den­tielle, peut se muer bien­tôt, la con­fi­ance mutuelle aidant, en un essai plus appro­fon­di. Con­tin­uer la lec­ture →

BX, je t’aime

Béné­dicte LOTOKO, Ça brille encore, Impres­sions nou­velles, coll. « For Intérieur », 2024, 214 p., 18 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 9782390701033

lotoko ca brille encoreLa tem­po­ral­ité : un été fiévreux, un juil­let-août nerveux. Le lieu : Brux­elles, dans ses rues, ses espaces et ses endroits fam­i­liers, et dans des apparte­ments aus­si. La pro­tag­o­niste : Clotilde, une quadra, métisse, aisée, lec­trice com­pul­sive. La sit­u­a­tion ini­tiale : un peu beau­coup paumée, Clotilde ne parvient pas à faire le deuil de son amour passé, Antoine, avec qui elle a été en cou­ple un lus­tre. L’élément déclencheur : lors d’une soirée sur l’Allée du Kaai, où « la jeunesse alter­na­tive bronze entre deux taffes », elle croise un incon­nu qui lui plaît : « Du regard lan­goureux à la couleur de la peau, du style décon­trac­té à l’aisance altière, de sa jolie bouche à sa mus­cu­la­ture que je devine. C’est lui que je veux, c’est lui que je n’aurai pas. » Si Clotilde n’étouffe pas sous l’optimisme, sa ren­con­tre avec Taw­fiq va pour­tant ryth­mer ses prochaines semaines. Con­tin­uer la lec­ture →

Cinquante ans de combats et réflexions à poursuivre

Car­o­line GLORIE et Tere­sa HOOGEVEEN (sous la dir. de), La pre­mière revue fémin­iste fran­coph­o­ne. Les Cahiers du Grif, Impres­sions nou­velles, 2023, 304 p., 25 € / ePub : 15,99 €, ISBN : 978–2‑3970–020‑3

les cahiers du grif la premiere revue feministe francophoneIl y a cinquante ans parais­sait le pre­mier numéro des Cahiers du Grif (Groupe de Recherch­es et d’Informations Fémin­istes), un an après la pre­mière Journée des femmes à Brux­elles et en pleine effer­ves­cence. Les 1500 exem­plaires sont ven­dus en vingt-qua­tre heures. Le fémin­isme est alors mul­ti­ple. Sa vivac­ité est gran­dis­sante et son développe­ment con­stant. Les rassem­ble­ments sont nom­breux. Les réflex­ions touchent de plus en plus de domaines. Con­tin­uer la lec­ture →

Dans l’avant-vie de Dominique Rolin

Un coup de cœur du Car­net

Dominique ROLIN, L’infini chez soi, post­face de Pierre Piret, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2023, 300 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–588‑9

rolin l'infini chez soi« Toute inven­tion, dis-je à mon tour non sans une cer­taine lâcheté retorse dont j’ai par­faite­ment con­science, toute inven­tion est sanc­ti­fiée, rec­ti­fiée, jus­ti­fiée vaille que vaille par le feu d’une réal­ité folle. » Insérée dans l’audacieuse archi­tec­ture romanesque de L’infini chez soi – paru en 1980 chez Denoël et très heureuse­ment à nou­veau acces­si­ble aujourd’hui dans la col­lec­tion Espace Nord, avec une post­face appuyée de Pierre Piret – cette énon­ci­a­tion péremp­toire de Dominique Rolin s’applique on ne peut plus exacte­ment, pour­tant, à l’étonnant échafaudage tem­porel dess­iné et mis en place par l’écrivaine. Quoique pou­vant se lire de manière tout à fait autonome, ce roman à l’ingénieuse inven­tiv­ité formelle con­stitue le pre­mier volet d’une trilo­gie par­tielle­ment auto­bi­ographique, pour­suiv­ie en 1982 par Le gâteau des morts et en 1984 par La voyageuse – qui se clô­ture sur la mort de la nar­ra­trice, annon­cée pour l’année 2000. (Fic­tion encore, car Dominique Rolin s’est éteinte bien plus tard, en 2012, son dernier livre ayant paru en 2003). Con­tin­uer la lec­ture →

« Écrire la parole fantôme »

Un coup de cœur du Car­net

Veroni­ka MABARDI, Loin de Lin­den suivi de Adèle, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2023, 280 p., 9 €, ISBN : 9782875685919

mabardi loin de linden suivi de adeleCet automne, Veroni­ka Mabar­di est entrée dans la col­lec­tion pat­ri­mo­ni­ale Espace Nord avec la réédi­tion de deux textes à l’image de son œuvre, sub­tils et lumineux, orig­inelle­ment pub­liés par Émile Lans­man. Pen­sés pour le théâtre, Loin de Lin­den et Adèle con­tin­u­ent de bouger en dépit de leur fige­ment sur le papi­er, tant ils con­vo­quent d’émotions et remuent les sou­venirs, les langues et les cul­tures. Ces deux textes incar­nent remar­quable­ment le dou­ble sens de l’anglais moved, bref écho au plurilin­guisme et au code switch­ing[1] dont débor­dent ces his­toires intimes exposées avec une grande con­science du sys­tème (ou con­texte) dans lequel elles s’enracinent. Con­tin­uer la lec­ture →

Le devenir des idoles

Car­o­line DE MULDER, Bye Bye Elvis, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2023, 326 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–590‑2
Un dossier péd­a­gogique accom­pa­gne la sor­tie du livre. À télécharg­er gra­tu­ite­ment (pdf).

de mulder bye bye elvis espace nordLa per­son­nal­ité d’Elvis Pres­ley est para­doxale. L’idole adulée par des fans sou­vent hys­tériques, le per­son­nage hyper médi­atisé, inau­gure une voie orig­i­nale dans le paysage cul­turel améri­cain. Mais sa vie privée est un désas­tre. La notoriété et la richess­es venues si vite ne peu­vent lui faire oubli­er le pau­vre qu’il était. Il reste dans une rela­tion fusion­nelle avec sa mère et dans le sou­venir de son jumeau mort à la nais­sance. Le per­son­nage est donc com­plexe. Dans Bye Bye Elvis, Car­o­line De Mul­der tire par­ti des nom­breuses zones d’ombre de la vie et de la car­rière du chanteur et acteur, pour com­pren­dre ce qui peut expli­quer le devenir des idol­es. Con­tin­uer la lec­ture →

Un architecte oublié 

Françoise LEVIE, L’architecte fan­tôme. À la recherche d’Octave Van Rys­sel­berghe, Impres­sions nou­velles, 2023, 328 p., 29,50 € / ePub : 15,99 €, ISBN : 9782390700821

levie l'architecte fantomeRéal­isatrice de doc­u­men­taires, biographe, Françoise Levie con­stru­it une œuvre à la croisée de l’enquête et de l’imaginaire, de la veine biographique et du réc­it qui donne voix à des fig­ures cap­tives de l’ombre. Non pas des incon­nus, des météores que la capricieuse déesse Postérité a con­damnés à l’oubli, mais des créa­teurs qui, ayant par­fois œuvré à l’effacement de leur nom, végè­tent dans une région de clair-obscur. Après ses livres sur Éti­enne-Gas­pard Robert­son (Étienne-Gas­pard Robert­son, la vie d’un fan­tas­magore), sur l’utopiste Paul Otlet (L’homme qui voulait class­er le monde. Paul Otlet et le Mun­da­neum), ses films sur la pein­tre Anna Boch (Anna et Vin­cent), sur le nation­al­iste con­go­lais Pan­da Far­nana, la pein­tre Éve­lyne Axell, le pein­tre Alfred Stevens, Françoise Levie nous livre une mono­gra­phie inspirée d’un archi­tec­ture-clé de l’Art nou­veau, Octave Van Rys­sel­berghe. Con­tin­uer la lec­ture →

Régression larvaire et délivrance

Un coup de cœur du Car­net

Dominique ROLIN, Dulle Gri­et, Post­face de Maxime Thiry, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2023, 320 p., 9,50 €, ISBN : 9782875685896

rolin dulle grietFig­ure mar­quante de l’imaginaire de Dominique Rolin, liée au pays natal, aux racines belges, au roman famil­ial, le pein­tre Pieter Brueghel l’Ancien s’incarne dans son œuvre, don­nant lieu au réc­it L’enragé (1978) et à Dulle Gri­et (1977). Si L’enragé campe le pein­tre fla­mand sur son lit de mort, le roman Dulle Gri­et prend racine dans la mort du père de l’écrivaine, dans le lever de sou­venirs provo­qué par sa dis­pari­tion. Con­tin­uer la lec­ture →

Gracias a la vida

Un coup de cœur du Car­net

Hubert ANTOINE, Danse de la vie brève, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2023, 260 p., 9 €, ISBN : 9782875685872

antoine danse de la vie breveEst-ce un fait pro­pre à notre paysage belge fran­coph­o­ne ? Des auteurs, pleine­ment recon­nus comme poètes, sont nom­breux à évoluer avec suc­cès dans le monde du roman, que l’on songe à Lisette Lom­bé ou à Antoine Wauters pour ne citer qu’eux. Tel fut le cas aus­si en 2016 d’Hubert Antoine, qui décrocha d’emblée le prix Rossel pour Danse de la vie brève, aujourd’hui réédité dans la col­lec­tion Espace Nord. À ce moment, il a déjà à son act­if six recueils poé­tiques, dont deux couron­nés par des prix lit­téraires, et un pre­mier ouvrage pub­lié en 2006 chez Ver­ti­cales, Intro­duc­tion à tout autre chose,  qui relate les événe­ments en cours à Oax­a­ca (Mex­ique) et amorce pré­cisé­ment la démarche pour­suiv­ie dans le livre aujourd’hui remis en lumière. Con­tin­uer la lec­ture →

Une semaine dans la vie d’un homme

Un coup de cœur du Car­net

Jean-Luc OUTERS, Mon nom ne vous dira rien, Impres­sions nou­velles, 2023, 208 p., 18 € / ePub : 9,99 €, ISBN : 978–2‑39070–064‑7

outers mon nom ne vous dira rienJour­nal­iste sportif, Dominique se retrou­ve céli­bataire pour une semaine. Julie, son épouse, est en séjour pro­fes­sion­nel en Afghanistan et, dis­posant de temps, il reprend con­tact avec Philippe, un ami de longue date qu’il n’a plus vu depuis une éter­nité. Ce dernier l’informe de l’état de son épouse, Elsa, qui a con­trac­té une forme pré­coce de la mal­adie d’Alzheimer qui laisse son com­pagnon désem­paré. Out­re sa perte de mémoire des faits récents et son inca­pac­ité à recon­naître qui que ce soit, celle-ci prend régulière­ment la poudre d’escampette, sil­lonne Brux­elles puis ne retrou­ve plus son chemin. Elle s’exprime le plus sou­vent dans son ital­ien natal et lorsqu’elle est accostée par de per­son­nes qui pro­posent de la recon­duire chez elle, elle leur répond invari­able­ment : « Mon nom ne vous dira rien ». Exténué, Philippe a fait la con­nais­sance d’une jeune femme et il demande à son ami d’assurer une présence une nuit auprès d’El­sa. Con­tin­uer la lec­ture →

Faire tomber les écailles

Lau­rent DE GRAEVE, Le mau­vais genre, post­face de Vin­cent Louis, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2023, 260 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–586‑5

de graeve le mauvais genrePrix Rossel 2000, Le mau­vais genre s’est vu offrir cette année une réédi­tion chez Espace Nord, rehaussée d’une post­face de Vin­cent Louis qui le con­fronte fine­ment à son insti­ga­teur, Pierre Choder­los de Lac­los et ses Liaisons dan­gereuses. La Mar­quise de Mer­teuil, qui était la rédac­trice d’une petite trentaine de let­tres dans l’œuvre épis­to­laire du 18e siè­cle, l’est ici d’un jour­nal en deux par­ties. « Le sang, le flegme, la bile et la mélan­col­ie » et « Les liaisons par­al­lèles » débouchent sur une seule let­tre finale numérotée CLXXV, comme la véri­ta­ble dernière let­tre des Liaisons dan­gereuses. Un point final en sup­plante un autre et la grandeur de cette réécri­t­ure queer se mesure. Con­tin­uer la lec­ture →

« Cette ville, la ville, toutes les villes »

Jan BAETENS, Vacances romaines, Impres­sions nou­velles, 2023, 104 p., 12 € / ePub : 6,99 €, ISBN : 9782390700531
Jan BAETENS, Chang­er de sens, Herbe qui trem­ble, 2023, 66 p., 12 €, ISBN : 9782491462581

baetens vacances romaines« Écrire sur » une ville relève du défi, même si on y a fait plusieurs séjours, même si on peut pré­ten­dre la con­naître comme sa poche. Dans les let­tres belges, on sait depuis Bruges-la-morte qu’un paysage urbain n’est jamais que la pro­jec­tion de notre sen­si­bil­ité du moment, des bifur­ca­tions de notre pro­pre exis­tence et des réminis­cences asso­ciées à cer­tains vis­ages croisés, au déjà-vu de cer­tains recoins… Tem­po di Roma d’Alexis Curvers ajoutait au sym­bol­isme de Georges Roden­bach une dimen­sion pal­pi­tante et pas­sion­nelle dont l’expression restera iné­galée, puisque sa Rome demeur­era, éter­nelle­ment, celle des années 1950. Con­tin­uer la lec­ture →

Conrad Detrez, contemporain capital et réenchanteur du monde

Con­rad DETREZ, Ludo, post­face de Clé­ment Dessy, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2023, 213 p., 9 €, ISBN : 9782875685841
Con­rad DETREZ, Les plumes du coq,  post­face de Clé­ment Dessy, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2023, 220 p., 9,50 €, ISBN : 9782875685834
Con­rad DETREZ, L’Herbe à brûler, post­face de Clé­ment Dessy, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2023, 220 p., 9 €, ISBN : 9782875685827

On n’achète pas un livre – et a for­tiori on ne le rachète pas – au sim­ple motif qu’il a changé de cou­ver­ture. L’argument pour­rait cepen­dant suf­fire con­cer­nant la repub­li­ca­tion au cat­a­logue Espace Nord des trois vol­umes de l’autobiographie hal­lu­cinée de Con­rad Detrez. L’option graphique crève l’étal des librairies. Pour chaque titre, un auto­por­trait, façon pho­toma­ton en noir et blanc, nous mon­tre leur auteur, clope au bec ou aux doigts. Jamais son regard ne croise l’objectif : par deux fois il s’oriente vers le haut, là où se tien­nent paraît-il la tran­scen­dance et l’imaginaire ; ou il s’absorbe de biais, comme pour inter­roger le terre-à-terre. Comme si, des pupilles, Detrez rejouait seul le dia­logue d’Aristote et Pla­ton dans le célèbre tableau renais­sant… Con­tin­uer la lec­ture →

Désenchantées

Corinne HOEX, Nos princes char­mants, Impres­sions nou­velles, 2023, 128 p., 14 €, ISBN : 978–2‑39070–043‑2

hoex nos princes charmantsCorinne Hoex est aus­si bien prosatrice que poétesse. Elle en offre une preuve écla­tante en ce print­emps où, quelques semaines à peine après la sor­tie du livre de poésie L’ombre de toi-même parait un recueil de réc­its courts, Nos princes char­mants.

L’ironie point sous l’in­ti­t­ulé doucereux. Ni princes ni char­mants, les per­son­nages mas­culins dépeints ici sont des maris infidèles, des com­pagnons indif­férents, qui préfèrent leur tra­vail à leur épouse, des hommes vieil­lis­sants, dont le pou­voir de séduc­tion s’amuït, des amants lassés. L’un ment pour dis­simuler ses frasques, l’autre se fait odieux, quand un troisième ne voit plus guère en sa com­pagne qu’une cuisinière à sa dis­po­si­tion. Racon­tés surtout du point de vue des femmes, ces fic­tions décli­nent toutes les nuances du désen­chante­ment amoureux – banale éro­sion des sen­ti­ments, décou­verte du mon­stre tapi der­rière le vis­age char­mant des pre­miers ren­dez-vous, ou décep­tion face au quo­ti­di­en : Con­tin­uer la lec­ture →