Archives par étiquette : Jean Jauniaux

« (…) La manigance des mots … »

Patrick DEVAUX, Ne le dites à per­son­ne, illus­tra­tions de Cather­ine Berael, Coudri­er, 2025, 55 p., 18 €, ISBN : 978–39052-070–2

devaux ne le dites a personnePoète pro­lifique, Patrick Devaux pub­lie ses recueils avec une régu­lar­ité de métronome. Sa bib­li­ogra­phie (par­tielle !) donne le ver­tige et pour­rait don­ner à crain­dre une pro­fu­sion dévelop­pée au détri­ment de l’inspiration. Ce n’est certes pas le cas ici.

Avec Ne le dites à per­son­ne, Devaux se laisse porter par la nos­tal­gie d’un temps qu’il regrette de n’avoir pu sauve­g­arder. Loin des réseaux soci­aux (qu’il pra­tique pour­tant avec une gour­man­dise allè­gre), ce temps-là préser­vait les vrais con­tacts (que le poète développe avec une non moins grande affa­bil­ité, ne serait-ce que dans l’exercice de ses respon­s­abil­ités au sein de l’AREAW dont il est le prési­dent). Con­tin­uer la lec­ture

« (…) Pour faire pousser un poème… »

Michaël LAMBERT, Le jar­dinier poète, Mael­ström reEvo­lu­tion, coll. « rook­leg », 2025, 83 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87505–522‑4

lambert le jardinier poetePar nature, l’écriture poé­tique se nour­rit de con­traintes formelles. Loin de devenir des entrav­es, celles-ci stim­u­lent à la fois l’inspiration et la for­mu­la­tion.  Dans le cas du recueil de Michaël Lam­bert, l’imposition ne con­cerne pas la forme, mais, comme dans un jeu, l’insertion oblig­a­toire dans cha­cun des textes de trois mots que le jar­dinier poète aura glanés au hasard de ren­con­tres. Con­tin­uer la lec­ture

(…) ramasser les mots froissés / comme un bruit de feuilles

Un coup de cœur du Car­net

Paul ROLAND, J’habite les mots, illus­tra­tions de Chris­tiane Devi­aene, Déje­uners sur l’herbe, 2024, 59 p., 20 €, ISBN : 978–29304433899

roland j'habite les motsEn 2015, dans le cadre d’une expo­si­tion au Cen­tre cul­turel de Pérul­wez, Paul Roland com­pose 59 haïkus. Dix ans plus tard, il les pub­lie aux Déje­uners sur l’herbe, en agré­men­tant cha­cun d’eux d’un texte les com­men­tant et les dévelop­pant. Con­tin­uer la lec­ture

le silence d’une écriture, / n’échappe pas à la mer

Un coup de cœur du Car­net

Michel JOIRET, Jour­nal d’une année de mer ultime, pré­face de Renaud Denu­it, Sam­sa, 2024, 132 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87593–540‑3

joiret journal d'une année de mer ultimePour de nom­breux écrivains belges de langue française, la Flan­dre et la mer du Nord con­stituent une friche d’inspiration sans cesse renou­velée. Michel Joiret appar­tient à n’en pas douter à cette famille-là de poètes et romanciers dont l’œuvre vient régulière­ment puis­er à cette source d’envahissement de lumière et de couleur – fussent-elles tamisées par la brume, tra­ver­sées de pluie et d’embruns, ou écla­tantes comme un été bleu – qu’offrent les lisières de sable entre le West­hoek et le Zwin. Dans une belle pré­face, com­plice en ami­tié et frater­nelle en poésie, Renaud Denu­it salue un texte qu’il qual­i­fie à rai­son de « som­met poé­tique dans la célébra­tion de la mer ». Con­tin­uer la lec­ture

« Une onde / entre nos lèvres / closes »

Un coup de cœur du Car­net

Clara INGLESE, Lin­ea alba, Chat polaire, 2025, 109 p., 16 €, ISBN : 978–2‑931–028360

inglese linea albaLa poésie, explo­rant et exp­ri­mant les expéri­ences les plus intimes, tran­scende celles-ci et en fait offrande aux lec­tri­ces et lecteurs. En mêlant poésie et réc­it théâ­tral­isé Clara Inglese inscrit Lin­ea alba, son pre­mier recueil dans une écri­t­ure délibéré­ment nar­ra­tive. Vivant l’expérience de la pro­créa­tion médi­cale­ment assistée, la poète a souhaité « remet­tre du mys­tère dans le par­cours d’enfantement hyper médi­cal­isé des cou­ples en pro­jet de famille ». Dans le même élan, l’écriture poé­tique exalte d’une lumière bien­v­enue la tra­ver­sée de la pro­créa­tion médi­cale­ment assistée dont sou­vent les seuls échos qui nous en parvi­en­nent sont mar­qués par la tech­nolo­gie, l’angoisse, et l’espoir déçu. Con­tin­uer la lec­ture

Là où tu ne savais pas / Que tu pouvais aller…

Un coup de cœur du Car­net

Béa­trice LIBERT et Clau­dine GOUX (illus­tra­tions), Poèmes sans ombre pour voir la vie du bon côté, Ate­lier du Grand Tétras, 2024, 43 p., 13 €, ISBN : 978–2‑37531–122‑6

libert poemes sans ombre pour voir la vie du bon côtéBéa­trice Lib­ert est poétesse, mais aus­si plas­ti­ci­enne, essay­iste et éditrice (Couleur Livres et Le Tail­lis Pré). Elle pub­lie volon­tiers des textes placés en miroir avec des illus­tra­tions, dont ils s’inspirent ou qui les exal­tent. C’est ain­si un ouvrage agré­men­té de pho­togra­phies qui lui avait valu en 2023 le prix du Par­lement de la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles. Con­tin­uer la lec­ture

Ce vaste espace à traverser, de soi à soi…

Un coup de cœur du Car­net

Mar­tine ROUHART, La nuit ne dort jamais, Cygne, coll. « Le chant du cygne », 2025, 59 p., 12 €, ISBN 978–2‑84924–814‑0

rouhart la nuit ne dort jamaisMar­tine Rouhart a été sub­tile­ment inspirée en plaçant quelques vers d’Anne Per­ri­er en épigraphe de La nuit ne dort jamais : “En dor­mant, je me suis tournée / Vers la pente ombrée Des Paroles”(Extrait de D’entre Ciel et Terre).

Le pre­mier recueil pub­lié par la poétesse suisse ne s’intitulait-il pas Selon la nuit (Édi­tions Les Amis du livre, Lau­sanne, 1952) ? Appa­rait une affinité sen­si­ble entre la poétesse belge et son ainée, sin­gulière­ment mise en lumière dans ce vol­ume paru aux Édi­tions du Cygne. Il est com­posé de trois par­ties (« La nuit vient », « Elle ne dort jamais » et « La nuit s’en va ») dont les titres s’entrelacent pour for­mer celui du qua­torz­ième ouvrage de l’autrice mon­toise. Con­tin­uer la lec­ture

Écoute le chant frileux de l’ange …

Un coup de cœur du Car­net

Françoise HOUDART, La jubi­la­tion de l’ange, Pré­face de Michel Joiret, Bleu d’encre, 2024, 84 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930725–79‑6

houdart la jubilation de l'angeUne lumineuse pré­face de Michel Joiret éclaire quelques-unes des pistes de lec­ture que lui inspire le recueil de Françoise Houdart. L’autrice renoue avec l’écriture poé­tique qu’elle avait délais­sée après huit vol­umes (dont Ary­th­mies qui lui val­ut en 1989 le pres­tigieux prix Gauchez-Philip­pot) pour se con­sacr­er à son œuvre en prose, romans et recueils de nou­velles. Con­tin­uer la lec­ture

Mémoire d’être aux confins du silence…

Un coup de cœur du Car­net

Fer­nand VERHESEN, L’offrande du sen­si­ble, Antholo­gie poé­tique, Intro­duc­tion et choix de poèmes par Pierre-Yves Soucy, Académie royale de langue et lit­téra­ture français­es de Bel­gique, 2024, 215 p., 18 €, ISBN 978–2‑8032–0086‑3

verhesen l'offrande du sensiblePrécédée d’une éclairante intro­duc­tion de Pierre-Yves Soucy, L’offrande du sen­si­ble réu­nit des textes de Fer­nand Ver­he­sen dont la pub­li­ca­tion s’échelonne de 1947 (e.a. de larges extraits du recueil Voir la nuit) jusqu’à son dernier livre paru en 2008. Deux ouvrages y fig­urent dans leur inté­gral­ité, Franchir la nuit (1970) et L’archée (1981). Con­tin­uer la lec­ture

La récolte des verbes …

Pas­cal FEYAERTS, Racines de l’éphémère, Pré­face de Philippe Col­mant, Illus­tra­tions de l’auteur, Coudri­er, 2024, 61 p., 18 €, ISBN : 978–2‑39052–066‑5

feyaerts racines de l'éphémèreAlter­nant créa­tions pic­turales en noir et blanc et lignes poé­tiques cour­tes, Pas­cal Feyaerts chem­ine de page en page au fil d’évocations brèves. Le recueil Racines de l’éphémère se com­pose de médi­ta­tions – si ful­gu­rantes qu’elles sont proches de l’aphorisme (Il suf­fit par­fois d’une seule / larme pour se noy­er) – et d’illustrations réal­isées par le poète. Con­tin­uer la lec­ture

Le Top 2024 de Jean Jauniaux

Le Car­net et les Instants revis­ite l’année lit­téraire 2024 avec le Top 3 de ses chroniqueurs et chroniqueuses. Aujourd’hui : la sélec­tion de Jean Jau­ni­aux.  Con­tin­uer la lec­ture

L’homme est celui sans qui la vigne ne serait pas. Il la rêve…

Colette NYS-MAZURE, Qua­tre saisons de la vigne. L’été, Pré­face Aubert de Vil­laine, Aquarelles Anne Le Maître, Ate­lier des Noy­ers, 2024, 57 p., 16 €, ISBN : 978–2‑494676–23‑7

nys-mazure quatre saisons de la vigneVoici un livre dont on ne peut dis­soci­er les trois élé­ments qui le con­stituent tant ils sont sol­idaires du texte de la poète : illus­tra­tions, pré­face et poésie.

Les illus­tra­tions appor­tent ici un sup­plé­ment d’âme au sujet. Anne Le Maître apporte à la lec­ture cette lumière sin­gulière que per­met l’aquarelle, sub­li­mant l’allégresse de l’eau mêlée à la couleur. À la fois autrice et aquarel­liste, l’artiste aime associ­er son trait aérien à celui des poètes dont elle illus­tre les recueils. Avec Colette Nys-Mazure, à l’Atelier des Noy­ers, où elle dirige la col­lec­tion « Qua­tre chemins », elle a déjà co-signé un recueil Chaque année te restera pre­mière (2020). Elle illus­tre les qua­tre car­nets qui con­stituent l’ensemble des Qua­tre saisons de la vigne. Con­tin­uer la lec­ture

Braconnière de riens

Mar­tine ROUHART, Guet­ter les embel­lies, Pré­face Patrick Devaux, Illus­tra­tions Isabelle Simon, Coudri­er, 2024, 62 p., 18 €, ISBN 978–2‑39052–065‑8

rouhart guetter les embelliesDepuis peu prési­dente de l’Association des écrivains de Bel­gique (AEB), mem­bre active de l’Association des écrivains et artistes de Wal­lonie (AREAW), Mar­tine Rouhart est une per­son­nal­ité attachante du monde des Let­tres belges de langue française. On la con­naît prin­ci­pale­ment comme poétesse, une forme qu’elle alterne avec la prose romanesque. On se sou­vien­dra entre autres d’un émou­vant réc­it auto­bi­ographique Les ailes bat­tantes (2021, Édi­tions M.E.O.) et du roman Les fan­tômes de Théodore (2020, Édi­tions Mur­mure des soirs). Con­tin­uer la lec­ture

D’incertaines mélancolies…

Jean JAUNIAUX, Lisières, Bleu d’encre, 2024, 93 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930725–74‑1

jauniaux lisieresTra­duc­teur et cinéaste de for­ma­tion, Jean Jau­ni­aux déploie son activ­ité dans dif­férents domaines : l’écriture – nou­velles, romans, chroniques lit­téraires – et la cri­tique – arti­cles, entre­tiens, inter­views et écri­t­ures sonores. Il a égale­ment écrit de nom­breuses con­tri­bu­tions à des ouvrages col­lec­tifs. De 2009 jusqu’au décès de son directeur Jacques De Deck­er, il a été rédac­teur en chef de la revue lit­téraire Mar­ginales. Engagé en faveur de la lib­erté d’expression, à tra­vers l’action du PEN Club, il est aus­si sen­si­ble à la con­di­tion des opprimés et des lais­sés-pour-compte, sou­vent présents dans ses nou­velles et réc­its. À pro­pos de son « écri­t­ure sonore », Jean Jau­ni­aux enreg­istre depuis de nom­breuses années des entre­tiens lit­téraires, mis en ligne sur une webra­dio lit­téraire et cul­turelle, L’ivresse des livres et sur ses chaînes Youtube et Sound­cloud. Il dis­pose ain­si d’un instru­ment de dif­fu­sion des entre­tiens avec des acteurs du livre et de la cul­ture et a enreg­istré à ce jour plus de 800 entre­tiens avec des auteurs et autri­ces de romans, nou­velles, ban­des dess­inées, essais, ce qui con­stitue une extra­or­di­naire banque de don­nées et d’informations sur la lit­téra­ture con­tem­po­raine. En même temps que se pub­lie chez MEO son plus récent roman, Le juge­ment des glaces, Jau­ni­aux pub­lie son pre­mier recueil de poèmes. Con­tin­uer la lec­ture

La grâce poétique de l’infime

Un coup de cœur du Car­net

Rena­to BACCARAT, Marche de nuit, Édi­tions Bleu dans vert, coll. « Peau com­mune »,2024, 63 p., 9 €, ISBN : 9782 960 269390

baccarat marche de nuitIl est des livres que l’on ne peut dis­soci­er de leur mai­son d’édition. Cette dernière con­stitue l’ADN de cha­cun des ouvrages que l’on se réjouit de recon­naître, de retrou­ver au fil des pub­li­ca­tions. Ain­si en va-t-il des ouvrages pub­liés sous le toit de la mai­son Bleu dans vert dont le site, d’une phrase, annonce la couleur : « Bleu Dans Vert est une mai­son de micro-édi­tion qui pro­pose des livres sans queue ni tête, des petits objets que l’on trou­ve beaux ». Con­tin­uer la lec­ture

Stanislas Barberian:  le retour à Charleroi 

Fran­cis GROFF, Sor­tie de scène à Charleroi, Weyrich, coll. « Noir cor­beau », 2024, 230 p., 20 €, ISBN : 9782874899348

groff sortie de scène à charleroiVoici donc le sep­tième opus des enquêtes de Stanis­las Bar­ber­ian. Ren­dez-vous incon­tourn­able de la ren­trée lit­téraire, depuis Morts sur la Sam­bre (2019), les enquêtes poli­cières menées par le bouquin­iste, détec­tive « mal­gré lui », sont atten­dues par un large pub­lic de lecteurs et lec­tri­ces fidèles.

Fran­cis Groff, écrivain et jour­nal­iste a l’art de les séduire par l’élégance – toute bri­tan­nique – avec laque­lle il dénoue les énigmes crim­inelles les plus spec­tac­u­laires. Il est vrai qu’il les invente et con­stru­it avec une évi­dente jubi­la­tion. Con­tin­uer la lec­ture