François EMMANUEL et Chris DELVILLE, Le dit de la renarde, Esperluète, 2023, 140 p., 19,50 €, ISBN : 9782359841770
Le « dit », genre en vogue dans la littérature médiévale, désigne initialement des textes proches des fabliaux et des lais, pour ensuite évoluer vers une poétique lyrique et narrative, tout à la fois. Avec Le dit de la renarde, la poésie de François Emmanuel subtilement liée aux gravures de Chris Delville livre une figure poétique qui aboutit à une sorte de « Voir dit » – continuons la référence aux lettres du Moyen Âge et à l’incontournable Guillaume de Machaut –, une aventure où ce que la renarde dit rythme l’itinéraire initiatique d’un « je » scandé par l’esprit animal, l’adorée, l’être aimé, le corps, l’organique, le territoire, la belle animale envoûtante qui interpelle. Continuer la lecture

Ouvrir les pages étincelantes, vertigineuses d’Éros androgyne et autres textes, c’est s’abandonner à l’œuvre littéraire sans équivalent de Nathalie Gassel, sentir qu’en amont des mots elle pose l’équivalence entre l’écriture qui bande ses muscles et le corps jouissant. Magnifiquement préfacée par Pierre Bourgeade, la réédition d’Éros androgyne s’accompagne de textes inédits qui explorent les territoires du désir, les rencontres des corps, la mystique de l’écriture et du sexe.
Lorenzo Cecchi est né à Charleroi en 1952. Agrégé en sociologie, il a été animateur de maison de jeunes, promoteur de spectacles au Théâtre National, administrateur de sociétés, ou encore commissaire d’exposition avant de terminer sa carrière en tant que commercial dans une société de protection contre l’incendie. Pendant dix ans, il a également enseigné la philosophie de l’art à l’académie des Beaux-arts de Mons. « Lorenzo Cecchi a commencé à publier tardivement avec un premier roman remarqué, Nature morte aux papillons (2012), sélectionné pour le Prix Première de la RTBF, ainsi que les prix Alain-Fournier, Saga Café et des lecteurs du magazine Notre Temps. Depuis, l’auteur belge, prolixe, alterne romans et recueils de nouvelles »,
« Parcourir Outrebleu, c’est être en présence des corps, le poète écrit avec le feu, les étoiles, mais à partir du corps et les cinq sens en éveil», écrit S.-W. Mounguengui dans la préface à ce recueil. Arnaud Delcorte (1970) est l’auteur d’une dizaine de livres de poésie et d’un roman. Il y a chez lui, depuis Écume noire jusqu’à Lente dérive de sa lumière et Outrebleu, ce que
Indien des chants d’amour, de la pensée cosmique et des guerres poétiques, Jacques Crickillon (1940–2021) est l’auteur d’une œuvre rare, séditieuse, insoumise. Ce voyageur en rupture de ban, cet infatigable arpenteur des énigmes de l’Être a construit et déconstruit une œuvre tout à la fois poétique, en prose, théâtrale qui procède par cycles comme l’analyse Éric Brogniet dans sa somptueuse préface. Le cycle de la nuit, réédition en un volume d’œuvres poétiques publiées par L’Arbre à paroles, s’avance comme la première figure de proue d’une constellation qui comprendra Le cycle de la montagne et Le cycle de l’amour et de la guerre (2025).
Après le roman (
Retraçant les séismes éprouvés depuis l’enfance, Mater Dolorosa est une pietà poétique de combat dans laquelle l’autrice incarne à la fois la mère et l’enfant, recoud ses propres plaies pour mieux faire face au monde, s’en protéger et l’accueillir. Mater Dolorosa : écrire et parler pour répartir sur les épaules des coupables le poids d’un passé qui pèse comme des pierres, lourdes et tranchantes au fond des poches de celle qui doit avancer à contre-courant pour ne pas sombrer.
La langue, les langues forment des paysages que le poète explore avec la gourmandise de l’enfance. Après les très remarqués
Comment dégorger une langue engorgée, comment acérer le dessin, comment vivre-écrire-dessiner sur un fil ? Le dialogue entre les imaginaires de Tristan Sautier (poèmes) et de Laurence Skivée (dessins) délivre un chant rythmé en trois suites où le verbe cherche les zones où s’ébattent les loups. Au visage d’une société qui égorge celle et ceux qui ne rentrent pas dans le rang, Tristan Sautier lance ses meutes de poèmes rock, en frère de Harry Haller, le loup des steppes de Hermann Hesse. Le principe d’économie qui enserre ce recueil, ce livre d’artiste relève d’un principe plus haut, celui de la survie. Une survie en milieu hostile, traduite dans une langue ramassée, aiguisée qui creuse les infra-zones de l’existence, le goût de blues et les parfums du sexe.
Anne Versailles écrit, met des textes en voix et réalise des Petites Œuvres Mixmédia : son travail explore en effet la frontière entre mots, images et sons pour explorer la diversité des écritures poétiques et l’interdisciplinarité. Elle est aussi pédagogue et anime des ateliers d’écriture(s) qui encouragent notre capacité à être auteur (c’est-à-dire acteur) dans un monde où une pensée unique nous pousse à être consommateur. Après un film-poème suite à une traversée à pied du massif alpin :
Maarten Embrechts (Turnhout, 1946) est poète, traducteur et plasticien. Il a exposé successivement à Turnhout, Hilvarenbeek (Pays-Bas), Hamme, Liège, Anvers et Malines : ses huiles sur toile qui se situent à la frontière entre l’écrit et la figuration, ses photos sur papier/aquarelle qui opèrent une mixité entre deux supports artistiques ou ses sculptures en bronze lui permettant d’exprimer son besoin tactile d’un travail sur les formes et la matière en font un artiste appartenant bien à une sensibilité typiquement belge où les rapports entre le signe peint et le signe écrit sont présents au sein de la production artistique et littéraire de notre pays puisque déjà «
Heureuse initiative due à Yves di Manno et Philippe Mikriammos qui nous permet de prendre aujourd’hui la mesure de l’importance de l’œuvre de Daniel Fano : préparée avec l’auteur de son vivant, cette édition couvre trois décennies de création poétique. Fano avait retrouvé des écrits de jeunesse, sur des feuilles de papier pelure quelque peu abîmées par le temps et l’humidité ; à ces inédits oubliés s’ajoute une réédition de ses premiers livres depuis longtemps épuisés : on trouvera donc des inédits composés entre 1969 et 1974, les recueils Souvenirs of you et Chocolat bleu pâle datant de 1980 ainsi que des poèmes des années 1980 à 1993, puis La nostalgie du classique (1997–1998) avant Pour (ne pas) finir, trois textes des années nonante. Elle complète avec bonheur
« Lambeaux de texte sur bras
Romancier (
Incarner le désincarné, laisser la présence en pointillé, sur la pointe de la venue et de la partance, tracer des mots qui interrogent le lien entre un « je » et un « tu » abandonnés à leur indéfinition… dans os cuillère, son dernier recueil poétique préfacé par Tristan Sautier, la poétesse et plasticienne Laurence Skivée s’aventure sous la ligne des vocables, là où le plein de l’os et le creux de la cuillère offrent l’image d’une rencontre possible entre soi et l’autre, soi et soi. La disposition graphique des vers matérialise l’impossible rêve de toucher l’autre et l’amorce d’un dialogue par-delà les solitudes.
Il est tentant de recourir à la métaphore martiale après avoir parcouru les notices biographiques qui clôturent cette épaisse anthologie de la littérature en wallon namurois. On y trouve en effet une proportion inhabituelle de militaires de carrière ou de gendarmes : 9 sur les 64 auteurs et autrices réunis dans l’ouvrage. Le fait, qui s’explique en partie par la personnalité de Lucien Léonard, président des Rèlîs Namurwès de 1968 à 1989, ne se marque pas tellement dans le contenu de l’anthologie : il s’avère que les écrivains en uniforme ne sont pas les derniers à signer des poèmes bucoliques.