Antoine JOBARD, Atelier panique, Sabot, 2023, 200 p., 13 €, ISBN : 9782492352157
Ce qui nous différencie des grands animaux, c’est pas tellement le rire, c’est qu’on triche tout le temps.
Premier roman d’Antoine Jobard, Atelier panique est une histoire de contamination et de fascination. Une rencontre perverse entre deux personnages paumés sous la forme d’une genèse à l’envers : sept jours pour tout détruire, une fuite en avant vers le néant. Le titre juxtapose ce qui apparaît comme les lieux desquels émanent les protagonistes : pour le premier, jeune type un poil lymphatique adepte d’actions directes et de sabotage, la panique est cette deuxième peau-manteau dont il ne se défait que le temps de l’ivresse ; pour le second, vieux peintre à l’égo intarissable, l’atelier est un microcosme fonctionnant en vase clos où se réfugier, au risque de s’y perdre. Tous deux sont recouverts de l’individualisme crasse qui craquelle les idéaux les plus purs et leur confère le ton jaunâtre de l’inconsistance. Continuer la lecture
Disparu en 2008, Roger Foulon fait partie de ces auteurs qui semblent avoir embrassé à travers leur vie toutes les possibilités qu’offre la littérature. Imprimeur, éditeur, romancier, poète, essayiste, académicien… ce touche-à-tout laisse derrière lui une œuvre diversifiée et abondante, plus de 120 titres.
Nous sommes en juin 2007. Lucie, une jeune botaniste spécialisée en écologie tropicale, se prépare pour une mission au parc national de l’Omo en Éthiopie, où elle sera chargée de cartographier la végétation en associant des relevés de terrain et une analyse d’images satellites.
Taillé dans une langue poétique extrêmement fine et précise, le nouvel opus de Jean Claude Bologne, Légendaire, a paru aux éditions Le Taillis Pré, après le non moins magnifique recueil
De Rimbaud à Duras, de Simenon à Bourdouxhe, de Steeman à Aymé, rares sont les écrivains qui n’ont pas entretenu un lien – étroit ou non — avec le cinéma. Entre adaptations, réécritures et translations, les relations de la littérature avec le septième art prennent des formes innombrables et variées. Elles ont donné lieu à des chefs‑d’œuvre et à des échecs, démontrant parfois que le « passage sur un autre plan » provoque inévitablement « du gagné et du perdu », comme le signale François Emmanuel. « La littérature et le cinéma forment un couple, pour le meilleur… et parfois pour le pire » rappelle Yves Namur en guise de préambule au colloque sur la littérature et le cinéma qui s’est tenu en octobre 2022 à l’Académie royale de langue et littérature françaises de Belgique et dont les actes sont désormais publiés.
Peu de temps avant son décès, le grand écrivain wallonophone Émile Gilliard avait transmis à son éditeur les épreuves corrigées de Bokèts po l’ dêrène chîje. La première édition de cette œuvre — une édition artisanale en 50 exemplaires, aujourd’hui introuvable — lui avait valu le prix triennal de Poésie en langue régionale de la Fédération Wallonie-Bruxelles 2005 et était vue comme un incontournable de sa bibliographie. Sa réédition dans une collection de plus large diffusion et avec des adaptations françaises est donc une initiative bienvenue. 
Cela pourrait commencer par une case, ou une date, la soirée du 12 mars 2020, et un lieu, Bruxelles. La première ministre belge vient d’annoncer le confinement du pays, pour cause de Covid. Quatre jours plus tard, c’est le cas également chez nos voisins français. Et l’on pourrait penser, ouvrant L’échiquier, nouveau livre de Jean-Philippe Toussaint, qu’il a cédé comme tant d’autres, écrivains, artistes, musiciens, scientifiques, chroniqueurs… à la tentation compréhensible de raconter son histoire du Covid, cet envahissement inconnu jusque là – ses tragédies et les bouleversements en chaîne de nos comportements pour y faire face.
lignes, liquides, liens, grappes végétales
Comment un homme peut-il se libérer, quitter la routine, les valeurs de réussite, de travail qu’on lui a inculquées ? Par quel cheminement intérieur, quelle révolution personnelle, en vient-il à changer de vie, à jeter par-dessus bord les charges d’une vie axée sur la famille, l’argent, la performance, le statut social, la promotion immobilière ? Dans son roman Rien sur Nietzsche, Renaud Boucquey campe l’histoire d’un homme, Bruno Tserstevens, qui après avoir été la parfaite incarnation d’un rouage du système, trouve la force de muer, d’entrer dans des devenirs dont les étapes quasi initiatiques réverbèrent les trois métamorphoses qui, dans Ainsi parlait Zarathoustra, composent le premier discours de Zarathoustra.
André Doms expose ici, de manière décomplexée, une dimension fondamentale de son parcours de vie en tant que poète, lecteur et traducteur : il invite à une exploration de son monde intérieur, de ses valeurs et de sa conception du poème après avoir livré dans
La collection « Belgiques » des éditions Ker poursuit son auscultation d’un pays multiple, à travers le regard et les mots d’écrivaines et d’écrivains belges francophones. Cet automne encore, quatre nouveaux volumes viennent enrichir la série. Le Carnet et les Instants a déjà évoqué ceux de
Ker a, depuis quelques années, pris l’habitude, à chaque rentrée littéraire, de sortir trois recueils titrés Belgiques. Cette année, Juan d’Oultremont, fait partie des élus et nous livre 10 nouvelles dont 7 sont inédites.
« Il me faut un lieu pour écrire
La collection Belgiques, dirigée par Vincent Engel aux éditions Ker, accueille depuis quelques années déjà des fragments de « Belgique » surgis de la mémoire des autrices et auteurs sollicités. Ils sont de multiples origines, mais paradoxalement, ces « Belgiques » ne comptent pas encore de plumes néerlandophones au catalogue… Nous imaginons les difficultés en cette matière aujourd’hui…
Au fil des saisons la collection Belgiques des éditions Ker étend sa toile parmi les auteurs belges francophones. Les recueils s’articulent sur une formule ouverte : « des paysages, des ambiances des traditions, de la politique, des amours, des langues, des souvenirs ancrés dans l’enfance ». Bernard Tirtiaux s’est prêté au jeu, lui qui nous a jusqu’ici donné des fictions dans lesquelles il ne se mettait pas directement en scène, alors que nombre de ses collègues pratiquent volontiers l’autofiction.