Archives de catégorie : Coups de cœur du Carnet

Les livres qui ont par­ti­c­ulière­ment séduit la rédac­tion du Car­net et les Instants et ont reçu la men­tion “Coup de coeur”

Où l’on nous donne des bouées pour mieux plonger dans le monde

Un coup de coeur du Carnet

Pierre ANSAY, 36 out­ils con­ceptuels de Gilles Deleuze. Pour mieux com­pren­dre le monde et agir en lui, Couleur Livres, 2015, 408 p., 24 €

ansayGilles Deleuze ! Qui voudrait encore le lire ? Se per­dre puis se retrou­ver, un peu, puis se reper­dre, beau­coup, dans les méan­dres d’une des pen­sées les plus vagabon­des et les plus libres du siè­cle dernier ? Qui ?

Pas les ten­ants du statu-quo, les cyniques à‑quoi-bon­istes ou les sem­piter­nels râleurs et découragés de la vie, en tout cas ! Pas ceux et celles, non plus, qui se con­tentent des livraisons express­es de la pen­sée, du prêt-à-penser. Con­tin­uer la lec­ture

Carnets mexicains

Un coup de coeur du Carnet

Hubert ANTOINE, Danse de la vie brève,Ver­ti­cales, 2016, 227 p., 19,50 €/ePub : 13.99 €

antoineA pro­pos de son dernier recueil pub­lié aux Edi­tions La Let­tre volée Pourquoi je ne suis pas devenu poète, le poète namurois Hubert Antoine nous don­nait à enten­dre qu’il délais­serait pour un temps la poésie pour le roman. C’est main­tenant chose faite. Et voici donc ce qu’il est con­venu d’ap­pel­er le pre­mier roman d’un poète, gageure s’il en est, sous la forme du jour­nal intime de Melitza dont on sait d’emblée qu’elle mour­ra… Con­tin­uer la lec­ture

« Quelques petits torts » : Verlaine en Belgique

Un coup de coeur du Carnet

Bernard BOUSMANNE, Ver­laine en Bel­gique. Cel­lule 252. Tur­bu­lences poé­tiques, Marda­ga, 2015, 340 p., 45 €, ISBN : 9782804702618

verlaine en belgiqueLit-on les cat­a­logues d’exposition ? À la rigueur on les achète, dans un geste expi­a­toire, une fois que, après de mul­ti­ples pro­cras­ti­na­tions de la vis­ite, l’événement s’avère bel et bien ter­miné. On le feuil­lette alors, on s’en veut d’avoir man­qué ça, bon sang, que cela avait l’air intéres­sant ! Puis on le range dans le ray­on « beaux livres » de la bib­lio­thèque et on l’y laisse s’empoussiérer. Con­tin­uer la lec­ture

Le bénéfice du doute

Un coup de coeur du Carnet

Armel JOB, Et je serai tou­jours avec toi, Robert Laf­font, 2016, 301p., 19 € / ePub : 12.99 €

couvertureArmel Job est décidé­ment un chroniqueur hors pair des pas­sions vil­la­geois­es. Au fil de sa pro­duc­tion romanesque, forte déjà d’une petite ving­taine de titres, il a imposé une mar­que lit­téraire claire­ment iden­ti­fi­able qui a con­va­in­cu de nom­breux lecteurs et dont la con­stance et la qual­ité imposent le respect. Avec lui, la nar­ra­tion se con­stru­it volon­tiers en alter­nant les réc­its croisés livrés par quelques pro­tag­o­nistes. His­toire d’affirmer d’emblée que la vérité des faits est à chercher dans la com­plex­ité avec la démarche hum­ble de ceux qui se méfient des apparences et cul­tivent volon­tiers le doute. Si cette quête s’impose comme une néces­sité, c’est le plus sou­vent autour d’un mys­tère à élu­cider qui con­stitue l’enjeu cen­tral de la nar­ra­tion. Une affaire de pas­sion, d’ordinaire com­binée à l’un ou l’autre meurtre, con­stitue le nœud du réc­it et le dénoue­ment pro­gres­sif des fils de l’intrigue réserve de belles sur­pris­es, his­toire de pren­dre les évi­dences – sou­vent fondées sur les préjugés – à revers. Con­tin­uer la lec­ture

Folie et génie : le duo gagnant

Un coup de coeur du Carnet

Nico­las MARCHAL, Le Grand Cerf, Neufchâteau, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2016, 164 p., 14€

marchalLui, il est écrivain. Ou plutôt Écrivain. Même que son pre­mier roman a été salué par la cri­tique. Et ce n’est pas rien, un suc­cès cri­tique pour un pre­mier roman ! Alors for­cé­ment, ça met de la pres­sion pour le deux­ième : après l’exploit, il s’agit de ne pas décevoir. D’ailleurs, il a déjà envoyé un début de man­u­scrit à des édi­teurs parisiens. Donc pres­tigieux. Oh, bien sûr, ça ne sera pas son Grand Roman, mais pour ça il a encore le temps. Il a encore beau­coup de chefs‑d’œuvre à écrire alors pour le Grand Roman, celui qui le fera entr­er au Pan­théon des Grands Écrivains, il devra encore atten­dre. Évidem­ment, ce serait cer­taine­ment plus facile si sa chère épouse adorée ne l’embêtait pas tou­jours avec ses préoc­cu­pa­tions bass­es de petite-bour­geoise. Et puis ce bébé qui braille sans cesse ! Et qui réclame sans se lass­er cette ridicule comp­tine qui vante les mérites d’un grand cerf qui vient en aide à un stu­pide lapin. Qui voudrait y croire ? Alors que l’Écrivain aimerait tant racon­ter à son fils une mer­veilleuse his­toire de son cru mais non, décidé­ment non, l’enfant réclame à corps et à cris le grand cerf. Con­tin­uer la lec­ture

De l’amour comment parler ?

Un coup de coeur du Carnet

François EMMANUEL, 33 cham­bres d’amour, Paris, Seuil, 2016, 192 p., 17 €/ePub : 11,99 €

emmanuelLes écrivains belges ont une prédilec­tion pour les cham­bres. Qu’ils en situent trois à Man­hat­tan (Simenon), qu’ils les gar­nissent de miroirs pour y pour­suiv­re leur expéri­ence con­tin­ue (Nougé), qu’ils y obser­vent la nuit remuer (Michaux), dans leur imag­i­naire, ces espaces clos s’ouvrent sur tous les pos­si­bles. François Emmanuel s’est, lui aus­si, lais­sé hap­per par l’attraction camérale et nous emmène dans une ronde tout à tour sen­suelle, éro­tique, char­nelle, déclinée en trente-trois por­traits de femmes. Con­tin­uer la lec­ture

Quand la rencontre d’ailes brisées crée la lumière

Un coup de coeur du Carnet

Sylvie GODEFROID, La balade des pavés, Genèse, 2016, 173p., 19€/ePub : 12.99 €

Lola, 40 ans, divor­cée et mère de deux enfants, se surnomme « Lola la chance » parce que la vie lui a tou­jours souri. Jusqu’au jour où elle apprend qu’elle a un can­cer du sein. L’ablation de la tumeur est pro­gram­mée dans une quin­zaine de jours, s’ensuivra la chimio­thérapie. Aujourd’hui, il est 4h du matin et Lola ne parvient pas à dormir. Elle met des vête­ments et se lance dans une balade noc­turne à Brux­elles. Con­tin­uer la lec­ture

Vendanges de la mémoire

Un coup de coeur du Carnet

Jean-Claude PIROTTE, Le silence, Paris, Stock, 2016, 96 p., 18 €/ePub : 8.99 €

pirotteLivre posthume de Jean-Claude Pirotte, dis­paru en 2014, Le silence est d’une rare élo­quence pour exprimer l’univers de cet artiste, pein­tre et romanci­er, dont les œuvres se nour­ris­sent d’une vision poé­tique omniprésente. Et pour qui la réal­ité du monde n’est viv­able qu’à tra­vers ce fil­tre voué non pas à l’embellir, mais à la tran­scen­der dans un imag­i­naire lui con­férant sa véri­ta­ble sub­stance et, finale­ment, sa seule légitim­ité. C’est du reste l’obscure révéla­tion de  la nature véri­ta­ble de la poésie qui l’aura saisi comme une ivresse et comme une mys­tique dont celle du vin ne serait pas le vecteur, mais le reflet à la fois sub­sidi­aire et opérant.  La poésie… “Je l’ai ren­con­trée sans trop le savoir, peut-être comme l’ermite soudain se trou­ve devant son dieu”. Quant au vin, il est aus­si garant de la fra­ter­nité dont ce petit livre ray­onne. Fra­ter­nité avec le monde et avec les com­pagnes et com­pagnons qui en fix­ent le décor et lui don­nent son âme. “Car boire seul n’est pas notre affaire” ou encore “Notre indif­férence au réel n’a d’égale que notre atten­tion pas­sion­née aux images entre­vues  dans une lumière soudaine, qui est peut-être celle que dif­fusent les éclats trou­bles du vin bour­ru”. Con­tin­uer la lec­ture

Quand « je » est un autre…

Un coup de coeur du Carnet

Patrick DELPERDANGE, Si tous les dieux nous aban­don­nent, Paris, Gal­li­mard, 2016, 229 p., 17 €/ePub : 11.99 €

delperdangeIls s’appellent Céline, Léopold, Jos­selin. Ils n’ont a pri­ori rien en com­mun. Elle, soci­o­logue un peu paumée ; eux, voisins dans un patelin tout aus­si paumé, noyé dans une nature som­bre et inhos­pi­tal­ière… Céline, en fuite après avoir poignardé son vio­leur ; Léopold, vieux veuf qui la ramassera sur le bord de la route, un soir glacial de décem­bre, et qui la ramèn­era chez lui, dans sa vieille ferme délabrée ; Jos­selin, demeuré obsédé – obsédé demeuré ? – dont les quelques rares neu­rones en état de marche ont dan­gereuse­ment élu domi­cile dans l’entrejambe. Con­tin­uer la lec­ture

« Tu lui ressembles tant »

Un coup de coeur du Carnet

Jacques RICHARD, Le Car­ré des Alle­mands. Jour­nal d’un autre, Édi­tions de la Dif­férence, 2016, 146 p., 17€

richard allemandsIl y a dif­férents types de cimetières. Loin des Val­lées des Rois et des Reines, des croix blanch­es mil­i­taire­ment alignées et des nécrop­oles aujourd’hui virtuelles, ceux de nos con­trées se ram­i­fient sou­vent en allées rec­tilignes et sen­tiers tortueux, entre gravier et pous­sière. Le long des caveaux en flo­rai­son ou en aban­don, nous percevons rapi­de­ment une organ­i­sa­tion sin­gulière : une par­tie anci­enne, des tombes mod­ernes, des lop­ins dévo­lus à telle ou telle con­fes­sion, des rassem­ble­ments com­mu­nau­taires post-mortem, une pelouse cinéraire. Et, au fond, tout au fond, un peu cachée, par­fois une fos­se com­mune. Le car­ré des indi­gents dans lequel sont enfouies les petites mis­ères et ensevelis les grands secrets, de ceux qui engen­drent les ques­tion­nements de toute une vie, de toutes les vies. Con­tin­uer la lec­ture

Le charme redoutable du loup 2.0

Un coup de coeur du Carnet

Marie COLOT, Dans de beaux draps, Brux­elles, Alice Édi­tions, 2015, 153 p., 12€/ePub : 8,49 €

Pour fêter ses 16 ans, Jade a reçu un bil­let d’avion afin de pass­er ses vacances avec Clem, sa meilleure amie par­tie vivre au Québec avec ses par­ents. Sur la route de l’aéroport, coincée dans les embouteil­lages, elle aperçoit dans une laver­ie la sil­hou­ette de Rodolphe, un demi-frère qui a débar­qué dans sa vie il y a moins de deux ans et qui a tout cham­boulé. Les sou­venirs la sub­mer­gent, elle nous emmène là où tout a com­mencé… Con­tin­uer la lec­ture

Pour saluer Vandromme

Un coup de coeur du Carnet

Pol VANDROMME, Une indif­férence de rébel­lion, Paris, Pierre-Guil­laume de Roux, 200 p., 23 €

Dans une inter­view pour La Presse lit­téraire parue début 2008, Pol Van­dromme répondait, laconique, à une ques­tion que je lui posais sur l’identité wal­lonne : « Je suis Belge par humil­ité et j’entends bien le rester. Vu mon âge, et ce qu’est déjà l’état du monde, le reste m’est indif­férent. Une indif­férence de rébel­lion. » C’est apparem­ment cette for­mule qu’il retint comme titre de l’ensemble qui con­stituerait son dernier recueil d’articles cri­tiques. Con­tin­uer la lec­ture

Une rencontre capitale

Un coup de coeur du Carnet

Stéphane LAMBERT, Avant Godot, Paris, Arléa, 2016, 176 p., 18 €

Déjà en 1936, le régime nazi évac­ue des col­lec­tions publiques  les œuvres d’art « dégénéré ». Beck­ett a trente ans lorsqu’il fait un voy­age en Alle­magne. Il y séjourne plusieurs mois et vis­ite dif­férentes villes et leurs musées. De ce périple on retien­dra surtout les impres­sions qu’il com­mu­nique dans ses let­tres ou qu’il note dans ses car­nets à pro­pos des œuvres qu’il a pu con­tem­pler : leur nom et celui des pein­tres, notam­ment. Il n’a pas encore beau­coup écrit et encore moins pub­lié. Un prélude sur l’un des per­son­nages qui lui devien­dront fam­i­liers, Mur­phy, un essai sur Proust qui en dit autant sur lui-même et ses inten­tions lit­téraires que sur son sujet, la tra­duc­tion d’écrits du philosophe fla­mand Geulincx et l’étude de son enseigne­ment. Pour le reste, il n’est pas vrai­ment en bonne san­té, fatigué par le voy­age et le mau­vais temps, acca­blé par toutes sortes de soucis et traî­nant la ten­ta­tion de garder la cham­bre et de se réfugi­er dans son lit. Con­tin­uer la lec­ture

Les ravissements d’une rêveuse

Un coup de coeur du Carnet

Corinne HOEX, Valets de nuit, Brux­elles, Les Impres­sions nou­velles, 2015, 160 p., 14 €:ePub : 9.99 € ; Corinne HOEX et Véronique GOOSSENS, Les Mots arrachés, Liège, Tétras Lyre, 2015, s.p., 15 €

hoex-valetsDites 33 et vous ren­con­tr­erez autant de per­son­nages dans Valets de nuit, le dernier livre en prose de Corinne Hoex, lesquels vous seront tout dévoués comme l’indique leur titre. Peut-être pas tout le temps, mais en tout cas la nuit, quand vous rêvez. Est-on respon­s­able de ses rêves ? Bien sûr que oui. Incon­sciem­ment sans doute, à ceci près qu’ils cor­re­spon­dent prob­a­ble­ment plus à un désir infor­mulé ou infor­mu­la­ble qu’au hasard de la posi­tion du dormeur ou à la qual­ité de son mate­las. Ce sont ces ren­con­tres furtives, totale­ment fan­tas­mées ou secrète­ment souhaitées que nous racon­tent les trente-trois textes courts, économes, incisifs du vol­ume. Con­tin­uer la lec­ture

Noël à plus d’un titre

Un coup de coeur du Carnet

Bernard TIRTIAUX, Noël en décem­bre, Paris, JC Lat­tès, 2015, 250 p., 18 €/ePub : 12,99€

Le nou­veau roman de Bernard Tir­ti­aux est un curieux mélange de ten­dresse et de cru­auté ; les per­son­nages sont « de bonne volon­té » – trop gen­tils ?  – mais l’époque dans laque­lle ils vivent et courent après l’amour et le bon­heur est ter­ri­ble et bar­bare.  L’auteur nous emporte dans le tour­bil­lon d’une grande his­toire d’amour qui embrasse les deux guer­res mon­di­ales, entre Noël, né dans une famille de fer­miers en Ardenne le 25 décem­bre 1909, et Luise, la fille – ‘naturelle’ comme on dis­ait alors –  de Klara von Luden­dorff, née par acci­dent chez les par­ents de Noël en juin 1914.   Con­tin­uer la lec­ture

Suivre la partition

Un coup de coeur du Carnet

Paul COLIZE, Con­cer­to pour qua­tre mains, Paris, Fleuve Noir, 2015, 480 p., 19,90 €/ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2265099371

Un homme sort de prison. On com­prend que c’était un pris­on­nier impor­tant. Les jour­nal­istes l’attendent. On lui demande : « Que comptez-vous faire main­tenant ? » Et il répond : « Entr­er dans la légende ». Cet homme, c’est Franck Jam­met, un pianiste doué et un braque­ur génial, con­ver­ti à la crim­i­nal­ité par un inci­dent qui survint alors qu’il était enfant de chœur. « Entr­er dans la légende » : bien enten­du, moins d’un an après sa libéra­tion, a lieu « le braquage du siè­cle », un four­gon con­tenant des dizaines de mil­lions de dol­lars en dia­mants dans l’enceinte de l’aéroport de Zaven­tem, trois min­utes, aucun coup de feu. Franck Jam­met est le sus­pect tout désigné. Con­tin­uer la lec­ture