Archives de catégorie : Essais

La Belgique, pays d’intersections

Jean-Marie KLINKENBERG, Petites mytholo­gies belges, post­face de Jan Baetens, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord » n° 370, 240 p., 8 €, ISBN : 978–2‑87568–409‑7 

Au terme de « mytholo­gies » employé au pluriel est asso­cié, imman­quable­ment, le nom de Roland Barthes qui, en 1957, s’en servit pour inti­t­uler le pre­mier best-sell­er de la dis­ci­pline sémi­o­tique. Depuis, établir le cat­a­logue des mytholo­gies d’une société con­siste à clich­er, non sans dis­tan­ci­a­tion ironique, les signes qui y font sens ain­si que les dis­cours qui les col­por­tent… Et pas seule­ment dans les arts majeurs, car l’esprit d’une époque se trahit mieux encore dans ses mar­ques pub­lic­i­taires, ses événe­ment rit­u­al­isés, ses jeux pop­u­laires, ses stars, ses objets-fétich­es, etc. Aujourd’hui, Barthes se délecterait sans aucun doute des per­for­mances atten­dues d’un bou­ton­neux pressen­ti meilleur pâtissier ou dis­sè­querait jusqu’en ses plus minus­cules fibres déno­ta­tives et con­no­ta­tives la panoplie de nos appareils porta­bles.

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Marie Peltier. Analyse du complotisme

Marie PELTIER, Obses­sion. Dans les couliss­es du réc­it com­plo­tiste, Inculte, 2018, 146 p., 15,90 €, ISBN : 979–10-95086–89‑5

Après L’ère du com­plo­tisme : la mal­adie d’une société frac­turée (Les petits matins, 2016), l’historienne, la chercheuse et l’enseignante Marie Pelti­er appro­fon­dit son étude des réc­its com­plo­tistes à par­tir  de polémiques par­a­dig­ma­tiques comme l’affaire Tariq Ramadan, la ques­tion de la laïc­ité, du port du voile (dans l’affaire Men­nel notam­ment), Char­lie Heb­do, @metoo, @balancetonporc… Au fil d’une enquête sur les dérives des débats publics figés entre camps enne­mis, l’essai ques­tionne la mon­tée en puis­sance des réseaux soci­aux, les straté­gies de guerre nar­ra­tive, la struc­tura­tion de l’imaginaire col­lec­tif par ce que Marie Pelti­er nomme des réc­its polar­isés. Com­ment sor­tir de débats publics qui, enfer­més dans la bina­ri­sa­tion et rel­e­vant non de l’agora mais de l’arène et d’une scène parox­ys­tique de guerre, se détour­nent de l’universalisme ? L’événement du 11 sep­tem­bre 2001 a mar­qué l’entrée dans l’ère du doute, de la rup­ture de con­fi­ance dans le dis­cours offi­ciel et généré un imag­i­naire du com­plot. Cet imag­i­naire bicéphale, Marie Pelti­er le définit comme civil­i­sa­tion­nel et iden­ti­taire d’une part, comme anti-sys­tème et anti-impéri­al­iste d’autre part. Défi­ance envers le dis­cours pub­lic et médi­a­tique et désil­lu­sion à l’égard des promess­es de la démoc­ra­tie vont de pair. Con­tin­uer la lec­ture

Je suis Charlie !

Un coup de cœur du Carnet

Adolphe NYSENHOLC, Char­lie Chap­lin, Le rêve, M.E.O., 2018, 244 p., 19 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978–2‑8070–0177‑0

Instant de grâce ! L’auteur, qui a voué une par­tie de sa riche car­rière[1] à Chap­lin, au point d’en être con­sid­éré de par le monde comme un expert som­mi­tal, a réus­si l’ultime syn­thèse, un essai d’une den­sité lou­voy­ant vers l’art poé­tique. Qui débute avant les pre­mières lignes offi­cielles, dans un com­men­taire sur la photo/couverture, au ver­so de la page de titre :

(…) Chap­lin émi­nence grise de Char­lot manip­ulé par lui, le masque trag­ique sur un corps comique, Char­lot « sen­ti­men­tal pup­pet », l’empathie dis­tan­ciée, l’auto-ironie de Chap­lin, la choré­gra­phie comme écri­t­ure de songe, le créa­teur d’images à jamais mémorables, le poète comique, l’auteur en abyme, le rêve dans le rêve… 

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Arnaud de la Croix. Himmler, Otto Rahn et le Graal

Arnaud DE LA CROIX, Himm­ler et le Graal. La vérité sur l’affaire Otto Rahn, pré­face d’Emmanuel Pier­rat, Racines, 2018, 144 p., 19,95 €, ISBN : 978–2‑39025–070‑8

Le nou­v­el essai d’Arnaud de la Croix s’inscrit dans le fil de ses travaux antérieurs, La reli­gion d’Hitler, Les Tem­pli­ers, cheva­liers du Christ ou héré­tiques ?, Arthur, Mer­lin et le Graal, un mythe revis­ité. Pré­facé par Emmanuel Pier­rat, Himm­ler et le Graal. La vérité sur l’affaire Otto Rahn inter­roge la face occulte du nazisme, à savoir la fas­ci­na­tion de cer­tains dirigeants pour l’ésotérisme. Nom­bre d’historiens ont étudié les racines occultes du nation­al-social­isme, en par­ti­c­uli­er de l’Ordre noir des SS dont Hein­rich Himm­ler était le chef suprême. Livrant le résul­tat de recherch­es menées durant trente ans, Arnaud de la Croix inter­roge la « folie » du Graal qui s’est emparée de Himm­ler, la manière dont les travaux du médiéviste et écrivain Otto Rahn ont influ­encé le Reichs­führer de la SS. La généalo­gie de la mytholo­gie völk­lich, d’un néo­pa­gan­isme nour­ri par la magie noire, la sor­cel­lerie, le spiritisme est fine­ment mise à jour. La mythique île de Thulé, les théories raciales, les diva­ga­tions sur l’aryanisme, le lien entre Graal et catharisme qu’établira Otto Rahn ont eu pour précurseurs la Société théosophique fondée par Hele­na Blavatsky (courant ésotérique, société secrète basée sur un syn­crétisme mys­tique reliant l’Occident au boud­dhisme, à l’hindouisme) ou encore la per­son­ne du mage illu­miné Karl Maria Willigut qui devien­dra le gourou de l’Ordre noir. Con­tin­uer la lec­ture

(Sur-)vivalisme, collapsologie et collapsosophie

Pablo SERVIGNE, Raphaël STEVENS, Gau­thi­er CHAPELLE, Une autre fin du monde est pos­si­ble. Vivre l’effondrement (et pas seule­ment y sur­vivre), pré­face de Dominique Bourg, post­face de Cyril Dion, Seuil, coll. « Anthro­pocène », 2018, 334 p., 19 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 9782021332582

Une autre fin du monde est possibleAprès le remar­qué Com­ment tout peut s’effondrer sor­ti en 2015, les ingénieurs agronomes Pablo Servi­gne, Gau­thi­er Chapelle et l’écoconseiller Raphaël Stevens,  « chercheurs in-Terre indépen­dants »,  pour­suiv­ent leurs réflex­ions dans un essai qui pro­longe la « col­lap­solo­gie » (dont ils sont les pio­nniers) en une col­lap­soso­phie. L’axiome des col­lap­so­nautes se définit comme « appren­dre à vivre avec », avec la cat­a­stro­phe en cours, avec la débâ­cle envi­ron­nemen­tale, avec l’effondrement de la société actuelle. De ce diag­nos­tic con­den­sé dans le voca­ble de col­lap­solo­gie découle la mise en œuvre d’une éthique, d’une col­lap­soso­phie. S’appuyant sur un tableau clin­ique pré­cis, incon­testable (l’humanité men­acée d’extinction dans le sil­lage de l’hécatombe de la bio­di­ver­sité), les auteurs pro­posent des pistes fécon­des qui réc­on­cilient « médi­tants » et « mil­i­tants », qui explorent l’idée de ré-ensauvage­ment, de nou­velles manières de coex­is­ter avec les non-humains, d’habiter la Terre.


Lire aus­si : un extrait d’Une autre fin du monde est pos­si­ble


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En quelques mots

Marie THIBAUT DE MAISIÈRES, Simon NAJM (coord.), Chré­tiens d’Ori­ent, mon amour, Marda­ga, 2018, 274 p., 34.90 €, ISBN : 9782804706494

Les édi­tions Marda­ga vien­nent de pub­li­er un livre à la fois témoin et mil­i­tant, ten­ant du reportage d’actualité et du jour­nal­isme de fond,réalisé par 46 auteurs et 2 pho­tographes et paru sous le titre générique« Chré­tiens d’Orient ».

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Propositions pour une politique migratoire

François GEMENNE et Pierre VERBEEREN, Au-delà des fron­tières. Pour une poli­tique migra­toire, CAL, coll. « Lib­erté, j’écris ton nom », 2018, 124 p., 10 €, ISBN : 978–2‑87504–031‑2

Salu­ons l’essai de François Gemenne, chercheur qual­i­fié du FRS-FNRS et Pierre Ver­beeren, directeur général de Médecins du Monde, d’avancer dix propo­si­tions pra­tiques à l’attention de la Bel­gique mais surtout de l’Europe, sur la ques­tion des poli­tiques migra­toires. Face à la ter­ri­fi­ante mon­tée des extrêmes droites, aux men­aces qu’elles font peser sur la démoc­ra­tie, les lib­ertés, la ques­tion envi­ron­nemen­tale, cet essai fait bloc con­tre les pop­ulismes et leur fab­ri­ca­tion de boucs émis­saires (migrants, Rroms, pau­vres, chômeurs…).   Con­tin­uer la lec­ture

Claire Lejeune, « voix pourpre » et « contrebandière de la pensée »

Claire LEJEUNE, Pour trou­ver la clé, il fal­lut per­dre la mémoire des ser­rures, textes inédits choi­sis par Anne André, Danielle Bajomée et Mar­tine Renouprez, Arbre de Diane, coll. « Les Deux Sœurs », 2018, 96 p., 12 €, ISBN : 978–2‑930822–10‑5

La prose poé­tique, les essais de Claire Leje­une (1926–2008) sont placés sous le signe de la ful­gu­rance, d’une poé­tique rad­i­cale­ment nova­trice qui entend décloi­son­ner les savoirs, les expéri­ences afin de tra­vers­er les chapes du pou­voir, de la dom­i­na­tion et de recon­tac­ter les promess­es à venir des orig­ines. Dans les années 1960, La gangue et le feu, Le pour­pre, La geste, Le dernier tes­ta­ment, Elle sig­nent l’avènement d’une parole qui noue indis­sol­uble­ment nais­sance à soi hors des rets du patri­ar­cat, expéri­ence mys­tique d’un verbe poli­tique et poé­tique, sub­ver­sion des piliers d’une civil­i­sa­tion qui a muselé les femmes. De se dire, les sans-voix mon­tent à l’existence, gag­nent un proces­sus de sub­jec­ti­va­tion que Claire Leje­une place sous le signe de l’ouverture à l’autre de la rai­son et aux ter­res du sym­bole. « Nous ne faisons pas la poésie. Elle nous fait de nous défaire » écrivait-elle. Con­tin­uer la lec­ture

L’autogestion de la vie affinée

Raoul VANEIGEM, Con­tri­bu­tion à l’émergence de ter­ri­toires libérés de l’emprise éta­tique et marchande. Réflex­ion sur l’autogestion de la vie quo­ti­di­enne, Bib­lio­thèque Rivages, 2018, 185 p., 15.90 € / ePub : 10.99 €, ISBN : 978–2‑7436–4536‑6

L’effondrement des valeurs anci­ennes – patri­ar­cat, autorité, dis­ci­pline mil­i­taire, célébra­tion du sac­ri­fice — a per­mis que se dégage de la nuit et du brouil­lard sus­cités par leur chute une revivis­cence de ces aspi­ra­tions humaines que les assauts de la bar­barie n’ont jamais entamées durable­ment : sol­i­dar­ité, entraide, alliance avec la nature, autonomie, gyno­cen­trisme. 

Voici un demi-siè­cle, le Traité du savoir-vivre à l’usage des jeunes généra­tions (Folio éd.) de Raoul Vaneigem en même temps que La société du spec­ta­cle (Folio éd.) de Guy Debord mar­quaient l’irruption fra­cas­sante du sit­u­a­tion­nisme dans la pen­sée con­tem­po­raine. À la fois rad­i­cales (ant­i­cap­i­tal­istes et anti­com­mu­nistes), pré­moni­toires (de Mai 68), banal­isées (et impuis­santes : la dénon­ci­a­tion de la « société du spec­ta­cle » est dev­enue un pon­cif de toute déc­la­ra­tion « cul­turelle », mais qu’un Jacques Ran­cière per­met de dépass­er), cri­tiquées (même par un Claude Lefort : « parade », « pas­sion du mot d’ordre », « logique de l’affect » égale à celle « du con­cept ») et pour­tant intactes, ces pub­li­ca­tions peu­vent-elles devenir un événe­ment pour une pen­sée (in)actuelle ? Con­tin­uer la lec­ture

L’Art et la manière de la célébration – un peu de beauté sur le monde

Gabriel RINGLET, La grâce des jours uniques. Éloge de la célébra­tion, Albin Michel, 2018, 220 p., 18€ / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑226–43747‑1

Le besoin de rit­uel est inscrit au cœur de l’humain, fût-ce sous la forme du café du matin, pré­paré au Bodum, au per­co­la­teur ou à l’italienne, servi long ou ser­ré, avec ou sans sucre, noir ou au lait, dans telle tasse, toutes choses que le lieu­tenant Estalère (dans les romans policiers de Fred Var­gas) con­naît sur le bout des doigts, com­pé­tence grâce à laque­lle il par­ticipe puis­sam­ment à la liturgie des réu­nions plénières de l’équipe du com­mis­saire Adams­berg.  Le rit­uel quo­ti­di­en, avec la suite et la fuite des jours, a été mag­nifié par Colette Nys-Mazure, dans son beau recueil Célébra­tion du quo­ti­di­en, pré­facé par Gabriel Ringlet.

Et puis, il y a les jours uniques dont la célébra­tion fait l’objet du nou­veau livre de Gabriel Ringlet. Con­tin­uer la lec­ture

Lettres d’un siècle

Lucie TESNIÈRE, Madame, vous allez m’émouvoir : une famille française à tra­vers deux guer­res mon­di­ales, Flam­mar­i­on, 2018, 320 p.,19.90 €/ ePub : 13.99 €, ISBN : 978–2‑08–143759‑3

Lucie Tesnière, Madame vous allez m'émouvoirRien d’étonnant à ce que l’on trou­ve men­tion sur le site offi­ciel français « Mis­sion cen­te­naire » du réc­it que Lucie Tes­nière con­sacre à la vie de sa famille à par­tir des let­tres de Paul Cabouat, son arrière-grand-père. Ce fut le point de départ de cette quête qui a poussé une femme d’aujourd’hui à « tout arrêter » à l’âge de trente-trois ans – à Brux­elles, elle s’occupait alors de faciliter le développe­ment des éner­gies durables au niveau européen – pour se lancer dans des recherch­es à tra­vers le siè­cle et à tra­vers la France. Con­tin­uer la lec­ture

Christine Aventin : déjouer les enfermements

Un coup de cœur du Carnet

Chris­tine AVENTIN, Breil­lat des yeux le ven­tre, post­face de Christophe Meurée, Impres­sions nou­velles, coll. “Espace Nord”, 2018, 160 p., 8,50 € / ePub : 6.99 €, ISBN : 978–2‑87568–406‑6

Couron­né par le prix quin­quen­nal de l’essai de la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles en 2017 pour sa pre­mière édi­tion au Som­nam­bule équiv­oque et aujour­d’hui réédité dans la col­lec­tion Espace Nord, Breil­lat des yeux le ven­tre est conçu comme un corps textuel inouï au tra­vers duquel se con­quièrent un sujet poli­tique et un nou­veau plan d’écriture. Revenant sur sa tra­jec­toire lit­téraire — le coup d’envoi du Cœur en poche, la dépos­ses­sion de l’œuvre, de soi, le rapt de l’œuvre par le père —, Chris­tine Aventin tisse une machine lit­téraire autour d’un feu cen­tral, d’un attracteur molécu­laire, Cather­ine Breil­lat. Dans un jeu de miroirs, d’interfécondation (au sens où Proust l’évoque dans Sodome et Gom­or­rhe), les films, les écrits de Breil­lat se retrou­vent réen­gen­drés dans le mou­ve­ment même où ils révè­lent à Chris­tine Aventin l’expérience d’une soror­ité. Breil­lat-Aventin en écho d’Antigone et d’une Ismène antigo­nisée… Con­tin­uer la lec­ture

Yves Depelsenaire : chroniques des états du monde

Yves DEPELSENAIRE, La vie anec­do­tique. Car­nets d’un blogueur épisodique, Let­tre Volée, 2018, 256 p., 25 €, ISBN : 978–2873175153

De nos jours, l’écrit pul­lule, du moins sous les formes que génère le net. La ques­tion est moins celle d’une let­tre qui arriverait tant bien que mal à sa des­ti­na­tion que celle de l’écriture comme ren­con­tre, comme incise dans le tis­su du sym­bol­ique. Psy­ch­an­a­lyste, mem­bre de l’École de la Cause freu­di­enne, enseignant à la Sec­tion clin­ique de l’Institut du Champ freu­di­en de Brux­elles, auteur d’essais (entre autres Une analyse avec Dieu, Un musée imag­i­naire lacanien parus à La Let­tre volée) et de nom­breuses con­tri­bu­tions sur la clin­ique ana­ly­tique, Yves Depelse­naire place l’écriture de ses chroniques sous l’angle d’une ren­con­tre avec le réel. Con­tin­uer la lec­ture

Écriture filmique

N.T. BINH et Frédéric SOJCHER (coord.), Écrire un film. Scé­nar­istes et cinéastes au tra­vail, Impres­sions Nou­velles, coll. « Caméras sub­jec­tives », 2018, 392 p., 22 € / ePub : 10.99 €, ISBN : 978–2‑87449–625‑7

Coor­don­né par le cri­tique de ciné­ma N. T. Binh et le cinéaste Frédéric Sojch­er, le vol­ume Écrire un film. Scé­nar­istes et cinéastes au tra­vail inter­roge au tra­vers d’entretiens avec des cinéastes, avec des scé­nar­istes l’écriture filmique, ses paramètres, ses coor­don­nées. Si le point d’ancrage se con­cen­tre sur la ques­tion du scé­nario, les réflex­ions enga­gent une mul­ti­plic­ité de regards sur les spé­ci­ficités du lan­gage ciné­matographique. Ce dernier se lim­ite-t-il au seul scé­nario ou englobe-t-il la mise en scène, le découpage, le cast­ing, la musique ? D’emblée, écrit Frédéric Sojch­er, le recueil se place du côté de la sec­onde hypothèse. Faisant un sort aux idées reçues (la Nou­velle Vague pécherait par un dés­in­térêt vis-à-vis du scé­nario…), retraçant la tra­jec­toire his­torique de la place accordée au scé­nario (de sa relé­ga­tion à sa réha­bil­i­ta­tion, de sa réha­bil­i­ta­tion à sa tyran­nie nor­ma­tive), il rend hom­mage aux inter­ac­tions dynamiques entre les moments de créa­tion, entre les ingré­di­ents de l’espace filmique. Le film ne prend vie qu’au fil d’une magie où s’intriquent, en une œuvre col­lec­tive, scé­nario, mise en scène, jeu d’acteurs, découpage, mon­tage, bande sonore, pro­duc­tion… Hyper­tro­phi­er le seul scé­nario revient à amput­er l’écriture filmique de tout ce qui, au niveau de la mise en scène lato sen­su, vient mod­i­fi­er, excéder, retourn­er la nar­ra­tion, la dra­maturgie. Con­tin­uer la lec­ture

André Delvaux

Le cinéaste dans la cité. Les notes d’André Del­vaux, dir. Jean MEURICE, CEP, 2018, 251 p., 18 €, ISBN : 978–2390070214

Le cinéaste dans la citéEn 1965, le film L’Homme au crâne rasé qu’André Del­vaux adapte du roman de Johan Daisne mar­qua l’avènement du ciné­ma belge mod­erne. Non que le sep­tième art belge fût totale­ment inex­is­tant. Mais André Del­vaux invente un nou­veau souf­fle qui, dans nom­bre de ses films, relèvera de ce qu’on a appelé le réal­isme mag­ique. Venu du monde de la musique, de la lit­téra­ture, pianiste qui accom­pa­gna durant des années les films muets à la Ciné­math­èque royale de Bel­gique, à cheval sur les cul­tures néer­lan­do­phone et fran­coph­o­ne, l’auteur de Ren­dez-vous à Bray, Ben­venu­ta, L’Œuvre au noir pose les pre­mières pier­res de la moder­nité du ciné­ma belge, frayant une aven­ture artis­tique pio­nnière dont bien des réal­isa­teurs actuels sont les héri­tiers. Recueil d’inédits, de textes rassem­blés par Cather­ine Del­vaux, Richard Miller, com­por­tant des cor­re­spon­dances avec Jacques Sojch­er, Philippe Rey­naert, une étude de Roger Lalle­mand sur Ben­venu­ta, un avant-dire de Raoul Ser­vais, Le cinéaste dans la cité nous plonge pour notre plus grand bon­heur dans le lab­o­ra­toire de celui qui fut à la fois cinéaste, péd­a­gogue (il fut l’un des fon­da­teurs de l’INSAS), musi­cien.

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Boîtes à foison !

Bruno MANSTER, Mille et une boîtes, Cerisi­er, 2018, 160 p., 12 €, ISBN : 9782872672127

Avez-vous déjà pen­sé que votre vie se déroule entre d’innombrables boîtes ? Et que, presque à votre insu, elles vous sont chères, et même indis­pens­ables ?

Bruno Manster compte bien vous en per­suad­er, preuves à l’appui, dans un livre inso­lite, Mille et une boîtes. Un essai néo-pat­a­physique, qui ne craint pas de fonder l’anthrotopologie, vouée à l’étude des solu­tions spa­tiales que les humains ont imag­inées, conçues, pour « faire face à leur prob­lé­ma­tique exis­ten­tielle ». Con­tin­uer la lec­ture