Archives par étiquette : extrait

En performant en écrivant

Jan BAETENS, À voix haute. Poésie et lec­ture publique, Les Impres­sions nou­velles, 190 p., 17 €/ePub : 11.99 €

baetensSes lecteurs fidèles savent que Jan Baetens ne s’empare jamais d’une ques­tion à la légère, si décalée sem­ble-t-elle par rap­port aux champs de la recherche lit­téraire. Voilà de sur­croît un uni­ver­si­taire qui se refuse à con­sid­ér­er la poésie comme let­tre morte, juste bonne à être dis­séquée. Lui est un prati­cien, qui s’applique à saisir sur le vif les man­i­fes­ta­tions et les évo­lu­tions de l’expression artis­tique qui le pas­sionne depuis tou­jours. Mais l’homme de ter­rain n’en est pas moins bardé de références livresques, et sait en user s’il s’agit de retrac­er les rap­ports que les auteurs entre­ti­en­nent entre l’oral et l’écrit, plus par­ti­c­ulière­ment entre leur oral et leur écrit, depuis l’époque charnière du XIXe siè­cle. Con­tin­uer la lec­ture

Alice au pays quantique

Un coup de coeur du Carnet

Thibault DAMOUR, Math­ieu BURNIAT, Le mys­tère du monde quan­tique, Dar­gaud, 2016, 162 p., 19.99 €

mystere-du-monde-quantiqueThibault Damour est un physi­cien de renom. Math­ieu Bur­ni­at est un auteur de ban­des dess­inées élé­gantes et décalées. Ensem­ble, ils ont relevé un défi de taille : racon­ter ce qu’est la réal­ité.

La dernière aven­ture des célèbres héros Bob et Rick s’est mal ter­minée. Ils s’apprêtaient à explor­er la lune pour en percer les secrets quand une météorite s’est abattue, brisant le casque de Rick, le chien, et le tuant sur le coup. Depuis, Bob déprime en relisant les albums de leurs exploits. Soudain, Rick, empail­lé sur la chem­inée, s’adresse à Bob : il est grand temps qu’il se remue et qu’il parte à la décou­verte de « l’ultime mys­tère » — la physique quan­tique, et ce qu’elle peut révéler sur la réal­ité. Bob tente molle­ment de résis­ter en arguant qu’après tout, il n’est pas sérieux de par­ler à un chien mort. Rick lui répond que « dans le monde quan­tique, la notion de vie et de mort n’a que peu d’importance ». Con­tin­uer la lec­ture

Les vies nouvelles de Simon Leys

Un coup de coeur du Carnet

Philippe PAQUET, Simon Leys, Nav­i­ga­teur entre les mon­des, Paris, Gal­li­mard, 2016, 672 p., 25€/ePub : 17.99€

paquetEn 1992, dans son dis­cours de récep­tion à l’Académie royale de langue et de lit­téra­ture française de Bel­gique, où il allait occu­per le fau­teuil de Georges Simenon, Simon Leys rap­pelait que « Samuel John­son esti­mait que l’on ne peut entre­pren­dre de racon­ter la vie d’un homme si l’on n’a pas mangé et bu en sa com­pag­nie. ». La biogra­phie  que lui con­sacre Philippe Paquet en est une belle preuve. La con­vivi­al­ité – et la com­plic­ité de Han­fang, l’épouse de l’écrivain – lui a per­mis d’entamer ses recherch­es sans en avoir l’air, sans prévenir l’intéressé. Con­tin­uer la lec­ture

Plein de rêves

Éric LAMMERS, Une âme plus si noire. Let­tres de prison, Brux­elles, Impres­sions nou­velles, 2016, 252 p., 17 €/ePub : 9.99 €

LettresCOUVUNEsiteAprès un recueil de nou­velles Une vie de… paru en 2015 (édi­tions Weyrich), nous retrou­vons Éric Lam­mers, fig­ure emblé­ma­tique du grand ban­ditisme belge, dans un mon­tage de let­tres envoyées depuis les pris­ons d’Andenne et de Verviers à l’écrivaine Car­o­line Lamarche de jan­vi­er 2001 à décem­bre 2002. Mon­tage com­posé par cette dernière, les let­tres choisies témoignent du pou­voir de l’écriture qui a trans­for­mé la vie de ce pris­on­nier con­damné à la per­pé­tu­ité. Elles révè­lent ses doutes et ses peurs d’écrire des bêtis­es dans son pro­jet ambitieux de devenir un véri­ta­ble écrivain. Elles dis­ent aus­si les con­di­tions de déten­tion, la vie avec les autres détenus, les règles par­ti­c­ulières qui régis­sent ce monde par­al­lèle au nôtre. Con­tin­uer la lec­ture

Arnaud de la Croix, le cryptobibliomane

Arnaud DE LA CROIX, Treize livres mau­dits, Racine, 2016, 175 p., 19.95 €

Les zones souter­raines et occultes du savoir ont tou­jours pas­sion­né le philosophe et essay­iste Arnaud de la Croix. À énumér­er ses sujets de prédilec­tion (la quête du Graal, la magie noire, les Tem­pli­ers, les Illu­mi­nati, les rap­ports entre Hitler et la franc-maçon­ner­ie), l’on se croirait devant un ray­on de ces J’ai lu de jadis, à la jaque­tte rouge pro­fond et gon­do­lés, ou encore par­courant le som­maire d’un numéro de la revue Planète… Mais à la dif­férence des pseu­do-savants de l’ésotérisme, qui dis­simu­lent sous un jar­gon opaque leur savoir, Arnaud de la Croix fait de la lis­i­bil­ité sa ver­tu pre­mière. Ce par­ti pris de sim­plic­ité aura beau être taxé de « sim­plisme » par les mages et les ini­tiés, on leur répon­dra que pour accéder aux plus hauts rayons des bib­lio­thèques, on a bien besoin d’un escabeau et que, lorsque l’on n’a pas un tel sup­port à dis­po­si­tion, autant s’en fab­ri­quer un à grand ren­fort de livres empilés. Con­tin­uer la lec­ture

A la crête des mots

Un coup de cœur du Carnet


Rossano ROSI, Han­s­ka, Les impres­sions nou­velles, 2016, 238 p., 18 €/ePub : 10.99 €

rosiIl est un temps que les moins de vingt ans ne peu­vent pas con­naître. Un temps où presque chaque jeune homme fai­sait son ser­vice mil­i­taire. Rossano Rosi, dans Han­s­ka, se sou­vient de cette époque-là. En 1986, Scurag­gio, fils d’immigrés ital­iens est appelé sous les dra­peaux. Il racon­te le béret qu’il faut porter, le départ pour la caserne, les chaus­sures à cir­er (avec un bas panty, c’est plus effi­cace), les ordres du supérieur hiérar­chique, et l’ennui, le ter­ri­ble ennui à en bâiller. Il s’interroge aus­si. Si lui fait une guerre pour de faux, quelle fut celle de son père, la vraie, dans les années fas­cistes de l’Italie ? De quels camps sont les hommes qu’il a peut-être abat­tus et que con­tient le cahi­er toilé qu’il gar­dait pré­cieuse­ment ? Con­tin­uer la lec­ture

Michaux, l’à distance

Un coup de cœur du Carnet

Hen­ri MICHAUX, Donc c’est non, let­tres réu­nies, présen­tées et annotées par Jean-Luc Out­ers, NRF, Gal­li­mard, 200 p., 19,50 €/ePub : 13,99 €

michauxAlors que d’aucuns devraient se faire inoculer quelque vac­cin pour guérir de la rage d’apparaître qui sem­ble les tenir, Hen­ri Michaux incar­ne un con­tre-exem­ple absolu dans le refus de livr­er son image, de laiss­er une trace autre qu’écrite, de brad­er sa présence au monde. Le bar­bare alti­er qu’il était partageait ain­si avec cer­taines peu­plades fal­lac­i­euse­ment taxées de « prim­i­tives » la con­vic­tion qu’être pho­tographié reve­nait à se faire vol­er son âme ; et le seul film où on peut l’entrevoir, lors d’une con­férence pronon­cée par Borges au Col­lège de France en 1983, mon­tre un homme en passe de vers­er dans l’invisibilité, au regard dis­simulé par d’épais ver­res fumés. Jamais d’interview, pas d’enregistrement. Pire : il était pho­bique du con­tact humain, en tout cas de celui que dictent les con­ve­nances sociales ou les ambi­tions lit­téraires. Alain Bosquet, dans La Mémoire et l’oubli, cern­era très bien l’attitude de Michaux lorsqu’il se trou­vait à prox­im­ité d’un con­génère : « Je l’admire, de se mon­tr­er si héris­sé, si hos­tile, si grinçant. Les vingt-cinq ou trente fois que je l’ai ren­con­tré, j’ai surtout aimé le malaise superbe­ment intel­li­gent qui émanait de lui : aucune con­ces­sion et aucune politesse extérieure. » Con­tin­uer la lec­ture

Audubon, si beaux ses oiseaux

Un coup de coeur du Car­net

Fabi­en GROLLEAU et Jérémie ROYER, Sur les ailes du monde, AUDUBON, Dar­gaud, 2016, 184 p., 21 €

La pre­mière planche installe à la fois la beauté des paysages et la superbe maîtrise du dessi­na­teur, ain­si que la pas­sion d’Audubon, lui qui admire le vol des oies bernach­es là où son bate­lier craint  l’orage qui men­ace.  Sous le déluge, il lui importe plus de sauver  ses planch­es de dessin que son équipage et on devine vite que rien ni per­son­ne ne doit se met­tre en tra­vers de son chemin.  Con­tin­uer la lec­ture

La neige, sans contrefaçon

François JACQMIN, Le livre de la neige, post­face de Gérald Pur­nelle, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2016, 152 p., 8 €

jacqmin le livre de la neigeLa col­lec­tion « Espace Nord » a l’excellente idée de remet­tre à la dis­po­si­tion des lecteurs deux ouvrages majeurs du poète François Jacqmin (1929–1992) : Les Saisons, ini­tiale­ment paru dans la col­lec­tion du vivant de l’auteur, en 1988 ; et Le Livre de la neige, dernier recueil de poèmes en prose pub­lié aux Edi­tions de la Dif­férence par Jacqmin, avant son décès en 1992. Deux recueils, qui ne sont que l’arbre fine­ment tail­lé cachant la forêt d’écrits qu’a lais­sés le poète – vingt caiss­es de man­u­scrits déposés aux Archives et Musée de la Lit­téra­ture –, par­mi lesquels ont déjà été extraits des recueils sen­si­ble­ment achevés, comme nous l’évoquions l’an dernier à pro­pos du Plumi­er du vent. Con­tin­uer la lec­ture

« Quelques petits torts » : Verlaine en Belgique

Un coup de coeur du Carnet

Bernard BOUSMANNE, Ver­laine en Bel­gique. Cel­lule 252. Tur­bu­lences poé­tiques, Marda­ga, 2015, 340 p., 45 €, ISBN : 9782804702618

verlaine en belgiqueLit-on les cat­a­logues d’exposition ? À la rigueur on les achète, dans un geste expi­a­toire, une fois que, après de mul­ti­ples pro­cras­ti­na­tions de la vis­ite, l’événement s’avère bel et bien ter­miné. On le feuil­lette alors, on s’en veut d’avoir man­qué ça, bon sang, que cela avait l’air intéres­sant ! Puis on le range dans le ray­on « beaux livres » de la bib­lio­thèque et on l’y laisse s’empoussiérer. Con­tin­uer la lec­ture

Entre Zinzolin (385) et Andrinople (365), la vie ne tient qu’à un fil (303)

Lydia FLEM, Je me sou­viens de l’imperméable rouge que je por­tais l’été de mes vingt ans, Paris, Seuil, 2016, 256 p., 17 €/ePub : 11,99 €

flemJe me sou­viens d’un précé­dent livre de Lydia Flem, Com­ment j’ai vidé la mai­son de mes par­ents.

Je me sou­viens que je l’avais beau­coup aimé, moi qui ne sais me sépar­er de rien.

J’ai souri en lisant les pre­miers sou­venirs évo­qués dans ce Je me sou­viens de l’imperméable rouge que je por­tais l’été de mes vingt ans qui ouvre la boîte de Pan­dore. Con­tin­uer la lec­ture

Apprivoiser le macadam

Ethel KARSKENS, Amer­i­can Macadam, Brux­elles, Couleur livres, coll. « Je », 2015, 57 p., 9 €

karskensAmer­i­can Macadam est le treiz­ième titre de la col­lec­tion « Je », dans laque­lle nous avons déjà eu l’occasion d’épingler quelques pépites comme L’usine de Vin­cent De Raeve, Blanc fon­cé de Claire Ruwet, Le bureau de Thier­ry Onge­naed ou encore L’école à brûler de Daniel Simon, directeur et con­cep­teur de cette col­lec­tion. Col­lec­tion con­sacrée aux réc­its de vie, con­sid­érés pour l’originalité du sujet mais aus­si pour sa dimen­sion lit­téraire.
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Une monographie exemplaire

Ginette MICHAUX, André Sem­poux. L’écrit bref : comme givre au soleil, Avin, Luce Wilquin, coll. « L’œu­vre en lumière », 2015, 158 p.

510blogAndré Sem­poux est un écrivain dou­ble­ment dis­cret : il investit peu d’én­ergie dans son image publique et son écri­t­ure très con­cise con­vient mal aux lecteurs pressés. Poète, nou­vel­liste et romanci­er – mais aus­si spé­cial­iste renom­mé de la lit­téra­ture ital­i­enne –, il a pour­tant pro­duit en quelques décen­nies une œuvre sen­si­ble, exigeante, pro­fondé­ment orig­i­nale, saluée par de nom­breux cri­tiques et plusieurs prix lit­téraires. Âgé de 80 ans, il reçoit aujour­d’hui un hom­mage insigne : la mono­gra­phie que vient de lui con­sacr­er Ginette Michaux, naguère pro­fesseure de lit­téra­ture à l’U.C.L., direc­trice de la Chaire de Poé­tique, auteure de nom­breuses pub­li­ca­tions sci­en­tifiques dont la post­face de Moi aus­si je suis pein­tre, réédité avec d’autres nou­velles dans la col­lec­tion « Espace Nord » en 1999. Au vu de telles com­pé­tences, on aurait pu crain­dre un ouvrage rébar­batif ou jar­gonnant. Il n’en est rien. Sans jamais sac­ri­fi­er au sim­plisme ou à la facil­ité, G. Michaux réus­sit à met­tre en lumière les rouages textuels les plus fins, sinon les plus imper­cep­ti­bles. Quoique psy­ch­an­a­lyste, elle ne suc­combe pas, d’autre part, à la ten­ta­tion d’ex­pli­quer l’œu­vre par la vie de l’écrivain, fût-elle incon­sciente ; sim­ple­ment, elle mon­tre en prélude que l’acte d’écrire a pris son départ dans « le sen­ti­ment de la faute d’ex­is­ter », dont il con­stitue une ten­ta­tive de réso­lu­tion. Con­tin­uer la lec­ture

Vendanges de la mémoire

Un coup de coeur du Carnet

Jean-Claude PIROTTE, Le silence, Paris, Stock, 2016, 96 p., 18 €/ePub : 8.99 €

pirotteLivre posthume de Jean-Claude Pirotte, dis­paru en 2014, Le silence est d’une rare élo­quence pour exprimer l’univers de cet artiste, pein­tre et romanci­er, dont les œuvres se nour­ris­sent d’une vision poé­tique omniprésente. Et pour qui la réal­ité du monde n’est viv­able qu’à tra­vers ce fil­tre voué non pas à l’embellir, mais à la tran­scen­der dans un imag­i­naire lui con­férant sa véri­ta­ble sub­stance et, finale­ment, sa seule légitim­ité. C’est du reste l’obscure révéla­tion de  la nature véri­ta­ble de la poésie qui l’aura saisi comme une ivresse et comme une mys­tique dont celle du vin ne serait pas le vecteur, mais le reflet à la fois sub­sidi­aire et opérant.  La poésie… “Je l’ai ren­con­trée sans trop le savoir, peut-être comme l’ermite soudain se trou­ve devant son dieu”. Quant au vin, il est aus­si garant de la fra­ter­nité dont ce petit livre ray­onne. Fra­ter­nité avec le monde et avec les com­pagnes et com­pagnons qui en fix­ent le décor et lui don­nent son âme. “Car boire seul n’est pas notre affaire” ou encore “Notre indif­férence au réel n’a d’égale que notre atten­tion pas­sion­née aux images entre­vues  dans une lumière soudaine, qui est peut-être celle que dif­fusent les éclats trou­bles du vin bour­ru”. Con­tin­uer la lec­ture

Jean Muno, l’ironie en bandoulière

Isabelle MOREELS, Jean Muno. La sub­ver­sion souri­ante de l’ironie, Peter Lang, 2015, 418 p., 48 € 

munoC’est avec l’ironie pour fil con­duc­teur qu’Isabelle Moreels étudie en pro­fondeur l’œuvre de Jean Muno dans son essai Jean Muno. La sub­ver­sion souri­ante de l’ironie. Un choix qui sem­ble aller de soi, tant cette lib­erté moqueuse, dis­crète­ment rebelle, de regard et de ton imprègne les romans, con­tes et nou­velles de l’écrivain qui nous a quit­tés trop tôt, et nous manque. Con­tin­uer la lec­ture

Quand dessins riment avec aphorismes

Jean Louis LEJEUNE, Quelques dessins et quelques apho­rismes ver­ti­caux, Brux­elles, Couleur livres, 2015, 8 €

Au pays de MagritteUne fois n’est pas cou­tume, con­sacrons l’une des chroniques du Car­net aux apho­rismes, genre lit­téraire qui prône la brièveté au même titre que les haïkus.

Sen­tence décochée en peu de mots, l’aphorisme fuit comme la peste tout lieu com­mun, provoque la sur­prise, se fonde sur des propo­si­tions antithé­tiques, con­traire­ment à la maxime qui joue du para­doxe. Pas de vérité proclamée donc, mais place au trait d’e­sprit. Voilà en quoi la démarche de Jean Louis Leje­une amuse et inter­pelle car, au trait d’esprit, il ajoute celui de son cray­on. Con­tin­uer la lec­ture