Archives par étiquette : Impressions nouvelles

Fermeture pour inventaire

Un coup de cœur du Car­net

Une poésie de vingt ans. Antholo­gie de la poésie en Bel­gique fran­coph­o­ne (2000–2020), choix de textes et intro­duc­tion par Gérald PURNELLE, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2022, 440 p., 10 €, ISBN : 978–2‑87568–557‑5

une poesie de vingt ansLa col­lec­tion Espace Nord pub­lie en juin 2022 une antholo­gie con­sacrée à la poésie belge fran­coph­o­ne parue entre 2000 et 2020. « Ni un bilan, ni un état des lieux en bonne et due forme », le vol­ume héberge les textes de 128 auteurs et autri­ces sous le pavil­lon d’une poésie jeune, à l’échelle d’un siè­cle jeune et d’un jeune mil­lé­naire. Con­tin­uer la lec­ture →

Simplicité et Espérance

Colette NYS-MAZURE, Célébra­tion du quo­ti­di­en suivi de Sans y touch­er, Post­face d’Anne Prouteau, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2022, 320 p., 9 €, ISBN :

nys mazure celebration de la lecture« J’ai besoin de vous écrire. Je souhaite cor­re­spon­dre avec vous. Une envie obstinée de partager les plaisirs et les peines du chemin quo­ti­di­en. Dans ce monde, il fait de plus en plus froid, de plus en plus seul : que la parole et les gestes cir­cu­lent entre nous ! Si la mesure de nos pas dif­fère et si nous ne butons pas sur les mêmes cail­loux, notre aven­ture n’est-elle pas com­mune ? » Dans l’incipit de Célébra­tion du quo­ti­di­en, Colette Nys-Mazure choisit la cor­re­spon­dance comme « mode de com­mu­ni­ca­tion mod­este et juste » pour nous entretenir du mer­veilleux du quo­ti­di­en. Elle coud en mots un patch­work de tis­sus-pen­sées extraits du fil des jours, au creux d’un moment (d’ici et de main­tenant, d’un matin, à bord de la nuit), d’un espace (d’une cui­sine, en tran­sit, d’un bal­con, de la patrie des livres), d’une expéri­ence (d’une vie de femme, d’un itinéraire mater­nel, du désas­tre, de Pâques, du Roy­aume) ou d’un état (avec ent­hou­si­asme, d’une soli­tude, du silence). Chaque morceau assem­blé présente une tex­ture, des col­oris, des motifs pro­pres, mais une cou­ture – nette et ferme — les unit en une pro­tec­tion har­monieuse tout en douceur et en lumière. Con­tin­uer la lec­ture →

Âmes et consciences

Fran­cis VAN DE WOESTYNE, États d’âme. Grands entre­tiens, Impres­sions nou­velles, 2022, 450 p., 24 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑87449–930‑2

van de woestyne etats d ameDans le cat­a­logue des Impres­sions nou­velles, le genre de l’entretien jouit d’une place de choix. Dès 2001 parais­sait en effet un vol­ume dans lequel Alain Robbe-Gril­let répondait à Benoit Peeters, suivi plus récem­ment par Tout le reste est lit­téra­ture, entre­tien-bilan de Jacques Dubois mené par Lau­rent Demoulin, ou encore par les dif­férents vol­umes de la col­lec­tion « Caméras sub­jec­tives » dans lesquels des pro­fes­sion­nels du ciné­ma évo­quent les secrets du méti­er. Sans oubli­er, bien sûr, Secrets d’écrivains, enquête sur les entre­tiens lit­téraires con­duite au moyen… d’entretiens avec des auteurs et des autri­ces. Con­tin­uer la lec­ture →

« Ce Milou… Quel type ! »

Un coup de cœur du Car­net

Renaud NATTIEZ, Milou. Humain, trop humain, Impres­sions nou­velles, coll. « La fab­rique des héros », 2022, 139 p., 13 € / ePub : 7,99 €, ISBN : 978–2‑87449–940‑1

nattiez milou humain trop humainEn tintinophile paten­té, Renaud Nat­tiez pour­suit ses coups de sonde dans l’univers hergéen. Après avoir opéré un astu­cieux rap­proche­ment entre le bédéaste brux­el­lois et le chan­son­nier lib­er­taire Brassens, voici qu’il con­sacre un essai au poil à un véri­ta­ble mon­stre sacré de la « Comédie humaine » sor­tie du cerveau de Georges Remi : Milou.

Présen­té comme un « sym­pa­thique cabot », son nom appa­raît en jan­vi­er 1929 dans l’incipit de Tintin au Pays des Sovi­ets et sa sil­hou­ette, dès la deux­ième case. En qua­trième case, l’air dépité, il prononce sa pre­mière phrase : « J’ai enten­du dire qu’il y avait des puces là-bas ». Un on-dit déno­tant d’emblée la tonal­ité qui va s’imposer au fil des albums – du moins jusque dans les années de guerre, péri­ode où Milou perd de son impor­tance nar­ra­tive et passe au sec­ond plan, relayé par le toni­tru­ant Had­dock. Con­tin­uer la lec­ture →

Langue en mouvement

Lau­rence VIELLE, Zébuth ou l’histoire ceinte suivi de L’Imparfait, Post­face d’Alice Richir, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2022, 240 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–551‑3

vielle zebuth ou l histoire ceinteQuand la lit­téra­ture creuse un espace men­tal, un espace physique et ver­bal au plus près des souf­fles de la vie, cela pro­duit des objets textuels con­stru­its sur une prox­im­ité du verbe et des nerfs, des mots et de la sève. La voix de la poétesse, dra­maturge et comé­di­enne Lau­rence Vielle se tient dans cette inven­tiv­ité créa­trice qui dénude la trame de la langue pour en jouer sen­sorielle­ment. Avec son titre placé sous le signe d’un détourne­ment humoris­tique de l’histoire biblique, Zébuth ou l’histoire ceinte nous mène dans un réc­it des con­fins, de la défai­sance de la nar­ra­tion et de la cohérence exis­ten­tielle. Con­tin­uer la lec­ture →

Les affects au masculin

San­drine WILLEMS, Au cœur des hommes. Enquête sur les affects mas­culins, Impres­sions Nou­velles, 2022, 112 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87449–950‑0

willems au coeur des hommesAutrice d’une œuvre aus­si impor­tante que sin­gulière, psy­cho­logue, philosophe, San­drine Willems inter­roge dans son essai-enquête Au cœur des hommes la con­struc­tion de l’identité mas­cu­line, le rap­port qu’elle implique à la sphère des affects, amour, ami­tié, joie, tristesse… Ayant recueil­li les pro­pos d’une douzaine d’hommes âgés de 25 à 65 ans, elle amène ses inter­locu­teurs à ques­tion­ner leurs rap­ports à l’autre, au genre, au monde, à la vie, à l’invention de soi. Con­tin­uer la lec­ture →

Autopsie du fonctionnaire dans son milieu

Jean-Luc OUTERS, L’ordre du jour, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2021, 220 p., 8,50 €, ISBN : 978–2‑87568–558‑2

outers l ordre du jourPre­mier roman de Jean-Luc Out­ers, paru en1987 aux édi­tions Gal­li­mard, L’ordre du jour reparait dans la col­lec­tion Espace Nord. Cette réédi­tion est l’occasion de remet­tre sur les tables un réc­it dont le tran­chant est loin d’avoir été émoussé par les années.

L’ordre du jour dont il est ici ques­tion prend la forme d’un chem­ine­ment en com­pag­nie des névros­es d’un nar­ra­teur anonyme, dans les méan­dres de l’administration du départe­ment des travaux publics de la ville de Brux­elles. Des névros­es qui se cristallisent autour du pas­sage du temps, de l’attente et du lan­gage – ce qui vaut au réc­it d’être piqué de réflex­ions liant l’usage et la poly­sémie de mots et d’expressions à la fois banales et symp­to­ma­tiques d’une cer­taine déliques­cence sys­témique. Toutes ces névros­es suiv­ent la direc­tion de la crainte, celle de se per­dre : dans l’autre (“con­fu­sion totale où l’identité n’aurait plus la moin­dre trace”), dans la langue qui “nous asservit, en quelque sorte”, dans l’absurdité de règles édic­tées et mod­i­fiées suiv­ant l’imprévisible bon vouloir d’une poignée d’hommes s’accrochant à un pou­voir tou­jours pré­caire. Une crainte qui se fait plus vive à mesure que se suc­cè­dent les dis­pari­tions (morts et autres empris­on­nements) qui émail­lent la vie pro­fes­sion­nelle du nar­ra­teur. Con­tin­uer la lec­ture →

Horizons littéraires en vingt-deux instantanés

COLLECTIF, Fenêtres sur court, textes réu­nis et présen­tés par Lau­ra Delaye, Nau­si­caa Dewez, Lau­rence Ghigny, Vio­laine Gréant et Valéri­ane Wiot, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2021, 278 p., 10 €, ISBN : 978–2‑87568–550‑6

fenetres sur courtAutomne 2021 : Espace Nord sort son 400e numéro, La Fureur de lire fête ses 30 ans. Les comptes ronds inci­tent à mar­quer le coup et ce dou­ble jubilé ne fait pas excep­tion. Ce n’est donc pas une réédi­tion clas­sique dans la col­lec­tion pat­ri­mo­ni­ale qui a hérité, par le hasard de la numéro­ta­tion, de ces deux zéros sur sa tranche. Et, tant que l’on par­le de chiffres, il ne s’agit pas à pro­pre­ment d’une mais plutôt de vingt-deux réédi­tions. Vingt-deux !? Dans un seul vol­ume ? Par­faite­ment ! Vingt-deux nou­velles, échan­til­lon choisi par­mi les plus de cent pla­que­ttes éditées dans le cadre de la Fureur de lire. Tâche ardue à n’en pas douter. Con­tin­uer la lec­ture →

« La fraîcheur des abîmes… »

Carl NORAC, Pié­ton du monde, choix anthologique et post­face de Gérald Pur­nelle et Jean-Luc Out­ers, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2021, 291 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–552‑0

norac pieton du mondeL’innocence sou­vent inso­lente de l’adolescence et cette envie de fuite que l’on jette à la face du monde quand on a 20 ans, Carl Norac en a fait le matéri­au de sa poésie à la fois brute, dense et sen­suelle.

En ce temps-là, ma vie s’inventait encore. J’avais la fraîcheur des abîmes quand elles bal­an­cent l’adolescent d’une paroi vers l’autre et qu’il bande à l’idée de vivre. Je courais dans les forêts avec des mots vain­queurs à la bouche. Mon emploi était le can­dide. J’en cul­ti­vais les ombrages. Con­tin­uer la lec­ture →

Comment remédier à l’irrémédiable ?

Un coup de cœur du Car­net

Jacques VANDENSCHRICK, Avec l’é­carté et autres poèmes, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2021, 218 p., 9 €, ISBN : 978–2‑87568–553‑7

vandenschrick avec l ecarte et autres poemesTôt ou tard, il était fatal que le dis­cret Jacques Van­den­schrick fît son entrée dans la col­lec­tion pat­ri­mo­ni­ale Espace Nord, aux côtés des grands Jacques Izoard, Claire Leje­une ou François Jacqmin. Depuis trente-cinq ans, en effet, il a pub­lié chez le très exigeant édi­teur Cheyne, en Haute-Loire, dix livres illus­trant une vérité peu con­testable : il n’est de grande poésie que celle qui crée sa pro­pre poé­tique. Et celle-ci, qui peut certes intimider le novice, emporte l’at­ten­tion et l’ad­hé­sion du lecteur expéri­men­té avant même qu’il ait pris le temps de démêler l’éche­veau des mots… Con­tin­uer la lec­ture →

Mathieu Corman. No pasarán

Math­ieu CORMAN, Salud Cama­ra­da !, Post­face de Paul Aron, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2021, 280 p., 9 €, ISBN : 9782875685490

corman salud camaradaRepub­liant des ouvrages mar­quants de la lit­téra­ture belge, récents ou plus anciens, exhumant des pépites, des livres devenus introu­vables, Espace Nord entre­prend un fab­uleux tra­vail édi­to­r­i­al qui s’illustre, ici, par la paru­tion d’un roman décisif sur la guerre d’Espagne. Non pas un livre écrit sur le rivage, à l’écart du fra­cas des bombes et de l’enthousiasme des promess­es révo­lu­tion­naires, mais rédigé au cœur du con­flit, à l’ombre des tranchées, quand sif­flent les balles et les râles des mourants. Comme le souligne Paul Aron dans sa très belle post­face, Math­ieu Cor­man est non seule­ment un « témoin ocu­laire du bom­barde­ment de Guer­ni­ca » par l’armée fas­ciste de Fran­co, mais un acteur engagé du côté des répub­li­cains. Con­tin­uer la lec­ture →

Prométhée post-moderne ?

Björn-Olav DOZO et Dick TOMASOVIC, Dark Vador, à feu et à sang, Impres­sions nou­velles, coll. « La fab­rique des héros », 2021, 140 p., 12 €, ISBN : 978–2‑87449–905‑0

dozo tomasovic dark vadorDéjà, le nom ! « Dark Vador » en français, une tra­duc­tion qui n’est pas trop ban­cale : George Lucas, le créa­teur du per­son­nage, a con­fessé avoir con­stru­it le nom « Darth Vad­er » en écho à l’idée d’un « père som­bre » (« Dark Father » en anglais).

Ensuite, l’apparence :

 (…) surhu­maine, ténébreuse et menaçante, sa voix basse exp­ri­mant per­pétuelle­ment une colère qui gronde, le bruit lourd et métallique de sa res­pi­ra­tion arti­fi­cielle (…).  Con­tin­uer la lec­ture →

Fuir le bonheur etc.

Un coup de cœur du Car­net

Madeleine LEY, Olivia, pré­face de Paul Willems, post­face d’Emmanuel Rég­niez, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2021, 280 p., 9 €, ISBN : 9782875685438

ley oliviaAssuré­ment Olivia n’aurait pu être écrit en notre temps pétri de cynisme, pas plus qu’il ne sem­ble dater des années trente, époque qui l’a pour­tant vu naître (il a paru en 1936 chez Gal­li­mard) tant il est empreint – ain­si que le mon­tre l’écrivain Emmanuel Rég­niez dans sa post­face – de l’esthétique roman­tique. Made­line Ley, autrice à la courte car­rière lit­téraire (une décen­nie) le nour­rit des agré­ments de ce mou­ve­ment lit­téraire tout en assumant sub­tile­ment que toute cette his­toire n’est que lit­téra­ture. Con­tin­uer la lec­ture →

Qui étions-nous, exactement ?

Car­o­line LAMARCHE, L’Asturienne, Impres­sions nou­velles, coll. « Tra­vers­es », 2021, 340 p., 22 €, ISBN : 978–2‑87449–893‑0

lamarche l'asturienneOui, qui vrai­ment étions-nous ? se demande Car­o­line Lamarche dans son dernier réc­it, L’Asturienne, qui parait aujourd’hui aux Impres­sions Nou­velles et dans lequel elle (re)découvre l’histoire des siens.

Tout com­mence douze ans après le décès de son père (2001), dans la cave de la mai­son famil­iale où l’autrice retrou­ve une vieille malle con­tenant des dizaines de dossiers, autant de doc­u­ments soigneuse­ment archivés par Fred­dy Lamarche sa vie durant. Car­o­line Lamarche entame alors un long tra­vail de recherch­es qui l’amène à pour­suiv­re le grand œuvre du père, recom­posant l’histoire de la famille Lamarche-Hauzeur, ces pio­nniers de la métal­lurgie. Con­tin­uer la lec­ture →

L’étrange cas du Dr Jacobs et de Mr Mortimer

Un coup de cœur du Car­net

Benoît MOUCHART et François RIVIÈRE, Edgar P. Jacobs, un pacte avec Blake et Mor­timer, Impres­sions nou­velles, 2021, 380 p., 24 €, ISBN : 978–2‑87449–890‑9

mouchart edgar p. jacobsLes duet­tistes Mouchart et Riv­ière ont-ils offert aux icônes BD Jacobs, Blake et Mor­timer, une biogra­phie défini­tive ? Elle enchante, des allures d’Atlantide émergée, de chronoscaphe en loca­tion, d’Espadon fen­dant les airs et les ères, de Grande Pyra­mide aux cham­bres secrètes. Qu’il s’agira de décrypter et de mar­quer, sans doute, d’un coup de craie rageur. Con­tin­uer la lec­ture →

Ces parents-là

Un coup de cœur du Car­net

Vir­ginie JORTAY, Ces enfants-là, Impres­sions nou­velles, 2021, 256 p., 20 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 9782874498855

jortay ces enfants-làElle se sou­vient, tout lui revient en détail, sa rage monte et, avec elle, le besoin d’écrire. Les mots se pré­cip­i­tent car tout est devenu clair à présent que l’étau de leur emprise s’est relâché. Dans cet élan, elle nous dit d’une traite son enfance dans une famille en vue, de celles qui attirent le regard et la con­voitise et à qui tout sem­ble réus­sir. Le père est ani­ma­teur-vedette, il enchaîne les suc­cès. La mère accom­pa­gne cette réus­site et en organ­ise la mise en scène. Elle saisit toutes les occa­sions d’affirmer l’ascension sociale de leur cou­ple au tra­vers de récep­tions au cours desquelles il se donne en spec­ta­cle, toute pudeur mise de côté. Une mai­son neuve est con­stru­ite pour affirmer ce statut, avec une piscine dans laque­lle il est de bon ton de se baign­er nu. Ces fes­tiv­ités large­ment arrosées rassem­blent des adultes libérés qui recherchent un plaisir sans lim­ite, et les hôtes sem­blent s’en réjouir tout y en prenant part. Con­tin­uer la lec­ture →