Archives par étiquette : Pierre Yerlès

Du poème comme éloge et exorcisme

Pierre YERLES, Pavane pour une samourai défunte, Bleu d’encre, 2025, 72 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930725–81‑9

yerlès pavane pour une samourai defuneC’est un art si sub­til / que celui de l’oubli / lorsqu’on le veut heureux. Par ces pre­miers vers, Pierre Yer­lès con­fie le pro­pos de ce recueil posant le déli­cat prob­lème de l’euthanasie. On lira avec prof­it ce livre en par­al­lèle avec la belle œuvre d’Almodovar, La cham­bre d’à côté, où le cinéaste espag­nol réalise son pre­mier film en anglais, inspiré du livre Quel est donc ton tour­ment ? de l’écrivaine améri­caine Sigrid Nunez. Si Almod­ovar se demande com­ment accom­pa­g­n­er quelqu’un dans la mort, en un tra­vail de réflex­ion où les aspects psy­cho-affec­tifs voisi­nent avec ceux d’une réflex­ion socio-poli­tique, Pierre Yer­lès, faisant référence à deux cul­tures qu’il maitrise bien, abor­de le prob­lème de manière plus artis­tique et spir­ituelle. Con­tin­uer la lec­ture

Le sentiment amoureux n’a pas d’âge

Pierre YERLÈS, Oaristys : poèmes d’amour du soir, Pré­face de Ginette Michaux, Bleu d’encre, 2024, 117 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930725–66‑6 

yerles oaristysNé en 1937, Pierre Yer­lès est pro­fesseur émérite de l’université de Lou­vain, où il a for­mé durant quar­ante ans à la didac­tique de la langue et de la lit­téra­ture des généra­tions de pro­fesseurs de français. Après Elé­gies pais­i­bles pub­lié chez le même édi­teur en 2022, inspiré par le sen­ti­ment de « la mort pressen­tie », Oaristys, son dernier recueil, appar­tient au genre poé­tique du dia­logue amoureux. Sans exclure la con­science de la fini­tude et du vieil­lisse­ment inéluctable, indiqué par le sous-titre, ces poèmes ont une tonal­ité plus claire. Les déc­la­ra­tions d’amour sont un pas­sage obligé dans tout roman cour­tois. Le Trac­ta­tus de Amore d’André Le Chapelain, qui cod­i­fia les règles de l’amour cour­tois, et dont Le livre d’Amour de Drouart La Vache, com­posé vers 1290, un siè­cle après l’original, est la tra­duc­tion assez fidèle en vers romans, est une source occi­den­tale de ce genre poé­tique. L’oaristys est à l’origine un genre poé­tique grec antique ayant pour thème les con­ver­sa­tions entre deux amoureux. Après l’An­tiq­ui­té, et après le roman cour­tois ou la poésie des trou­ba­dours, il con­naît une postérité dans la poésie européenne à l’époque mod­erne et con­tem­po­raine : on en trou­vera des traces chez André Chénier, Louise Labé,  Paul Ver­laine, la péri­ode du Sym­bol­isme. Le terme grec oaris­tis  désigne aus­si plus large­ment un entre­tien ten­dre, une con­ver­sa­tion famil­ière. Il est entré dans le dic­tio­n­naire de Trévoux en 1721 sous la forme oariste, puis fut accli­maté sous la forme oaristys à par­tir du titre de la tra­duc­tion par André Chénier, en 1794, de la XXVI­Ie idylle de Thé­ocrite. Il prit alors le sens de poème for­mé d’un dia­logue fam­i­li­er, ten­dre, amoureux ou à con­no­ta­tion éro­tique. Con­tin­uer la lec­ture

Rentrée littéraire 2023 : abondance et diversité

rentrée littéraire 2023

Le rit­uel est con­nu : chaque année en juin, les maisons d’édition dévoilent le pro­gramme de leur ren­trée lit­téraire. Et lec­tri­ces et lecteurs de par­tir en vacances avec la cer­ti­tude de trou­ver en librairie, dès la mi-août, pléthore de nou­veaux livres qui adouciront à n’en point douter le retour à la vie pro­fes­sion­nelle.

Cette année encore, auteurs et autri­ces belges seront nom­breux à par­ticiper à ce temps fort de l’année édi­to­ri­ale. La ren­trée lit­téraire est tra­di­tion­nelle­ment asso­ciée au roman. Il ne sera pas, loin s’en faut, le seul genre à faire l’actualité cet automne, mais il en sera cer­taine­ment l’un des points névral­giques. Tour d’horizon des sor­ties annon­cées. Con­tin­uer la lec­ture

Dire adieu à la vie

Pierre YERLÈS, Élé­gies pais­i­bles, pré­face d’Alain Dan­tinne, dessins de Cather­ine Podol­s­ki, Bleu d’en­cre, 2021, 130 p., 14 , ISBN : 978–2‑930725–42‑0

yerles elegies paisiblesOn aurait pu croire obsolète l’élégie, ce genre poé­tique d’o­rig­ine anci­enne où s’é­ploie une mélan­col­ie exis­ten­tielle, voire un incur­able sen­ti­ment de manque ou de perte. Ce serait oubli­er des écrivains aus­si nota­bles que F. Hölder­lin, R.M. Rilke, ou plus près de nous J. Gros­jean, J. Van­den­schrick, C. Este­ban. Certes, le lan­gage a changé, l’élan roman­tique cédant le pas à la sobriété et à la con­den­sa­tion, mais la thé­ma­tique reste large­ment focal­isée sur le rap­port à la mort, ques­tion dont on sait le car­ac­tère inépuis­able. Tel est le créneau dans lequel s’in­scrit le petit livre de Pierre Yer­lès : face à la prox­im­ité de la fin, com­ment dire adieu à la vie et aux siens sans gliss­er dans la banal­ité, l’au­to-api­toiement, la grandil­o­quence, la révolte vaine ? Plus rad­i­cale­ment, pourquoi un tel adieu non par le biais de la parole ou d’une sim­ple let­tre, mais sous la forme moins habituelle d’un recueil ? L’au­teur répond indi­recte­ment à cette ques­tion quand il red­it sa dilec­tion fer­vente pour la poésie, de Vil­lon à Neru­da en pas­sant par Baude­laire, Apol­li­naire ou Norge. Sans pré­ten­dre égaler de tels prédécesseurs, il voudrait en retenir la leçon essen­tielle : faire sig­ni­fi­er de manière toute per­son­nelle le monde extérieur et intérieur en exploitant les poten­tial­ités infinies de la langue. Con­tin­uer la lec­ture

Revue de presse : les livres de l’année 2021

revue de presse - illustration

Pho­to Pix­abay

Au cours des dernières semaines, les médias ont dressé le bilan de l’année lit­téraire 2021, sou­vent par le biais de listes des ouvrages les plus remar­quables de l’année. Le Car­net et les Instants vous a pro­posé les sélec­tions de ses chroniqueurs et chroniqueuses tout au long du mois de décem­bre. Place à présent aux choix d’autres jour­naux et mag­a­zines — et plus pré­cisé­ment, aux auteurs et autri­ces belges qu’ils men­tion­nent.  Con­tin­uer la lec­ture