Archives par étiquette : Éric Brogniet (auteur de la recension)

Rentrée littéraire 2023 : abondance et diversité

rentrée littéraire 2023

Le rit­uel est con­nu : chaque année en juin, les maisons d’édition dévoilent le pro­gramme de leur ren­trée lit­téraire. Et lec­tri­ces et lecteurs de par­tir en vacances avec la cer­ti­tude de trou­ver en librairie, dès la mi-août, pléthore de nou­veaux livres qui adouciront à n’en point douter le retour à la vie pro­fes­sion­nelle.

Cette année encore, auteurs et autri­ces belges seront nom­breux à par­ticiper à ce temps fort de l’année édi­to­ri­ale. La ren­trée lit­téraire est tra­di­tion­nelle­ment asso­ciée au roman. Il ne sera pas, loin s’en faut, le seul genre à faire l’actualité cet automne, mais il en sera cer­taine­ment l’un des points névral­giques. Tour d’horizon des sor­ties annon­cées. Con­tin­uer la lec­ture

Poésie et profondeur

Serge NUÑEZ TOLIN, Les mots sont une foudre lente, Rougerie, 2023, 13 €, ISBN : 978–2‑85668–421‑4

nunez tolin les mots sont une foudre lenteSerge Nuñez Tolin est né à Brux­elles en 1961 de par­ents immi­grés d’Espagne au début des années cinquante. Il a pub­lié aux édi­tions le Cormi­er : Silo (2001) ; Silo II (2002) ; Silo III  (2003) ; Silo IV (2004) et L’interminable évi­dence de se taire (2006). Il a ensuite pub­lié chez Rougerie : L’ardent silence (2010) ; Nœud noué par per­son­ne (2012) ;  Fou, dans ma hâte (2015) ; La vie où vivre (2017) ; Près de la goutte d’eau sous une pluie drue (2020) et ce récent Les mots sont une foudre lente (2023). Auteur dis­cret au ton per­son­nel, il a con­stru­it une œuvre rigoureuse où le poème inter­roge par ful­gu­rance : « Les mots ne sépar­ent pas du temps, ils sont comme une gifle » mais aus­si par réflex­iv­ité : « Tout ici — les mots et les choses — n’a‑t-il pas le même poids ? Cette chose du réel qui finit tou­jours par retomber dans sa dis­pari­tion. » Chez Nuñez Tolin, le poème se présente comme une trace « n’allant nulle part ». Pour­tant, la néces­sité de dire et de not­er trou­ve son orig­ine dans « ce qu’on écoute » et l’intime pressen­ti­ment du néant. Il y a une forme de sim­plic­ité et de mys­tère dans cette poésie économe en images et ori­en­tée vers le ques­tion­nement de l’être. Dans la lignée d’un Philippe Jac­cot­tet, Serge Nuñez Tolin pour­suit une médi­ta­tion sur le sens de la vie, du rap­port à l’autre, à l’écriture : Con­tin­uer la lec­ture

Le Texte comme antidote à l’enfermement

Lau­rent DEMOULIN, Slam femme & autres textes, Dessins d’Antoine Demoulin, Mael­ström reEvo­lu­tion, coll. “Book­leg”, 2022, 47 p., 3 €, ISBN : 978–2‑87505–419‑7

demoulin slam femme & autres textesLau­rent Demoulin (1966) a étudié à l’u­ni­ver­sité de Liège, où il a reçu les enseigne­ments de Jacques Dubois et de Jean-Marie Klinken­berg. Il y enseigne aujourd’hui. Son pre­mier roman, Robin­son, obtint le prix Vic­tor-Rossel 2017. Son frère, le pein­tre Antoine Demoulin, dit Demant, illus­tre le présent recueil. Il avait déjà pub­lié d’autres dessins en fron­tispice d’autres recueils : Fil­i­a­tion, Même mort, Palimpses­te insis­tant et l’édi­tion revue et large­ment aug­men­tée d’Ulysse Lumum­ba. Les deux frères avaient aus­si pub­lié une œuvre sin­gulière à qua­tre mains, Homo saltans, où le texte et l’image s’entrelacent en un pas de deux très réus­si. Con­tin­uer la lec­ture

L’arpenteur, le voyageur et l’utopie

Célestin DE MEEUS, Atlan­tique, Tétras Lyre, coll. « Accordéon »,2022, 16 p., 12 €, ISBN : 978–2‑930685–63‑2

de meeus atlantiqueAvec Atlan­tique, Célestin de Meeûs con­firme une démarche poé­tique cohérente. Né à Brux­elles en 1991, il a déjà pub­lié Écart-type (Tétras Lyre, 2018, prix Polak) puis deux autres titres chez Cheyne : Cadas­tres (2018, prix de la Voca­tion) et Cav­ale russe (2021). Un pre­mier titre est sou­vent révéla­teur d’un thème déter­mi­nant, qui fait sens, con­sciem­ment ou incon­sciem­ment, pour son auteur : il sera enrichi au gré d’une expéri­ence de vie où le lan­gage et le vécu s’épouseront en de mul­ti­ples et com­plé­men­taires développe­ments. Or, « en ter­mes sta­tis­tiques, l’é­cart-type est la part indéfiniss­able entre deux don­nées, entre deux balis­es : ce qui échappe au défi­ni et à la règle, l’e­space au sein duquel le poème se crée ». De Meeûs y déploy­ait aus­si une écri­t­ure du voy­age puisque « la sec­onde par­tie de ce recueil a entière­ment été écrite lors d’un voy­age, dans lequel les noms des villes choisies au hasard, le déploiement des cartes étaient à la fois la seule trame et les seuls repères ». Le pro­pos géo­graphique sera con­fir­mé par les titres qui suiv­ront : le déplace­ment dans le temps et l’espace ren­voient à un noy­au d’inconnaissable, un non lieu et un non temps, moment éter­nelle­ment sus­pendu, cœur de toute révéla­tion poé­tique. Cette leçon pro­pre­ment philosophique n’empêche pas le poète d’être impliqué dans son rap­port au monde. Le poème devient alors le véhicule mou­vant d’une prise de con­science entre l’intériorité et l’extériorité, la mem­brane d’un échange entre la réal­ité et un réel qui se présente comme le topos d’une absence-présence simul­tanées, espace où le poème se crée mais où le poème con­duit aus­si à l’Être. Con­tin­uer la lec­ture

Imprévisible et lumineux, le poème

Colette NYS-MAZURE, À main lev­ée : poésie, Ad Solem, 2022, 107 p., 17 €, ISBN : 9782372981255

nys-mazure a main levée« Écrire à main lev­ée, comme pour laiss­er les mots en lib­erté, ou les ren­dre à leur voca­tion orig­i­naire. Non pas désign­er, ou définir, mais évo­quer l’inapparent dans les sit­u­a­tions qui lui don­nent une fig­ure fugi­tive», tel est le pro­pos d’une autrice qui vient de pub­li­er dans le même temps que ces poèmes d’À main lev­ée un ensem­ble de pages évo­quant un par­cours de vie : Par des sen­tiers d’intime pro­fondeur. Pour Colette Nys-Mazure, la marche, au pro­pre comme au fig­uré, y est une métaphore d’une voie spir­ituelle jamais coupée de la réal­ité char­nelle. Observ­er, con­tem­pler, faire silence, comme dans toute ascèse, est le véhicule d’une irrup­tion qui trans­forme à jamais l’ordre des choses, nous sauvant du néant ou de l’insignifiance. Elle ajoute aus­si : « Pour écrire, j’ai besoin d’une forme de paix intérieure, alors que se mul­ti­plient les trappes secrètes s’ouvrant sous mes gestes, les replis de ter­rain masquant les gouf­fres. Dans cet état fébrile, com­ment per­me­t­tre à l’imprévisible de sur­gir ? » C’est bien de ce sur­gisse­ment-là qu’il est ques­tion dans le phénomène de l’écriture poé­tique : Con­tin­uer la lec­ture

Une journée, une vie

Daniel CHARNEUX, À bas bruit, ill. de l’auteur, Bleu d’encre, 2022, 81 p., 12 €, ISBN : 378–2‑930725–46‑8

charneux a bas bruitÉcrire, pour moi, c’est chercher l’é­cart et la trace, con­fie Daniel Charneux, né à Charleroi en 1955. L’écart : ce qui sort des sen­tiers bat­tus. La trace : ce qui témoigne d’un pas­sage. Prin­ci­pale­ment romanci­er et nou­vel­liste, il a pub­lié entre 2001 et 2004 deux romans (Une semaine de vacance et Recy­clages) ain­si qu’un recueil de nou­velles (Vingt-qua­tre préludes) à pro­pos desquels on a pu par­ler de « légèreté du dés­espoir ». Nor­ma, roman qui traite de la vie de Nor­ma Jean Baker/Marilyn Mon­roe (édi­tions Luce Wilquin, 2006) reçoit en 2007 le Prix Charles Plis­nier. C’est dans un cri que nous entrons au monde. C’est dans un cri, par­fois, que nous en sor­tons. Entre les deux, cette souf­france que l’on appelle la vie, a‑t-il écrit dans Nuage et eau, son roman le plus abouti, inspiré lui aus­si par les liens entre deux per­son­nages his­toriques, cette fois du boud­dhisme japon­ais : le moine Ryôkan et la moni­ale Teishin. Ce roman fut final­iste du prix Vic­tor Rossel en 2008. En 2009, Maman Jeanne (édi­tions Luce Wilquin), qui traite de la con­di­tion fémi­nine, fut  sélec­tion­né pour le prix des Lycéens, man­qua de rem­porter le Prix Rossel des Jeunes et est réédité chez Espace Nord en 2016 avec Nuage et eau, accom­pa­g­né d’une post­face de Françoise Chate­lain. D’autres romans paraîtront tan­dis que Daniel Charneux con­tribue à un essai col­lec­tif sur un écrivain pro­lé­tarien, col­lab­o­ra­teur durant l’Occupation, Pierre Huber­mont. Con­tin­uer la lec­ture

Du poème comme poil à gratter…

Jean-Bap­tiste BARONIAN, Anas­tro­phes au Bon Dieu, Lamiroy, 2021, 56 p., 10 €, ISBN : 978–2‑87595–495‑4

anastrophescouverturebordnoirJean-Bap­tiste Baron­ian pos­sède une palette de com­pé­tences lit­téraires très vaste : longtemps édi­teur lit­téraire chez Marabout, auteur de romans — y com­pris de romans policiers sous pseu­do­nyme — mais aus­si de nou­velles, d’essais, de biogra­phies, de livres pour enfants, de dic­tio­n­naires et d’anthologies, spé­cial­iste recon­nu de l’œuvre de Georges Simenon, il y a peu de sujets et de domaines où il n’exerce pas avec bon­heur, de manière  libre et rebelle, ses qual­ités créa­tives et cri­tiques. Dans des ter­ri­toires de prédilec­tion comme la gas­tronomie, le fan­tas­tique, la langue et la lit­téra­ture, son immense cul­ture et son insa­tiable curiosité lui per­me­t­tent tou­jours d’éclairer avec brio et de manière per­son­nelle les œuvres ou les prob­lé­ma­tiques qu’il abor­de. Con­tin­uer la lec­ture

Liliana Cavani et Véronique Bergen : hérétiques et révolutionnaires

Un coup de cœur du Car­net

Véronique BERGEN, Porti­er de nuit : Lil­iana Cavani. Impres­sions nou­velles, 2021, 224 p., 20 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978–2‑87449–899‑2

bergen portier de nuit liliana cavaniVéronique Bergen pro­pose une réflex­ion éblouis­sante à par­tir de la trame thé­ma­tique d’un film-culte qui fit scan­dale au moment de sa dif­fu­sion (1974) : Porti­er de nuit de Lil­iana Cavani, réal­isatrice qui, dans la plu­part de ses films, s’at­tache à décrire la com­plex­ité des sen­ti­ments amoureux, les zones d’om­bre de l’être humain, englué dans des sit­u­a­tions his­toriques, poli­tiques ou sociales trou­blées.

Bergen, dont l’œuvre elle-même explore depuis ses débuts des per­son­nal­ités en rup­ture et des états lim­ites, traite de manière arbores­cente de l’histoire du ciné­ma ital­ien, des par­al­lélismes entre l’art de Cavani et de Pasoli­ni, de ce qui les dif­féren­cie ou rap­proche des autres réal­isa­teurs de leur généra­tion ; du con­texte socio-poli­tique de l’Italie et de l’Europe d’après-guerre ; de l’essence du Troisième Reich[1] ; de la psy­cholo­gie des bour­reaux et des vic­times ; de la psy­cholo­gie  indi­vidu­elle et de masse ; de la fonc­tion de l’art et de la nature de la fonc­tion scopique, de l’image et du ciné­ma. Con­tin­uer la lec­ture

Contre la douleur, la couleur…

Philippe MATHY, Dans le vent pour­pre, Gouach­es André RUELLE, Herbe qui trem­ble, 2021, 116 p., 16 €, ISBN : 9–782491-462161

mathy dans le vent pourpreCon­sti­tué de sept sec­tions, chiffre sym­bol­ique s’il en est, présent dans de nom­breuses cul­tures, désig­nant l’absolu, la total­ité, l’émergence d’un monde nou­veau et l’union des con­traires, le présent recueil de Philippe Mathy, rehaussé de gouach­es sur papi­er du pein­tre André Ruelle (Charleroi, 1949), s’inscrit dans l’esthétique habituelle du poète, avec toute­fois une tonal­ité plus noire, plus dra­ma­tique pour les poèmes écrits pen­dant une rési­dence d’écrivain à Ver­dun ain­si que pour ceux de Jours de cen­dre. Dans le vent pour­pre ; Dehors, mains ouvertes ; Rive de Loire et Belle-Ile s’offrent comme des suites renouant avec une médi­ta­tion sur la beauté de la nature, médi­ta­tion non dénuée de grav­ité, sur la sen­si­bil­ité et l’ouverture à l’autre, sur la fragilité de la vie mais aus­si son incom­pa­ra­ble pou­voir d’émerveillement. Des poèmes de cir­con­stance clô­turent un recueil de belle fac­ture, avec d’incontestables réus­sites, comme dans ce poème dédié à la mémoire d’André Schmitz : « (…) tes poèmes brûleront encore/comme le feu bleu d’une ambulance/sans que nous sachions/si elle nous con­duit à te rejoindre/ou peut-être à nous guérir/de la blessure de vivre. » Con­tin­uer la lec­ture

La quête de l’origine

Paul WILLEMS, L’herbe qui trem­ble, Pré­face de Paul Emond, Académie royale de Langue et de Lit­téra­ture français­es de Bel­gique, 2021, 176 p., 18 €, ISBN : 978–2‑8032–0059‑7

willems l herbe qui trembleRestons ces éter­nels errants des fron­tières pour qui le monde n’est pas une apparence qui cache une autre réal­ité, mais le spec­ta­cle immense, cru­el et mer­veilleux de l’instant. Con­tin­uons à essay­er de le chanter sans jamais y arriv­er : ces mots sont la con­clu­sion d’une com­mu­ni­ca­tion de Paul Willems à la séance du 12 décem­bre 1981 de l’Académie Royale de Langue et de Lit­téra­ture français­es de Bel­gique. Elle éclaire l’art d’écrire d’un écrivain majeur de l’après-guerre en Bel­gique fran­coph­o­ne, d’un prosa­teur et d’un dra­maturge dont la langue aéri­enne, poé­tique, par­fois ironique, sem­ble con­stam­ment chercher une issue pos­i­tive aux con­flits implaca­bles qui font l’histoire humaine. Bien enten­du, quand je par­le de l’instant, il ne s’agit pas du fait divers qui meurt en nais­sant, mais de l’instant où le monde sem­ble offrir l’éternité. C’est la mer mêlée au néant. La mer­veilleuse mer, le mer­veilleux néant, y con­fie-t-il. Con­tin­uer la lec­ture

Il n’y a pas d’issue au monde…

Karel LOGIST, Soix­ante-neuf self­ies flous dans un miroir fêlé, Arbre à paroles, coll. « If », 2021, 77 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87406–707‑5

logist soixante-neuf selfies flous dans un miroir fêlé« Dis­crète et déli­cate, la poésie de Karel Logist ne vocif­ère jamais (…). Entre le chant et la con­fi­dence per­son­nelle, (…) elle mêle humour et grav­ité, nos­tal­gie et obser­va­tion. Les thèmes sont tour à tour l’amour, l’ami­tié, l’en­fance, le voy­age, l’ob­ser­va­tion des autres, le por­trait ; mais l’œil de Logist décèle aus­si l’in­so­lite, ou même le fan­tas­tique, dans la réal­ité ; son imag­i­naire est pro­pre à con­stru­ire de petites fables amusées et non moral­isatri­ces ; sa voix jette un voile sur son angoisse ou son scep­ti­cisme. C’est une poésie d’hu­mour noir qui ne se mon­tre pas comme telle ; une poésie de con­nivence avec soi-même et avec l’autre ; le moyen de com­mu­ni­ca­tion d’un homme secret  (…) qui ne cherche pas à en impos­er, mais qui s’im­pose au lecteur (…) » (Gérald Pur­nelle). Auteur d’une œuvre saluée depuis sa décou­verte par Lil­iane Wouters – qui fit pub­li­er son pre­mier livre[1] où il con­statait déjà qu’il n’y a pas d’issue au monde jusqu’à ce recueil, Soix­ante-neuf self­ies flous dans un miroir fêlé, écrit durant la récente pandémie, le poète spadois fait preuve d’une sou­veraine cohérence thé­ma­tique et styl­is­tique. Il pos­sède un ton, une voix recon­naiss­able entre toutes. La dis­cré­tion et la pudeur car­ac­térisent « cet homme telle­ment oubli­able », qui n’a jamais été « un garçon expan­sif », ce vir­tu­ose sans affé­terie, qui n’a pas hésité pour­tant à s’engager dans l’action con­crète en faveur de la lec­ture et de l’édition. Con­tin­uer la lec­ture

Là où tout le réel est poésie…

Marie GEVERS, La comtesse des digues, Post­face de Vin­cent Van­cop­penolle, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace nord », 2021, 220 p., 8,50 €, ISBN : 9–782875-6854–14

gevers la comtesse des diguesLà où tout le réel est poésie, écrivait Jacques Sojch­er dans sa pré­face à une précé­dente édi­tion de La comtesse des digues, pre­mier roman de Marie Gev­ers (1883–1975). En effet, l’œuvre de celle qui reçut une édu­ca­tion mi-fla­mande mi-fran­coph­o­ne et vécut de manière qua­si exclu­sive dans le domaine famil­ial de Mis­sem­bourg où une sco­lar­ité orig­i­nale lui fut dis­pen­sée notam­ment via la lec­ture du Télé­maque de Fénelon et une con­nais­sance appro­fondie de la Nature, repose sur un ensem­ble de dynamiques struc­turantes qui sont générale­ment celles du dis­cours poé­tique. La lit­téra­ture clas­sique et le grand livre du jardin doma­nial rem­placèrent donc avan­tageuse­ment l’école, faisant de la petite fille un être mi-rus­tique mi-intel­lectuel et un écrivain fran­coph­o­ne élevé au con­tact des patois fla­mands de son milieu natal. Con­tin­uer la lec­ture

La farce dérisoire de tout pouvoir…

Simon LEYS, La mort de Napoléon : roman, Post­face de Françoise Châte­lain, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2021, 160 p., 8,50 €, ISBN : 978–2‑87568–556‑8

leys la mort de napoleonLa mort de Napoléon est le seul roman écrit par Simon Leys, pseu­do­nyme du grand sino­logue et essay­iste belge Pierre Ryck­mans (Brux­elles, 1935 – Syd­ney, 2014). Il offre de mul­ti­ples bon­heurs de lec­ture : un sens éblouis­sant de la langue française ; une grande maîtrise des ter­mes de marine –la mer étant une des pas­sions de l’écrivain, qui lui con­sacra une antholo­gie de référence ; une  poétic­ité inspirée dans ses descrip­tions de la Nature ; un humour ravageur ; un con­den­sé de procédés lit­téraires emprun­tés à la fable, au con­te philosophique, à la lit­téra­ture pop­u­laire, dans les deux branch­es de son développe­ment : le roman his­torique et le roman d’aventure ; la maîtrise du réc­it uchronique. Tou­jours en prenant le con­tre-pied du genre et en faisant d’Eugène Lenormand/Napoléon un exem­ple-type du anti-héros. Con­tin­uer la lec­ture

De la littérature comme miroir

Un coup de cœur du Car­net

Daniel CHARNEUX, Claude DURAY, Léon FOURMANOIT, Pierre Huber­mont (1903–1989) : écrivain pro­lé­tarien, de l’ascension à la chute, M.E.O., 2021, 232 p., 18 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978–2‑8070–0280‑7

charneux et alii pierre hubermontLa lit­téra­ture pro­lé­tari­enne belge a peut-être été moins scrutée que celle des écrivains région­al­istes. La ques­tion de la col­lab­o­ra­tion cul­turelle durant la Sec­onde guerre mon­di­ale n’a que rarement fait l’objet d’une vul­gar­i­sa­tion ; des études, des mémoires, des ouvrages uni­ver­si­taires lui ont été con­sacrée : les auteurs du présent vol­ume en men­tion­nent quelques-uns. L’épuration des écrivains ayant col­laboré avec l’occupant n’a pas don­né lieu à un débat pub­lic reten­tis­sant et à des con­damna­tions fra­cas­santes comme ce fut le cas en France. Un cer­tain nom­bre d’écrivains aujourd’hui con­nus passèrent entre les mailles d’un filet insti­tu­tion­nel et judi­ci­aire somme toute assez com­plaisant. Cer­tains s’exilèrent. D’autres furent con­damnés à mort ou à des peines de prison. Con­tin­uer la lec­ture

À l’ombre du paperassier

Béa­trice LIBERT, Arbra­cadabrants, Avant-dire d’Éric Brog­ni­et, Tail­lis pré, 2021, 80 p., 13 €, ISBN : 978–2‑87450–176‑0

libert arbracadabrantsLe dernier livre de Béa­trice Lib­ert, Arbra­cadabrants pub­lié aux édi­tions Le Tail­lis Pré, s’enracine dans une démarche pré­cise, celle d’un exer­ci­ce de style dont Éric Brog­ni­et révèle la genèse dans son avant-dire éclairant. À par­tir d’un mot, « larmi­er », enten­du lors d’un ate­lier d’écriture qu’elle ani­mait, l’auteure, séduite par sa sonorité, imag­ine une déf­i­ni­tion poé­tique et en fait un arbre à larmes. Irrigués par la sève de ce « larmi­er », les autres textes, suiv­ant le jeu de l’exercice styl­is­tique, découlent presque naturelle­ment pour don­ner aux bou­tures imag­inées par Béa­trice Lib­ert leurs let­tres de noblesse. Con­tin­uer la lec­ture

De la caricature au roman graphique : l’émergence d’un genre narratif en constante évolution

Un coup de cœur du Car­net

Alex­is LÉVRIER et Guil­laume PINSON (dir.), Presse et bande dess­inée : Une aven­ture sans fin, Impres­sions nou­velles, 2021, 380 p., 28 € / ePub : 28 €,  ISBN : 978–2‑87449–838‑1

presse et bande dessinee une aventure sans finVoici un ouvrage pas­sion­nant, riche­ment doc­u­men­té et illus­tré, à pro­pos du 9ème Art, qui, dès l’origine, se voit lié à une nou­velle cul­ture du regard et de l’image. Sous la direc­tion sci­en­tifique de deux émi­nents spé­cial­istes de l’histoire de la presse et de la cul­ture médi­a­tique, dif­férents chercheurs abor­dent le sujet en trois chapitres : La bande dess­inée, un art du jour­nal ; Les petits aven­turi­ers du quo­ti­di­en ; Fic­tions d’actualité et reportages dess­inés. Une sub­stantielle bib­li­ogra­phie et les notices des auteurs com­plè­tent l’ensemble. Les con­tri­bu­tions offrent une com­préhen­sion his­torique et ana­ly­tique, des orig­ines à aujourd’hui, d’un art qui trou­ve sa source dans la civil­i­sa­tion du jour­nal et de la presse au 19e siè­cle. Con­tin­uer la lec­ture