Luc DELLISSE, Contre plongées, Lamiroy, 2026, 220 p., 20 €, ISBN : 9782390810490
« Il y a des souvenirs dont on ne peut rien faire, des expériences interchangeables, des événements qui pourraient advenir à n’importe qui. Les seuls souvenirs qui comptent sont ceux qui contiennent en germe une fleur nouvelle, dont les racines sont en nous. Le reste peut rejoindre les oubliettes de la mémoire. » Ces réminiscences affleurant à la conscience, Luc Dellisse les laisse émerger, les scrute, puis plonge en elles pour les remonter par paliers : « Ce qui compte c’est d’inverser l’appel des profondeurs, de remonter vers la lumière en tenant un trésor, un simple tesson, entre les dents. De crever de la tête la surface, pour examiner au grand jour les tessons de ma vie, dans leur couleur originelle. La mémoire est le seul appareil de contre-plongée. » De ces bouts d’existence, il forge littérairement des récits auto-fictifs, qu’il rassemble ensuite dans un écrin, tel son dernier recueil Contre plongées. Continuer la lecture








Tout autant que la parole, le silence est multiple. Il peut inaugurer un rapprochement ou sceller un dialogue. Il en est de complices, d’hostiles, d’oppressants ou de sereins. Entre présence du corps et absence des mots, le silence est instant pur. À travers les seize récits qui tissent la trame du dernier livre de Luc Dellisse, un narrateur unique éprouve la complexité de son étoffe, au fil d’intensités fugaces ou de percussions aventureuses.
La jaquette du livre et sa couverture, en distorsion, offrent une mise en abyme du projet offert aux lecteurs. Une volonté d’ouverture (fenêtre aux battants écartés), de jovialité (ciel bleu en arrière-plan et rose en encart), de second degré (un fauteuil – d’académicien – flotte dans un tourbillon de noms d’auteurs et autrices). Derrière, la solennité d’une institution prestigieuse, l’Académie royale… séduit davantage, dans sa ligne épurée.
L’œuvre poétique, théâtrale, les romans, les récits, les nouvelles, les essais de Luc Dellisse inscrivent la frontière au nombre de leurs motifs obsédants. Le recueil poétique Tarmacs articule son chant, son rythme et sa forme autour de la question du seuil, des frontières qui, tout à la fois, séparent et ont pour vocation d’être traversées. Les cinquante chants se jouent des frontières du temps (des jeux d’invasion, de passage entre passé et présent), des frontières de l’espace (une première partie convoque New York, la seconde partie le lieu natal), du livre en tant qu’architecture bifide, des frontières de l’amour, du désir, de la vie et de la mort.