« Rentrée littéraire » désigne traditionnellement la période d’effervescence éditoriale qui s’étend de fin aout à début novembre. C’est à ce moment que paraissent les livres en lesquels les maisons d’édition (parisiennes) voient de possibles candidats aux Goncourt, Renaudot et autre Femina. Depuis plusieurs années, toutefois, le calendrier éditorial connait un autre temps fort, en janvier-février. Les sorties sont nombreuses et les livres qui paraissent à ce moment-là sont aussi de ceux sur lesquels les éditeurs misent particulièrement. On parle donc désormais aussi d’une rentrée littéraire d’hiver. Continuer la lecture
Archives par étiquette : Daniel Charneux
Le palimpseste Marilyn
Daniel CHARNEUX, I’m not M.M., Arléa, coll. “La rencontre”, 2026, 208 p., 19 €, ISBN : 9782363084309
On ne peut que revenir vers Marilyn lorsqu’elle nous a happés. L’écriture ne peut que se remettre en mouvement, questionner au finish le mythe Marilyn Monroe, ce qu’il révèle de nous, de nos sociétés, ce qu’il cache, la part intime, la personne de Norma Jeane Baker qu’il étouffe. Vingt ans après Norma, roman, Daniel Charneux livre un chant tout en clair-obscur qui s’enracine dans la phrase rédigée par la star en 1955 dans l’agenda italien, I’m not M.M. Cinq mots, dont un barré, raturé, qui condensent la tragédie de l’actrice, qui posent simultanément l’affirmation de son identité en tant que M. M. et la négation de ce rôle forgé par le système et l’industrie du septième art. Chronologiquement, nous descendons dans le vécu de l’idole planétaire déchirée entre la quête d’un père inconnu, d’une libération et l’enfermement dans le monde des images, dans la machinerie hollywoodienne des rêves. Le dialogue avec l’entité duelle Norma Jeane/Marilyn se voit étoffé par la mise en scène discrète de la voix de l’auteur, par l’analyse de son obsession, de sa passion Marilyn. Le motif du double, du miroir agit à tous les niveaux, entre Marilyn et Norma, entre le public et l’icône, entre l’écriture qui court vers M. M. et celle-ci qui danse dans l’impossible. Daniel Charneux passe en dessous de la ligne de flottaison des songes, en dessous des milliers de photos, de pellicules, de films qui exhalent la photogénie mythique de Marilyn. Continuer la lecture
Wallons, nous ?
Michèle BARON, Éric BROGNIET, Daniel CHARNEUX, José FONTAINE, Jean JAUNIAUX, Marc LAMBORAY, Richard MILLER et Jacques VANDENBROUCKE, Écrivains de Wallonie, Académie royale de langue et de littérature françaises, 2025, 204 p., 19 €, ISBN : 9782803200948
On n’a pas tous les jours l’opportunité de paraphraser Winston Churchill, mais là, l’occasion est trop belle. Les actes du colloque sur les écrivains de Wallonie, qui s’est tenu le 5 avril 2025 à l’Académie royale, le confirment : cette entité géographique est bien « une énigme enveloppée de mystère au cœur d’un paradoxe ». Tout y pose question : le tracé de sa frontière, là nationale et limitrophe, ici interne et linguistique ; sa fusion dans l’ensemble Belgique ; ses contrastes paysagers, tiraillés entre fumées d’usines, fermes domaniales, falaises régicides et forêts profondes ; la par bonheur introuvable homogénéité ethnique du « peuple » qui l’habite ; son improbable destinée manifeste enfin, entre Flandre indépendantiste et France indifférente. Continuer la lecture
Prix littéraires de l’AEB 2025 : les lauréats
L’AEB a décerné ses prix littéraires 2025 ce mercredi 19 novembre. Continuer la lecture
Pour une poétique du lâcher-prise
Daniel CHARNEUX, En bref, Bleu d’encre, 2024, 100 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930725–80‑2
L’œuvre poétique de Daniel Charneux (Charleroi, 1955) est discrète : deux recueils de haïkus (Pruines du temps, 2008 et Si longues secondes, 2010) et un volume À bas bruit (2022). En bref s’inscrit dans la même veine : une écriture élégiaque que je qualifiais de « langue narrative sans fioritures, belle comme une ligne claire. » Car Daniel Charneux demeure économe de ses effets. Sous la simplicité du propos et de la langue — ici le thème de la mémoire, de l’impermanence de l’existence terrestre — perce toujours une réflexion métaphysique : « Pourquoi la nostalgie / quand le présent suffit ? ». Voici un ton familier à celui des apologues bouddhiques que connait bien cet amateur des civilisations orientales qui a pratiqué le zen. Continuer la lecture
La plume et les ondes
Manon HOUTART et Florence HUYBRECHTS (sous la dir. de), Littérature et radio, Textyles n°65, Ker, 2023, 176 p., 18 €, ISBN : 9782875864697
À l’occasion du centenaire de la première station de radiodiffusion belge, la revue Textyles se penche sur les liens entre la littérature et la radio en Belgique francophone, sonde d’une part les émissions consacrées à la médiatisation des écrivains, d’autre part l’évolution de la radio comme espace de créations radiophoniques. Qu’est-ce que les ondes font à la littérature quand elles s’en emparent (pour donner la parole aux écrivains ou générer des œuvres radiophoniques) ? Quelles sont les mutations en profondeur, les métamorphoses que subit la littérature lorsqu’elle se voit confrontée à un nouveau médium ? Quelles noces, quels nouveaux possibles se tissent entre deux espaces régis par des spécificités qui leur sont propres ? Dirigé par Manon Houtart et Florence Huybrechts, réunissant les interventions de Philippe Caufriez, Céline Rase, Christian Janssens, Manon Houtart, Florence Huybrechts, Clément Dessy, Daniel Charneux, Guillaume Abgrall, Sébastien Schmitz ainsi qu’un entretien avec Mélanie Godin, ce volume riche et passionnant donne à penser les interfaces entre la page et le micro, questionne la conservation des archives audiovisuelles avec la Sonuma, l’incidence de « la fréquentation des micros » ou de « la mise en ondes » sur le parcours d’une femme ou d’une homme de lettres. Continuer la lecture
Rentrée littéraire 2023 : abondance et diversité
Le rituel est connu : chaque année en juin, les maisons d’édition dévoilent le programme de leur rentrée littéraire. Et lectrices et lecteurs de partir en vacances avec la certitude de trouver en librairie, dès la mi-août, pléthore de nouveaux livres qui adouciront à n’en point douter le retour à la vie professionnelle.
Cette année encore, auteurs et autrices belges seront nombreux à participer à ce temps fort de l’année éditoriale. La rentrée littéraire est traditionnellement associée au roman. Il ne sera pas, loin s’en faut, le seul genre à faire l’actualité cet automne, mais il en sera certainement l’un des points névralgiques. Tour d’horizon des sorties annoncées. Continuer la lecture
Sur un fil, avancer toujours
Daniel CHARNEUX, Les oiseaux n’ont pas le vertige, Genèse édition, 2022, 207 p., 21 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑3820101–67
De l’enfance à l’âge mûr, les souvenirs de Jean Berthollet sont racontés à la première personne, entrelacs de faits marquants et de cartes postales du quotidien. Les images du petit village ardennais des premières années installent une ambiance bucolique : théâtre de pleine nature, tout en quiétude, qui ne se laisse pas troubler par les drames qui y bouleversent les habitants. Mais l’insouciance de Jean connaît une fin tragique lorsqu’un accident de vélo emporte son jumeau et son enfance.
Il paraît que les cellules de notre intestin se renouvellent en quelques jours, celles de notre cœur en quelques années. Que reste-t-il de l’enfant dans l’adulte ? Rien, sans doute, ou si peu. Aucune molécule du corps, en tout cas. Deux êtres totalement différents, le cerveau mis à part. Car il semble que les cellules de l’encéphale ne se régénèrent pas. Et que toute notre vie, tous nos souvenirs y dorment. À moins qu’ils ne se désagrègent, bus par la boue comme une chaussure perdue. Continuer la lecture
Une journée, une vie
Daniel CHARNEUX, À bas bruit, ill. de l’auteur, Bleu d’encre, 2022, 81 p., 12 €, ISBN : 378–2‑930725–46‑8
Écrire, pour moi, c’est chercher l’écart et la trace, confie Daniel Charneux, né à Charleroi en 1955. L’écart : ce qui sort des sentiers battus. La trace : ce qui témoigne d’un passage. Principalement romancier et nouvelliste, il a publié entre 2001 et 2004 deux romans (Une semaine de vacance et Recyclages) ainsi qu’un recueil de nouvelles (Vingt-quatre préludes) à propos desquels on a pu parler de « légèreté du désespoir ». Norma, roman qui traite de la vie de Norma Jean Baker/Marilyn Monroe (éditions Luce Wilquin, 2006) reçoit en 2007 le Prix Charles Plisnier. C’est dans un cri que nous entrons au monde. C’est dans un cri, parfois, que nous en sortons. Entre les deux, cette souffrance que l’on appelle la vie, a‑t-il écrit dans Nuage et eau, son roman le plus abouti, inspiré lui aussi par les liens entre deux personnages historiques, cette fois du bouddhisme japonais : le moine Ryôkan et la moniale Teishin. Ce roman fut finaliste du prix Victor Rossel en 2008. En 2009, Maman Jeanne (éditions Luce Wilquin), qui traite de la condition féminine, fut sélectionné pour le prix des Lycéens, manqua de remporter le Prix Rossel des Jeunes et est réédité chez Espace Nord en 2016 avec Nuage et eau, accompagné d’une postface de Françoise Chatelain. D’autres romans paraîtront tandis que Daniel Charneux contribue à un essai collectif sur un écrivain prolétarien, collaborateur durant l’Occupation, Pierre Hubermont. Continuer la lecture
Pas de tendresse pour la peau
Daniel CHARNEUX, Norma, roman, Sablon, 2021, 128 p., 13 €, ISBN : 9782931112038
Norma, roman est paru en 2006 aux éditions Luce Wilquin. Lauréat du prix Charles Plisnier en 2007, le livre poursuit son chemin avec une réédition aux éditions du Sablon en 2021 – l’occasion pour les lecteurs et les lectrices de (re)plonger dans une réalité alternative où le temps du mythe n’est plus. Un espace où Norma Jean a abandonné Marilyn aux extrapolations de la foule carnassière et vieillit, avec le souvenir de l’autre, au milieu du désert de Mojave. Continuer la lecture
De la littérature comme miroir
Un coup de cœur du Carnet
Daniel CHARNEUX, Claude DURAY, Léon FOURMANOIT, Pierre Hubermont (1903–1989) : écrivain prolétarien, de l’ascension à la chute, M.E.O., 2021, 232 p., 18 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978–2‑8070–0280‑7
La littérature prolétarienne belge a peut-être été moins scrutée que celle des écrivains régionalistes. La question de la collaboration culturelle durant la Seconde guerre mondiale n’a que rarement fait l’objet d’une vulgarisation ; des études, des mémoires, des ouvrages universitaires lui ont été consacrée : les auteurs du présent volume en mentionnent quelques-uns. L’épuration des écrivains ayant collaboré avec l’occupant n’a pas donné lieu à un débat public retentissant et à des condamnations fracassantes comme ce fut le cas en France. Un certain nombre d’écrivains aujourd’hui connus passèrent entre les mailles d’un filet institutionnel et judiciaire somme toute assez complaisant. Certains s’exilèrent. D’autres furent condamnés à mort ou à des peines de prison. Continuer la lecture
La course en tête
Daniel CHARNEUX, À propos de Pre, M.E.O., 2020, 160 p., 15€ / ePub : 8.99 €, ISBN 978–2‑8070–0242‑5
Une bonne part des écrits de Daniel Charneux est consacrée à des évocations biographiques aussi diverses que celles de la pathétique Marylin Monroe, de l’humaniste Thomas More ou de Jane Grey, la très éphémère reine d’Angleterre. Cette fois, c’est vers le sport que se porte son éclectisme. Et en particulier vers la course à pied qui est, bien entendu, le « roi des sports » ainsi que tout sportif le professe au crédit de sa propre discipline. Avec À propos de Pre, c’est une légende de l’athlétisme américain, le champion olympique Steve Prefontaine, que Charneux ressuscite en enfilant les baskets de son narrateur Pete Miller présenté comme l’ami du coureur depuis l’enfance. Et qui partageait avec lui une même passion pour ce sport exigeant quoiqu’avec moins de réussite. Continuer la lecture
Yvon Givert. « Je bague des idées sauvages »
Yvon GIVERT, Urgent recoudre, Préface de Daniel Charneux, Taillis Pré, 2020, 142 p., 18 €, ISBN : 978–2‑874509–158‑6
Dans ce recueil poétique inédit, publié à titre posthume, Yvon Givert (1926–2005) délivre une poésie élisant la concision, la fulgurance de la brièveté, des images, allant au plus nu, dans le refus de tout ornement, de tout lyrisme, de tout épanchement du vécu. Son secret ? Tailler les mots comme des silex, comme des couteaux — un mot qui revient souvent sous sa plume. Dans sa riche préface, Daniel Charneux convoque Marcel Moreau, lequel écrivait sidéralement à son frère « en Borinage » : « Vous êtes un vrai poète. Sans chichis, ni perruque, ni fond de teint. Là, nuitamment là, des mots avec juste ce qu’il faut de lumière, de couteaux, de musique pour entrer en nous comme un plaisir non émollient. Non mondain ». Continuer la lecture
Les prix littéraires de l’AEB

De g. à dr. : Daniel Charneux, Françoise Lison-Leroy et Philippe Remy-Wilkin (photo Facebook)
À chaque rentrée littéraire, l’Association des écrivains belges de langue française (AEB) remet ses prix littéraires. Ce mercredi 24 octobre, l’Association a ainsi dévoilé le nom des trois lauréats 2018. Continuer la lecture
Le prix Gauchez-Philippot pour Daniel Charneux

Daniel Charneux
Le prix Gauchez-Philippot était cette année consacré aux romans et recueils de nouvelles. Il couronne Daniel Charneux pour son roman Si près de l’aurore, qui succède au palmarès à Werner Lambersy. Continuer la lecture
Reine de neuf jours
Daniel CHARNEUX, Si près de l’aurore, Luce Wilquin, 2018, 342 p., 22 €, ISBN : 978–2‑88253–546‑7
Sans doute est-ce l’effet d’une influence réciproque, mais l’Histoire semble connaître auprès du public un notable regain de faveur tant au travers de la littérature que des médias. Ainsi de nombreuses séries télévisées à caractère historique exploitent-elles, avec gourmandise et succès, des fonds littéraires anciens ou récents. Avec des choix plus marqués pour certains territoires et certaines époques. C’est certes le cas pour l’Angleterre et particulièrement pour l’époque des Tudor qui a inspiré de nombreuses réalisations comme la série Wolf Hall par exemple, adaptée de deux romans d’Hilary Mantel et axée plus particulièrement sur la personne de Cromwell. Ce pourrait aussi bien être le cas pour Si près de l’aurore, le roman historique de Daniel Charneux dont l’héroïne n’est autre que Jane Grey, petite fille de Mary Tudor et d’Henry VIII, dont le jeu des successions fit une reine éphémère, à l’âge de seize ans. Zélatrice sincère et inconditionnelle de la nouvelle religion anglicane, elle allait, après un règne éclair de neuf jours, se voir supplantée et vouée à la hache du bourreau par sa tante, la très catholique reine Mary 1re dite « la Sanglante », fille d’Henry VIII et de Catherine d’Aragon, future épouse aussi de Philippe II d’Espagne. Continuer la lecture

